Histoire des cryptomonnaies : Le Bitcoin en une leçon (partie 1)

Rédigé le 4 octobre 2017 par | A la une, Apprendre la Bourse, Bitcoin & cryptomonnaies, Taux & Devises, Toutes les analyses Imprimer

Par Chris Campbell, initialement publié sur Libre d’Agir

La semaine dernière, un collègue m’a envoyé par e-mail une liste de quatre questions sur les cryptomonnaies.

C’est dans ma nature : je me suis alors lancé dans des recherches titanesques, et ma réponse fait aujourd’hui environ 3 999 mots de plus que ce à quoi mon collègue s’attendait.

Voici les quatre questions, dans leur forme d’origine.

  1. Peut-on acheter des cryptomonnaies avec des devises traditionnelles ? Pourrais-je acheter des Bitcoins avec mes dollars ?
  2. Comment les cryptomonnaies sont-elles nées ? Ou QUI leur a donné naissance ? Depuis combien de temps existent-elles ?
  3. Quelle est, selon vous, la cryptomonnaie dont la légitimité est la plus grande ?
  4. Les grandes banques commencent-elles à se rendre compte de la viabilité des cryptomonnaies ?

Mais pas de souci : j’ai réussi à diviser la tâche en plusieurs parties faciles à lire… et j’aimerais aujourd’hui partager le résultat avec vous.

Commençons donc sans plus attendre…

Peut-on acheter des cryptomonnaies avec des devises traditionnelles ? Pourrais-je acheter des Bitcoins avec mes dollars/euros ?

Oui. Le plus simple est de se rendre sur Coinbase, qui n’est pas plus difficile à utiliser que PayPal ou n’importe quel service bancaire en ligne (de plus, vos Bitcoins sont assurés). J’ai également entendu de bonnes critiques de Kraken, mais je ne l’ai jamais utilisé. Coinbase est un bon début.

Comment les cryptomonnaies sont-elles nées ? Ou QUI leur a donné naissance ? Depuis combien de temps existent-elles ?

Avant de répondre à cette question, voici cinq choses importantes à savoir au sujet du Bitcoin.

  1. Le Bitcoin est le résultat de décennies d’innovation en matière de cryptographie appliquée.
  2. Le Bitcoin est un logiciel.
  3. Le Bitcoin est un réseau de paiement numérique décentralisé qui permet à des individus d’effectuer des transactions privées sans avoir besoin de recourir à une banque ou à des intermédiaires (c’est un système peer-to-peer).
  4. Personne ne contrôle directement le Bitcoin ou les ressources en Bitcoin.
  5. C’est avec le Bitcoin que les cryptomonnaies sont nées, en 2009.

À partir de maintenant, je vais simplifier un petit peu les choses.

Vous aurez ainsi une idée claire de ce qu’est le Bitcoin et de ses origines sans que nous ne devions naviguer en eaux trop troubles. Enfin… j’espère.

Pour vous donner une idée du contexte, je pense qu’il est préférable de commencer avec un peu d’histoire.

Histoire des cryptomonnaies

cypherpunksLe long et tortueux chemin qui a mené à la création du Bitcoin a commencé avec la création par l’armée américaine de la cryptographie asymétrique dans les années 1970.

Quelques innovations majeures au cours des décennies suivantes ont ensuite permis d’ouvrir la voie à l’émergence, dans les années 90, d’un groupe fluctuant de hackers et de nerds venus de tous les horizons.

Ce groupe, les « cypherpunks », ont alimenté l’idée d’une monnaie anonyme et décentralisée. L’unique créateur du Bitcoin, Satoshi Nakamoto (un cypherpunk lui-même), n’est pas connu (j’y reviendrai dans un instant).

Dans les années 1980, le Dr David Chaum, un cryptographe, publia les premiers articles sur les monnaies numériques et les économies basées sur un système de réputation (l’un de ses articles les plus populaires s’appelle « Security without Identification: Transaction Systems to Make Big Brother Obsolete » , c’est-à-dire « La sécurité sans identification : des systèmes de transaction pour reléguer Big Brother au musée »).

En 1983, il mit ses théories en application pour créer une monnaie numérique anonyme baptisée ecash. Une banque de St Louis, la Mark Twain Bank, décida de tester sa viabilité dans le cadre de micropaiements.

Cette banque fut rachetée par Mercantile Bank trois ans plus tard seulement, et ecash fut abandonné. Mercantile Bank n’en voyait pas l’intérêt.

Et puis, l’ecash présentait un problème majeur, il dépendait encore du bon vouloir des banques. Il dépendait d’entités centrales, et n’était donc pas si révolutionnaire.

La question restait donc posée : comment ne pas dépendre d’institutions déjà bien établies ? Mieux encore, comment s’assurer qu’aucun acteur unique ne puisse contrôler l’offre monétaire ? Vaste problème, insoluble selon certains.

En 1992, en partie pour tenter de trouver une solution, quelques personnes, à San Francisco, commencèrent à se réunir chaque mois pour débattre des idées de Chaum et de la cryptographie en général. Ils finirent par créer une liste d’e-mails pour pouvoir discuter en ligne, à distance.

