Bataille boursière autour de Mr. Bricolage ?

Rédigé le 15 septembre 2015 par | Interviews, IPO, OPA, opérations financières, Mid et Small Caps, Toutes les analyses Imprimer

Une bataille boursière autour de Mr. Bricolage ?

Vendredi dernier, Bricorama (FR0000054421) annonçait avoir approché son principal concurrent Mr. Bricolage (FR0004034320 MRB) pour lui proposer une alliance sous la forme d’un rachat…  Mais cette offre a – une fois encore – été refusée par l’ANPF (l’Association Nationale des Promoteurs du « Faites-le-vous-même », les adhérents), l’entité qui avec, ses 41,9% du capital, reste le principal actionnaire du groupe français, devant la famille Tabur, (qui en détient 26,3%).

Il faut dire que l’offre à 15 € par action était aussi peu généreuse que celle proposée quelques mois plus tôt – et elle aussi refusée – par Kingfisher (GB0033195214 KGF)  au printemps dernier. Toutes les deux valorisaient la société sur un PER de 9 (celui de Bricorama, par exemple, étant aux alentours de 16 actuellement) et sur une Ve/roc de 7… Cependant, le secteur du bricolage n’a jamais  été un secteur très cher en Bourse. De plus, l’entreprise n’est pas dans une santé florissante : sa marge opérationnelle, par exemple,  est passée de 5,4% à 2,9% entre le premier semestre 2014 et celui de 2015. Pire : le groupe traverse une crise de gouvernance avec la récente démission du PDG, Jean François Boucher, après 18 ans de présence dans le groupe. Le groupe se dirige désormais vers une présidence dite bicéphale où le poste de président et de directeur-général seraient dissociés : le conseil d’administration a ainsi nommé Paul Cassignol au poste de Président, tandis que Guy Beghin assure l’intérim de la fonction de DG, en attendant la nomination d’un nouvel arrivant.

Comme on le disait plus haut, ce n’est pas la première fois que Mr. Bricolage attire les prédateurs : pas plus tard qu’en mars dernier, le groupe britannique Kingfisher, propriétaire, entre autres, de Castorama, renonçait à son offre sur Mr. Bricolage en raison non seulement de l’hostilité de la direction mais également de la difficulté d’obtenir les autorisations nécessaires par l’autorité de la Concurrence.

La transition vers le digital ou la fusion…

Mr Bricolage est un nain dans un secteur très atomisé… Jugez plutôt : Kingfisher possède 38% des parts de marché devant Adeo, connu pour sa marque Leroy Merlin, avec 33% de parts de marché. Mr Bricolage possède seulement 8% des parts de marché contre 3% pour Bricorama. Si vous regardez ce pourcentage, vous pouvez vous demander pourquoi Bricorama veut lancer une offre sur son concurrent deux fois plus gros… C’est qu’il faut comprendre que, en termes de capitalisation boursière, l’avantage revient nettement à Bricorama avec ces 205 M€ de valorisation contre les 133 M€ de Mr. Bricolage. À la lecture de tels chiffres on se dit qu’une telle fusion aurait bel et bien de l’allure sauf que Mr. Bricolage est détenu par des adhérents actionnaires qu’il faut convaincre et que ce n’est pas une mince affaire, même s’il paraît évident que certaines synergies, notamment une massification des achats, seraient profitable. De même, une fusion entre les deux entités permettrait sans doute d’accélérer le développement du groupe dans le digital. L’e-commerce est encore très marginal dans le secteur avec seulement 3% du marché et tout laisse supposer que dans les prochaines années l’essor du secteur passera par le numérique, transition qui nécessitera des investissements importants.

Pour Mr. Bricolage il y a donc urgence à opérer une vraie révolution pour sortir le secteur du monde artisanal dans lequel il est confiné… Mais pourra-t-il un jour jouer dans la cour des grands s’il reste trop jaloux de son indépendance ?

Mots clé : - - - -

Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

En savoir plus sur La Lettre PEA et Mes Valeurs de Croissance.

Laissez un commentaire