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Braquage à l’italienne revisité

Par Jim Rickards30 Nov 2016

Walter Wriston, l’un des banquiers les plus puissants et les plus réputés du 20e siècle, est également célèbre pour avoir déclaré que « les pays ne peuvent pas faire faillite ». Lorsqu’il l’a dit, on l’a ridiculisé, mais il avait raison. Trente ans après la crise de la dette latino-américaine des années 1980, ses principaux acteurs, le Brésil, l’Argentine et le Mexique, sont toujours là, et honorent le service de leurs dettes.

Bien entendu, cela s’est accompagné de défauts de remboursement, de restructurations de dettes et de crises monétaires. Voilà pourquoi Wriston a été ridiculisé. Mais son principal argument, à savoir que les pays ne disparaissent pas, demeure valable. Une fois passées les restructurations de dette, les pays existent toujours et ils ont la capacité de développer leurs économies et de régler leurs factures.

On peut dire la même chose des devises. Après tout, les devises représentent simplement la monnaie ayant cours légal dans les pays auxquels se référait Wriston. Les principales devises ne disparaissent pas : elles fluctuent les unes par rapport aux autres.

Les principales devises se négocient au sein d’une fourchette : elles ne tombent pas à zéro. Cela signifie qu’il existe une limite au-delà de laquelle une devise ne peut baisser par rapport à une autre, avant que les effets économiques de la dévaluation et de la réévaluation ne commencent à faire basculer le rapport de force dans l’autre sens.

Les actions peuvent descendre à zéro lorsque les entreprises se déclarent en faillite. Idem pour les obligations, lorsque les débiteurs font défaut. Certaines devises mineures telles que le dollar du Zimbabwe dégringolent réellement à zéro à partir du moment où une bouteille d’eau coûte 1 000 milliards de dollars du Zimbabwe.

Mais, les principales devises, telles que l’euro (EUR) et le dollar américain (USD) ne descendent pas à zéro. Il en est de même pour l’or. Toutes ces formes de monnaies s’apparentent à deux enfants juchés sur une balançoire à bascule. Lorsque l’un d’eux est en haut, l’autre est en bas, mais l’élan s’inverse rapidement et les positions hautes et basses s’inversent.

Si vous arrivez à détecter le tournant décisif que prend une paire de devises, alors vous pouvez réaliser d’énormes gains. Or actuellement, nous détectons ce type de tournant en ce qui concerne l’euro.

L’euro s’est effondré face au dollar et semble prêt à amorcer un rally, à présent.

Actuellement, le cours croisé euro/dollar est en bas de son « trading range », sa fourchette de négociation, sur 8 ans (voir le graphique ci-dessous). L’EUR/USD se négociait à 1,0572 $ le 18 novembre 2016. C’est juste au-dessus du niveau des 1,0493 $ atteint le 13 mars 2015, avant un plus-bas intermédiaire.

La dernière fois que l’EUR/USD s’est négocié aussi bas, c’était juste avant le 31 décembre 2002, période à laquelle il avait également atteint les 1,0490 $. Autrement dit, l’EUR/USD s’est négocié au-dessus des 1,04 $ au cours de ces 14 dernières années.

EURUSD

L’EUR/USD pourrait-il descendre plus bas, voire se négocier au-dessous de la parité (1 $) ?

C’est possible, mais cela paraît peu probable pour les raisons que je vais vous expliquer ci-dessous.

L’EUR/USD s’est bien négocié à un plus-bas historique de 0,82 $ en octobre 2000. Pourtant, à cette période, il était encore relativement récent (son lancement a eu lieu le 1er janvier 2000). Cette faible valorisation, à l’époque, était due à des différentiels de taux extrêmes entre la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale. Les taux d’intérêt de l’euro ont été abaissés de 3% à 2,5% en 1999, alors que les taux américains étaient encore à 6,5% en décembre 2000. Avec un tel différentiel de taux, il n’est pas étonnant que les investisseurs aient préféré le dollar à l’euro.

En janvier 2001, la Fed a baissé les taux d’intérêt de 6,5% à 6%, première baisse d’une longue série orchestrée par Alan Greenspan afin de gérer une récession ainsi que l’effondrement des valeurs technologiques. Ces baisses ont réduit le différentiel de taux entre l’euro et le dollar et donné lieu à un rally de l’euro.

