La bulle pétrolière sonne-t-elle le glas de la bulle obligataire ?

Rédigé le 8 avril 2010 par | Matières Premières Imprimer

Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers. Rendez-vous cet après-midi donc au 0899 88 20 36* pour son analyse du jour.

Je vous parlais déjà du pétrole le 18 mars. Aujourd’hui, le sujet central de ce Billet du Trader, c’est encore le pétrole… Mais si l’on s’écarte d’un examen au premier degré du graphique, sa récente flambée de 9% en une poignée de séances — du 29 mars au 5 avril — soulève peut-être plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.

Graphique du pétrole

Certes, le précédent zénith annuel des 83$ est pulvérisé, ce qui a débouché sur le test d’importantes résistances historiques dans la foulée… mais le catalyseur de cette hausse fait débat.

Les day traders pouvaient se contenter de profiter d’un fort signal acheteur validé le 31 mars sans chercher à en identifier la cause. Une semaine plus tard les jeux sont faits et il ne leur reste plus qu’à attendre le prochain pic de volatilité pour découvrir dans quel sens soufflera le vent.

Une flambée aussi irrésistible qu’insensée…

A quelques rares exceptions près, l’évolution du baril ne reflète guère l’état réel de l’offre et de la demande de pétrole « physique », même en y rajoutant une très importante variable d’anticipation.

Il suffit pour s’en convaincre de s’intéresser aux quantités négociées à Rotterdam ces derniers jours. Elles ne sont clairement pas à la hausse. Les commandes en provenance des Etats-Unis se contractent, les stocks de brut sont largement au-dessus de la moyenne historique et les réserves de fioul pleines à ras bord.

Pas de fièvre acheteuse non plus en provenance des pays émergents en cette fin de période hivernale… La Chine a, par exemple, investi 35 milliards de dollars dans les énergies renouvelables et s’en remet au charbon plutôt qu’au pétrole pour ses centrales thermiques. Les causes de la flambée du brent et du WTI sont donc ailleurs.

Nous pouvons écarter, a priori, de classiques achats d’arbitrage s’exerçant au détriment du dollar puisque le billet vert se tient fort bien face à l’euro (1,3370) ainsi qu’à un panier de devises de référence depuis le début de l’année.

L’une des pistes pourrait être la résurgence de pressions inflationnistes en Inde, en Chine, en Turquie, au Brésil et dans la courte liste de pays émergents… mais la dérive des prix se manifeste principalement dans le secteur alimentaire et l’immobilier.

Les usines sont loin de tourner à plein régime dans les pays développés et cela n’arrivera pas de sitôt — les groupes pétroliers occidentaux l’ont bien compris puisqu’ils ferment des raffineries presque partout dans le monde (Etats-Unis, Europe, Japon).

… pourtant il n’y a pas de fumée sans feu

La hausse apparente du pétrole, c’est d’abord la conséquence d’un afflux de capitaux sur les contrats à terme pour des approvisionnements à un horizon de trois à six mois. Question basique : d’où provient cet argent ?

Pas du Forex (marché des changes) puisque le dollar est au plus haut. Pas des marchés d’actions qui sont tous au zénith (de Wall Street à Francfort en passant par Londres, Tokyo ou Paris). Pas du Comex non plus (les métaux industriels tels que le nickel, le palladium, le cuivre tutoient eux aussi des sommets annuels)…

Alors il ne reste guère que les marchés des taux, toujours soupçonnés d’afficher toutes les caractéristiques d’une bulle obligataire.

La concordance est alors frappante puisque parallèlement au brent et au WTI, le rendement du T-Bond 2020 a progressé de +30 points de base en 10 jours pour atteindre les 4% le 5 avril dernier.

Autre coïncidence, la Banque centrale d’Australie vient de rehausser pour la cinquième fois depuis la mi-octobre 2009 son taux directeur de 50 points le 6 avril. Elle trace ainsi la voie d’une normalisation des politiques monétaires. La reprise économique se traduit par une hausse significative du PIB australien (qui devrait afficher un score de +2,5% en 2010).

De ce point de vue, l’écart entre le loyer de l’argent que pratique la Fed et l’évolution du PIB apparaît intenable (+5,5% d’écart à fin 2009 contre un différentiel négatif de -2% en Australie où le loyer de l’argent vient d’être relevé à 4,25%).

L’Amérique devra trouver 1 500 milliards de dollars pour se refinancer en 2010 mais la rémunération offerte aux créanciers est désormais inférieure de 100 points de base sur 10 ans par rapport au « taux sans risque » offert par l’Australie : cela semble absurde.

Mais loin de corriger le tir, la Réserve fédérale réaffirme dans son dernier compte rendu de réunion de politique monétaire (les « minutes » publiées ce 6 avril) qu’elle pourrait « maintenir ses taux d’intérêt à un niveau très bas… pendant encore plus longtemps que prévu » (c’est encore au-delà de « la période de temps étendue ») si les perspectives économiques se détérioraient de nouveau ou si l’inflation reculait encore — duplication du syndrome japonais des années 1990.

La promesse d’un argent presque éternellement gratuit ne saurait être plus claire… mais le marché peut-il encore y croire ? Les prêteurs ne vont-ils pas aller voir ailleurs ?

La hausse du baril est naturellement interprétée comme un signe positif par les éternels optimistes qui règnent sans partage sur Wall Street. Ils y voient un pari sur l’accélération de l’activité mondiale et la sortie définitive de récession des Etats-Unis… mais il serait imprudent d’écarter cette autre interprétation : le pétrole ne serait autre que la « valeur refuge » de ce début de XXIe siècle, sans parler d’une résurgence immédiate des anticipations inflationnistes. [NDLR: Or, pétrole, dollar… comment tirer profit de l’infernal Trio ? Nous analysons chaque semaine ces trois clés de l’économie mondiale et des marchés, et nous vous donnons les stratégies pour les jouer. Et puis… surtout, nous vous expliquons comment profiter de l’or d’ici qu’il atteigne les 2000$…].

Parti de 79$ le 25 mars, le baril de pétrole flirte à présent avec les 87$. Ce niveau est moins parlant que le palier psychologique des 80$ sous lequel il semblait plafonner depuis le 21 octobre 2009 ou la mi-janvier 2010… Mais c’est un niveau clé du point de vue de l’analyse technique puisque le WTI vient de refermer le gap des 86,5$ du 9 octobre 2008 et de revenir au contact du triple plancher des 86,6$ du 6 février et 22 janvier 2008 puis du 6 décembre 2007.

Que d’ex-supports deviennent résistance, c’est un scénario classique… mais lorsqu’il s’agit de pivots majeurs moyen ou long terme, cela mérite d’y réfléchir quelques secondes.

L’enjeu est en effet décisif, non seulement parce que le baril pourrait grimper ultérieurement vers l’objectif psychologique des 100$ ou corriger en direction de la MM100 qui gravite vers 78$ (base du canal ascendant court terme)… mais aussi parce que si notre hypothèse s’avère exacte, ce sont les marchés de taux qui pourraient amorcer une correction dont les conséquences seraient considérables sur les indices boursiers et les perspectives économiques pour la période 2011/2013.

*1,35 euro par appel + 0,34 euro / minute.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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