Ces personnes devinrent les tout premiers cypherpunks.

L’un des membres, Eric Hughes, rédigea notamment Un Manifeste Cypherpunk, qui établit l’objectif des cypherpunks : garantir la protection de la vie privée des individus par tous les moyens possibles, notamment, si possible, par le biais des transactions financières.

À moins que les cypherpunks n’y parviennent, selon eux, la vie privée serait érodée petit à petit par les gouvernements et les grandes entreprises jusqu’à disparaître complètement.

Voici une liste des cypherpunks les plus célèbres et de leur contribution à ce combat.

Toutes ces personnes ont, directement ou indirectement, contribué à la création du Bitcoin et se sont battues d’une manière ou d’une autre, à l’aide de 1 et de 0, dans ce que l’on peut appeler les Crypto Wars, les cryptoguerres.

Les années 1990 marquèrent le début de ce que de nombreux cypherpunks appellent les Crypto Wars. Les gouvernements (principalement le gouvernement des États-Unis) tentèrent d’interdire la cryptographie, affirmant qu’elle permettrait de renforcer les réseaux criminels et terroristes. (Une deuxième cryptoguerre pourrait d’ailleurs bien être déclenchée dans certaines régions du monde si/quand le Bitcoin commencera à menacer certains intérêts particuliers.)

Des responsables gouvernementaux affirmèrent que seul le gouvernement devrait être en mesure d’utiliser un cryptage (théoriquement) impossible à déchiffrer. Les citoyens privés, eux, ne devraient être en mesure d’utiliser qu’un cryptage faible. Un cryptage qui pourrait être déchiffré après quelques jours par qui ? Devinez un peu… Les responsables gouvernementaux, bien sûr.

(À noter : aucun cryptage numérique n’est totalement 100% indéchiffrable… Mais il faudrait des centaines, voire des centaines de milliers d’années, pour venir à bout des cryptages les plus sécurisés disponibles en ligne avec la technologie actuelle. Certes, l’informatique quantique pourrait changer cela, mais certains développeurs ont déjà un train d’avance et mettent au point une cryptographie (théoriquement) à l’épreuve de l’informatique quantique. Je vous parlerai d’un projet en particulier dans l’épisode de la semaine prochaine.)

La cryptoguerre a atteint son paroxysme avec un jugement clé, Bernstein contre le département américain de la Justice. Au terme de cette affaire, la neuvième Cour d’appel a décidé que le code cryptographique était protégé par le Premier amendement de la Constitution des États-Unis. Le code logiciel, en d’autres termes, est considéré comme une forme d’expression.

Pour les cypherpunks, bien sûr, il s’agissait là d’une décision clé. Certains l’ont même comparée à la chute du mur de Berlin. Elle ouvrait la voie à une nouvelle ère : la vie privée des individus, pensaient-ils, était désormais protégée.

Encouragés par cette réussite, les cypherpunks continuèrent à travailler sur des méthodes de cryptage plus avancées (comme vous pouvez le constater grâce à la liste ci-dessus) et sur la création de leur monnaie numérique, une créature mythique qui ne serait contrôlée par aucune entité centrale. S’ils étaient capables de résoudre ce casse-tête, plus rien ne pourrait les arrêter. Le monde serait transformé à jamais.

Les plus sceptiques continuaient de sourire en les traitant de doux rêveurs, mais de nouvelles idées ne cessaient d’émerger, et, petit à petit, sans vraiment qu’on en prenne conscience, le Bitcoin allait finir par naître.

Enfin, en 2009, au beau milieu de la crise financière, un cypherpunk anonyme, Satoshi Nakamoto, rejoint la liste de diffusion. Il annonça très calmement au groupe qu’il avait trouvé la solution et leur présenta le Livre blanc sur le Bitcoin (ici en VO), aujourd’hui célèbre.

Incroyable mais vrai, cela fonctionna. Il parvint à dépasser toutes les barrières que certains, dans le groupe, pensaient infranchissables. La plus grande contribution individuelle de Satoshi à ce groupe était la « blockchain », parfois appelée chaîne de blocs en français. (Nous vous en dirons plus à son sujet et au sujet de son fonctionnement en utilisant des termes simples dans l’épisode de la semaine prochaine.)

Personne n’a pu découvrir quelle était l’identité exacte de Satoshi Nakamoto (même si certaines personnes bien informées pensent qu’il pourrait s’agir de l’un des premiers cypherpunks, Nick Szabo). Il a choisi de conserver l’anonymat.

Il a laissé partir sa créature et, telle un monstre de Frankenstein numérique, celle-ci a aujourd’hui une vie qui lui est propre. Elle a évolué sans lui. Exactement comme Satoshi le souhaitait.

Je vous en dirai davantage dans la deuxième partie la semaine prochaine.

 

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La Rédaction
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2 commentaires pour “Histoire des cryptomonnaies : Le Bitcoin en une leçon (partie 1)”

  1. Bien

  2. […] deux précédents articles étaient plutôt explicatifs (partie 1 et partie 2). Aujourd’hui, je vous livre plutôt une sorte d’article d’opinion, plus […]

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