Ce rally a culminé lorsque l’EUR/USD a enregistré un plus-haut historique à 1,60 $ en juillet 2008. Ce rally est également dû à un différentiel de taux d’intérêt mais, cette fois, en faveur de l’euro. En juillet 2008, la BCE a relevé les taux à 4,25% alors que la Fed les abaissait frénétiquement afin de gérer la crise financière mondiale (Fannie Mae et Freddie Mac se sont effondrés en juillet 2008).

Quel est le motif de la baisse de l’euro, actuellement ?

Les différentiels de taux sont moins importants que par le passé. Les taux européens sont légèrement négatifs et les taux de la Fed sont légèrement positifs, mais le différentiel est inférieur à 1%. Les perspectives d’inflation américaines jouent bien un rôle, mais le principal motif est l’incertitude politique. La grande incertitude est celle du référendum italien devant se dérouler le 4 décembre prochain.

Il implique certains changements techniques, au sein de la constitution italienne et de gouvernance. Mais le vote en lui-même s’est métamorphosé en référendum portant sur le leadership pro-Union européenne du Premier ministre Matteo Renzi. En fait, ce référendum s’apparente à un « pour ou contre un Brexit italien », même si le « non » ne provoquerait pas immédiatement la sortie de l’Italie de l’Union européenne.

La plus grande inquiétude, c’est que le vote du « non » aux changements proposés par ce référendum oblige le gouvernement Renzi à démissionner. Cela nécessiterait de nouvelles élections, qui faciliteraient la montée du « Mouvement Cinq Étoiles » en Italie. Cinq Etoiles est un parti nationaliste anti-Union européenne et anti-immigration. Le leader de Cinq Etoiles est un peu le Donald Trump italien.

RENZI

On craint que la chute de Renzi et la montée de Cinq Etoiles ne mène au bout du compte au retrait de l’Italie de l’Union européenne et de la zone Euro.

Bien sûr, ce type de turbulences comporte des implications négatives pour les banques italiennes et allemandes que l’insolvabilité guettepour d’autres raisons. Selon un scénario plus grave, l’éclatement de la zone Euro et l’effondrement des banques européennes pourraient déclencher une nouvelle crise financière internationale.

Si vous trouvez que c’est un peu exagéré, lisez l’analyse proposée par Wolfgang Münchau, dans le Financial Times du 20 Novembre 2016 :

« Après le Brexit et Donald Trump, préparez-vous au retour de la crise au sein de la zone Euro. Si Matteo Renzi, le Premier ministre italien, essuie une défaite à son référendum constitutionnel du 4 décembre, je m’attends à une série d’évènements qui pourrait remettre en question l’adhésion de l’Italie à la zone Euro.

L’Italie compte trois partis d’opposition : tous sont en faveur d’une sortie de la zone Euro. Le plus grand et le plus important d’entre eux, Cinq Etoiles, est un parti qui ne se définit ni de gauche ni de droite. Le second est Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi, devenu fanatiquement anti-euro après que l’ex-Premier Ministre a été contraint de démissionner en 2011. Le troisième parti est la Ligue du Nord, séparatiste. Au sein des pays démocratiques, il est courant que les partis d’opposition finissent par accéder au pouvoir. Attendez-vous à ce que cela se produise également en Italie.

Le référendum est important car il pourrait accélérer la trajectoire vers un départ de la zone euro. Si M. Renzi perd, il a dit qu’il démissionnerait, ce qui aboutirait au chaos politique. Les investisseurs pourraient en conclure que la partie est finie. Le 5 décembre prochain, l’Europe pourrait se réveiller avec la menace d’une désintégration… Le départ de la France, ou de l’Italie, de la zone Euro provoquerait le plus gros défaut de paiement de toute l’histoire. Les détenteurs d’obligations italiennes ou françaises libellées en euros seraient remboursés en équivalents francs français ou lires. Ces deux monnaies seraient dévaluées. Comme les banques ne sont pas tenues de détenir des fonds propres par rapport aux obligations d’Etat qu’elles détiennent, les pertes enregistrées pousseraient immédiatement un bon nombre de banques du continent à la faillite. »

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Jim Rickards

Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef de Strategic Intelligence, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

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