Pétrole: ils ont la main sur le robinet

Rédigé le 17 novembre 2010 par | Matières Premières Imprimer

Rédacteur de La Lettre de Marc Mayor

Ils tiennent le couteau par le manche — ou plus exactement, le robinet par la poignée. Les pays de l’OPEP voient leurs réserves de change diminuer au fur et à mesure que le dollar perd de sa valeur. Leur unique solution ? Produire moins pour gagner plus — en faisant augmenter le prix du baril. Pas très sarkozien mais redoutablement efficace. « Nous adorerions un baril à 100 dollars« , a déclaré le président de la compagnie nationale libyenne lors de la récente réunion de l’OPEP à Vienne. Ainsi soit-il.

Dans pétrodollars, il y a dollar et il y a pétrole. Quand la valeur du premier recule, celle du second doit augmenter pour compenser et éviter que les réserves de change des pays producteurs de pétrole diminuent. Pour cela, il suffit de modifier un peu l’équilibre offre/demande du marché.

Première possibilité : avec un peu de chance, la demande augmente — si l’économie repart
De nouvelles routes sont construites, tout comme de nouveaux immeubles, tandis que l’Américain continue à trimballer deux tonnes de 4×4 autour de lui pour aller acheter son hamburger au coin de la rue.

Problème : ce n’est pas vraiment la situation actuelle. La croissance économique est amorphe dans les pays développés, et a de grandes chances de le demeurer pour de nombreuses années à venir. L’immobilier ? Il suffit de regarder en Espagne ou aux Etats-Unis pour comprendre que les folles années de bétonnage tous azimuts appartiennent au passé. Et même les Américains se mettent à acheter des petites japonaises économiques (je parle de voitures).

Le temps que Wall Street répare les erreurs commises avec les subprime et autres produits toxiques, il faudra du temps pour que les banques recommencent à financer l’économie et que la confiance refasse son apparition. Bien sûr, les pays émergents ont besoin de plus en plus d’hydrocarbures, mais leur consommation globale n’a pas encore le même impact sur les prix du brut que celle des pays dits développés.

C’est donc du côté de l’offre que les pays producteurs vont agir
Eh oui… s’ils veulent empêcher leurs réserves libellées en dollar de fondre comme neige au soleil, ils doivent agir sur l’offre. Car le billet vert a perdu 13% de sa valeur contre les grandes monnaies de la planète (l’euro, le yen, la livre sterling, le dollar canadien, le franc suisse et la couronne suédoise).

Cette faiblesse du dollar a une conséquence sonnante et trébuchante pour les exportateurs de pétrole, qui sont payés en dollar et qui se sont réunis mi-octobre à Vienne. Le prix réel du baril est inférieur d’une vingtaine de dollars au prix officiel. Ce qui signifie un pouvoir d’achat réduit pour chaque dollar gagné en vendant du brut. « Nous adorerions avoir un baril à 100 dollars« , a donc déclaré Shokri Ghanem, le président de la compagnie pétrolière nationale libyenne, « nous perdons des revenus réels. La Libye en particulier aimerait que le cours du brut soit plus élevé. »

Bien sûr, les pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole n’ont pas tous les mêmes intérêts, car ils n’ont pas tous les mêmes coûts de production. L’Arabie saoudite peut probablement vivre avec un baril à 50$, puisqu’on estime que produire un baril dans ses gisements géants revient à moins de 20$. Mais ce n’est pas le cas de certains de ses concurrents comme le Venezuela, qui possède beaucoup de pétrole lourd, plus cher à produire.

Graphique: Prix du pétrole

Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

A Vienne, le ministre koweïtien du pétrole a, par exemple, estimé qu’un baril compris entre 70 et 85$ est « confortable » tandis que son collègue algérien juge que 90 à 100$ est « raisonnable« .

Un changement commence à se dessiner au sein du cartel. « Jusqu’à maintenant, le prix considéré comme idéal se situait entre 60 et 80 dollars ; maintenant, les pays de l’OPEP commencent à parler de 80 à 100 dollars« , explique Sean Brodrick, analyste spécialisé dans les ressources naturelles de Weiss Research, cité par Bloomberg.

Pour atteindre un cours plus élevé — proche de 100$ –, les pays de l’OPEP n’ont qu’à fermer un peu le robinet. Ou même pas : simplement le laisser ouvert l’an prochain comme il l’est actuellement. En 2011, le monde devrait consommer 88 millions de barils par jour, contre 87 millions cette année, selon les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie, publiés le 12 octobre.

Pour contrebalancer cette augmentation de la demande, les pays de l’OPEP devront produire 100 000 barils de plus par jour que prévu en 2010. Alors que la Réserve fédérale américaine s’apprête à imprimer encore du billet vert pour racheter des bons du Trésor, la valeur du dollar n’est pas prête de remonter.

A Vienne, les pays de l’OPEP ont décidé de ne pas augmenter leur production. Ils pourraient très bien en faire de même l’an prochain. Et les cours pourraient s’envoler, naturellement et sans effort. L’OPEP a la main sur la poignée du robinet, ne l’oublions pas !

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Marc Mayor
Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d’Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits « ‘neutres au marché »). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire « Le Coin des Insiders », qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L’Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l’énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).

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