Bilan du premier semestre par Philippe Béchade

Rédigé le 4 juillet 2014 par | Autres indices, Cac 40 Imprimer

Le premier semestre s’est achevé sans strass ni paillettes sur les places de la zone Euro : la séance de lundi n’a pas donné lieu aux habillages de bilans habituels mais les indices européens ont bien tenu comme le démontre la parfaite stabilité de l’EuroStoxx 600 et de l’EuroStoxx50 (qui engrange +3,5% depuis le 1er janvier).

Le CAC40 se contente de +3% tout rond.

Si vous possédez un portefeuille diversifié – et non un fonds qui réplique fidèlement l’évolution du CAC40 – vous pensez donc avoir empoché entre +3 % et +3,5% depuis le 1er  janvier (bon, le CAC Small affiche +15% et le CAC Mid & Small, 9%… mais admettons que vous préfériez les blue chips…). Mais attendez un peu : êtes-vous bien certains d’avoir du Total, du GDF-Suez et du Technip en portefeuille ? Parce que si ce n’est pas le cas, votre performance du 1er semestre chute instantanément de moitié… et si vous êtes allergiques à Orange, retirez 0,1% de gain supplémentaire.

Si en revanche, vous avez tenu compte de l’actualité géopolitique tendue et que vous avez misé la moitié de votre portefeuille sur le secteur de l’énergie, vous avez engrangé +10%.

Mais restons-en aux 33% gagnés par les valeurs françaises sur les 18 derniers mois : ils s’expliquent facilement par une croissance… nulle du PIB français et une contraction de +2,8% vers +2,2% (en 2013) de l’activité des pays du G20 (90% des échanges internationaux).

Alors bien sûr, les taux sont au plus bas de l’histoire dans les pays « périphériques » – la rumeur voudrait que les banques centrales et notamment la BCE, qui se réunit jeudi, aient décidé de maintenir les marchés au zénith durant toute la période estivale. Oui, trois mois de complète sérénité zen obtenus à coup de « petites phrases » laissant miroiter un QE à l’européenne si l’inflation reste proche des 0,5% d’ici fin 2014.

Pour les indices US, nous avons assisté à une fin de premier semestre « traditionnelle » : les sherpas de Wall Street tirent les indices à chaque fin de mois depuis octobre avec une seule exception qui confirme la règle en janvier. Ils ont concentré leurs efforts sur le Nasdaq qui avance d’une dizaine de points à 4.408 points (meilleur score depuis le 7avril 2000) et sur les valeurs volatiles du Russel 2000 et du Dow Transport (qui se hisse pour la 2ème fois de son histoire au-dessus des 8.200Pts, la première, c’était début juin). Cet ultime coup de reins sur le Nasdaq est graphiquement très important : il écarte potentiellement le risque de formation d’un double-sommet historique dans la zone des 4.370/4.380Pts.

Le Russel2000 et le Dow Transport sont en revanche très exposés au scénario du M baissier mais ce ne sont pas des indices emblématiques : le S&P500 et le Nasdaq semblent eux montrer la voie. Ils ont échappé à l’attraction terrestre et progressent au sein d’un canal, également appelé « tendance en ligne », qui témoigne d’une systématisation de la manipulation indicielle par quelques sherpas exécutant scrupuleusement la feuille de route dictée par la FED. Sur les 22 records absolus inscrits cette année par le S&P500, 12 l’ont été au cours des 24 dernières séances : cela fait bien un record tous les 2 jours depuis le 27 mai dernier !

plus hauts SP500

Une décroissance du PIB américain révisée à -2,9%, la stagnation des dépenses des ménages (une nouvelle sorte de grands froids gèlerait-il le pouvoir d’achat depuis fin février ?) n’a même pas enrayé la machine à battre des records. Wall Street marche sur l’eau, bondit de nuage en nuage… alors que la FED continue de réduire ses injections.

Mais d’où proviennent donc les flux qui maintiennent les marchés US en lévitation ?

La stagnation des indices européens nous fournit un début de réponse – c’est un grand classique. Quand les relais à la hausse commencent à manquer aux Etats-Unis, les gérants américains rapatrient les bénéfices qu’ils peuvent extérioriser en Europe ou Asie.

La seconde technique consiste à mener une intense campagne de propagande en faveur des valeurs vedettes qui incarnent une part du « rêve américain » comme Tesla, Facebook, Amazon, Go-Pro (qui prend 50% en 3 séances, passant de 28 à 42 $ et voit sa capitalisation de 3 Mds$ représenter l’équivalent de 13 fois son chiffre d’affaires 2013). Les valorisations de ces 4 titres sont tellement hors normes, les PER tellement stratosphériques que plus aucune limite fondamentale ou psychologique ne peut être invoquée. Le truc, c’est « qu’il faut en avoir » en portefeuille pour coller au benchmark… les robots se chargent d’empiler, de pyramider, de créer la version moderne de la tulipmania de 1637/1638.

 En attendant, des signaux techniques baissiers affectent de nombreuses valeurs françaises: les derniers en date concernent Véolia, Saint Gobain et Eiffage… mais gare au risque de rebond du CAC40 sur le support majeur des 4.410/4.420Pts. En cas de rupture des 4.400Pts, nous pourrons lancer les grandes manœuvres à la baisse (je vous renvoie à l’article de Gilles Leclerc sur le CAC40 qu’il a publié hier).

L’impératif de soutenir Wall Street d’ici le long pont d’Independance Day qui débute jeudi soir pourrait paradoxalement amplifier les arbitrages au détriment des actions européennes.

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– Prévision du Nasdaq pour le second semestre : attention au double top

– Prévisions du CAC40 pour le second semestre : surveillez les 4400 !

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– Analyse MSCI et fondamentaux

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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