Marchés : les fausses bonnes nouvelles de fin d’année sont enfin arrivées

Rédigé le 3 décembre 2015 par | Toutes les analyses Imprimer

Un paradoxal consensus de marché

« Tout va mal… donc tout va bien », voilà le trait d’humour lâché par une des intervenants sur BFM mercredi matin dans le petit salon où patientaient les invités, avant de passer à l’antenne.

Je pourrais dévoiler son nom… Cependant, les 3 invités et moi-même avons hoché la tête, avec un air entendu : « j’allais le dire moi aussi », chacun a pensé. Ainsi pour ne froisser personne, je pourrais bien qualifier cette saillie de « consensus de marché »…

Et chacun d’argumenter : « La croissance mondiale à 3,5% en 2016, même pas en rêve », « Les bénéfices ont intérêt à ne pas décevoir au 4ème trimestre, pour l’instant on est loin du compte », « Le système financier chinois est en lambeaux, heureusement que le montant des créances pourries n’est pas connue du grand public »… et j’ajoutais « Qu’est-ce que Super Mario va bien pouvoir nous annoncer pour expédier le dollar au-delà des 1,05 face à l’euro… Il va falloir que sa hotte de père-Noël monétaire déborde de cadeaux ! ».

Une autre idée a recueilli un large consensus autour de la machine à café : « Comme c’est parti, la croissance et l’inflation vont reposer plus que jamais sur la consommation des ménages des pays développés en 2016, parce que dans les émergents, c’est la Bérézina ».

La consommation, voilà une thématique qui rassemble beaucoup de suffrages : en effet, soit les ménages font chauffer la carte bleue et il y aura de la croissance – donc il faut acheter Carrefour, Casino, Delhaize, Kering, Danone, etc. – soit la spirale déflationniste prend la même tournure qu’au Japon au milieu des années 90 et il ne faut plus acheter d’actions parce que tout le monde comprendra que les QE et les taux négatifs s’avèrent aussi inefficaces qu’expérimentaux.

Les merveilleux faux-bons chiffres de Thanksgiving

Jusqu’ici les premières statistiques qui nous parviennent des États-Unis après la grande tétralogie consumériste s’étendant de Thanksgiving au Cyber Monday (soldes sur internet le lundi suivant le Black Friday) sont loin d’inviter à l’euphorie. Même si, bien sûr, les « permabulls » qui « font l’opinion » dans les médias mainstream se sont empressés de crier victoire.

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Rendez-vous compte « Les américains ont acheté pour plus de 3 Mds$ de produits via internet ce lundi 30 novembre » (les dépenses de 0H00 à minuit ont totalisé 3,1 Mds$). Cela représente 16% de hausse par rapport à 2014 et c’est bien la première fois que la barre des 3 Mds$ est franchie…

Soit, mais le consensus du marché tablait plutôt sur une hausse de +20%… un peu comme les années précédentes. Mais bon, patientons encore un peu : il s’agit seulement de prévisions sur l’ensemble des ventes post-Thanksgiving.

Le score du weekend dans les centres commerciaux et boutiques des grandes métropoles est, lui, en revanche, connu dans son intégralité : les ventes ont reculé de 10,4% à 23,45 Mds$ par rapport à 2014, qui n’était déjà pas un bon millésime.

Reprenons donc les chiffres calmement : nous obtenons une hausse de 430 M$ de ventes sur internet mais nous avons en face -2,55 Mds$ dans les circuits de distribution classiques… soit, par solde, une diminution de 2,12 Mds$ des dépenses sur l’ensemble des soldes de l’après-Thanksgiving.

La consommation pourra-t-elle sauver la croissance ?

Par souci d’honnêteté, il faut apporter un correctif positif qui atténue un peu le sentiment de déconvenue qui transparaissait à Wall Street dès lundi avec un repli moyen de 1% du secteur de la distribution.

Tout d’abord, 56% des américains ont commencé à faire du shopping avant Thanksgiving, appâtés par des opérations de pré-soldes (ventes privées, opération spéciales sur les cartes de fidélité, etc.).

De même, les promos post-Thanksgiving ont été plus fortes qu’en 2014, notamment dans l’électronique grand public, avec une ristourne moyenne de 21,5% contre 20,5% l’an passé. Les volumes vendus n’ont donc peut-être pas autant diminué que ne le suggère la baisse de 2 Mds$ des dépenses… mais la hausse du chiffre d’affaire n’est pas là, et les marges sont pour leur part sacrifiées.

Une telle analyse ressemble étrangement aux commentaires des résultats des multinationales américaines cette année (pour rappel -6% au 3ème trimestre). Sauf que, sur le sol des Etats Unis, l’attrition générale des ventes n’est pas le résultat d’un effet devise négatif : bien au contraire, le dollar fort et les carburants bon marché ont dopé le pouvoir d’achat des ménages américains… qui n’ont pourtant pas fait surchauffer leurs cartes de crédit, loin de là !

Dès lors, si les européens ne se déchainent pas en décembre, après le trou d’air de la consommation en octobre en France et en Allemagne notamment, le scénario d’une croissance par la consommation en 2016 sera réservé à ceux qui croient… au Père Noël.

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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