Brexit : le 23 juin, Le Royaume-Uni bascule dans un trou noir

Rédigé le 18 avril 2016 par | Analyses indices, Autres indices, Indices, sociétés et marchés, Toutes les analyses Imprimer

Les partisans du maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union Européenne sortent l’artillerie lourde. Et souvent, l’artillerie ça fait beaucoup de bruit : les canonniers visent d’abord à terroriser la population avant d’atteindre efficacement les véritables adversaires.

Les années passent et la ficelle reste toujours la même : faute de pouvoir s’appuyer sur les bienfaits de l’Europe, les pro-EU brandissent la menace des conséquences désastreuses d’une sortie, invoquant l’appauvrissement général et si cela ne suffit pas, le risque de 3e Guerre mondiale.

Et nous exagérons à peine puisque l’Europe « garante de 70 ans de paix » est remise sur le tapis à chaque fois que quelqu’un critique le « machin » qui enterre l’idéal européen sous une dérive bureaucratique et se montre incapable de résoudre la fragmentation fiscale et l’absence d’unité géostratégique.

Les experts du Trésor – qui sont aux ordres de la City – avec à leur tête George Osborne, assènent l’argument d’un appauvrissement certain du Royaume-Uni, suite à la chute du commerce, de l’investissement et la baisse des d’affaires (mais pourquoi donc très concrètement ? et qu’est-ce qui vaut à la Turquie un afflux d’investissements et une pluie de milliards, si ce n’est sa non appartenance à l’Europe ?).

George Osborne se lance même dans des pronostics définitifs qui mordent allègrement sur la ligne jaune du ridicule : « Quitter l’UE appauvrira le Royaume-Uni pour toujours ».

Appréciez le « pour toujours« . C’est à peu près le seul adverbe qui n’a aucun sens en matière économique… mais c’est l’adverbe choisi pour faire trembler les familles britanniques, dont le niveau intellectuel moyen est supposé voisin du certificat d’études par les élite d’Oxford et d’Eton .

Les experts du Trésor ont « calculé » que chaque foyer britannique perdrait environ 4 300 livres de revenus par an (soit plus de 15%… un scénario à la Grecque, voir pire) alors que le PIB britannique s’avèrerait inférieur de 6% à ce qu’il aurait été en cas de poursuite de l’aventure européenne d’ici 2030.

Félicitons les collègues de George Osborne de se montrer capable de calculer l’évolution du PIB sur 14 ans alors qu’ils ne sont jamais parvenus à produire une estimation économique fiable à un horizon de 14 mois… depuis des décennies.

Un des stratèges de la City expliquait ce matin sur CNBC que l’Angleterre basculerait dans un « trou noir » le 23 juin prochain en cas de Brexit. Nous imaginons déjà Londres se disloquer comme dans mauvais remake de 2012 puis plonger dans des abîmes intersidérales. On en tremble déjà !

Oui, décidément, à défaut de pouvoir démontrer les bienfaits économiques et sociaux de l’Europe pour le Royaume-Uni (sauf pour la City, mais c’est un repoussoir), c’est bien la stratégie de la peur et de l’enfumage « à 2 balles » qui ressort des cartons gouvernementaux.

S’agissant de l’argumentation positive, le plaidoyer proeuropéen de Jeremy Corbin – le chef de l’opposition travailliste – manquait tellement d’enthousiasme et de conviction vendredi dernier que s’en était presque gênant pour une partie de son auditoire demeuré pro-UE (alors qu’il se réclamait viscéralement anti-Bruxelles lors de son ascension à la tête du parti, avant de retourner sa veste, ce qui prouve que c’est devenu un vrai personnage politique digne de confiance… de la part de la City).

Et le choix de l’argument phare de son discours, l’Europe protectrice, laisse rêveur quand il ne suscite pas la consternation.

Si l’Union Européenne bénéficie jusqu’au 23 juin de tels partisans au sein du Royaume-Uni, elle n’a même plus besoin d’adversaires pro-Brexit.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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