Bienvenue dans l’ère du complot

Rédigé le 19 septembre 2012 par | Apprendre la Bourse, Matières Premières Imprimer

Début août, dans le précédent numéro de Vos Finances, je faisais un rapide historique des événements qui ne devaient jamais arriver mais qui sont néanmoins survenus. Je terminais alors mon article sur une histoire inachevée : celle du grand marché de l’or physique.

Bienvenue dans l’univers d’un des marchés les plus obscurs !
Les traders et boursicoteurs ont tendance à attribuer à New York et au CME le privilège de faire la pluie et le beau temps, via les contrats à terme, sur le prix des métaux précieux.

Certes le marché à terme américain joue un rôle important dans le processus mais ce privilège est largement partagé avec deux autres acteurs :

Les statistiques de la LBMA révèlent l’importance des transactions qui s’y déroulent. En effet, en moyenne, 500 tonnes d’or physique s’échangent par jour entre les opérateurs agréés de la LBMA. A titre de comparaison, la production annuelle mondiale d’or extrait est de 2 500 tonnes.

Statistiques de la LBMA

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Sur cette place ne s’échange (normalement) que de l’or ou de l’argent physique. Outre les activités de compensation et de dépôts, trois activités principales s’y déroulent : les prêts de métal, les contrats à terme et les échanges à terme (swaps).

Les trois activités du marché des métaux précieux

Posséder un stock de métal induit des charges ; a contrario posséder des liquidités permet d’engranger des intérêts.

La transaction se fait sur la base minimum du taux GOFO correspondant à la maturité du swap. Ainsi la banque ou le fonds détenant un stock d’or et qui le prête, paiera à son partenaire le GOFO sur la maturité convenue mais est susceptible d’engranger au moins le taux de rémunération des liquidités obtenues en contrepartie, soit le taux LIBOR. A l’échéance de l’échange, chacun récupère son bien selon les conditions initiales de l’accord de swap.

Dans le contexte actuel de crise de la liquidité, cette dernière technique est très utilisée par les banques commerciales et les fonds pour se financer. En effet la suspicion générale qui règne sur la qualité des garanties que proposent les institutions en recherche de liquidités conduit beaucoup de prêteurs à préférer la garantie d’un actif physique sans contrepartie.

Mais encore faut-il détenir un stock d’or pour faire cet échange ! C’est là qu’interviennent les banques centrales ou les bullion banks, en particulier les deux banques (HSBC Bank Etats-Unis et J.P. Morgan Chase) qui assurent la garde des deux plus gros trackers de métaux précieux que sont les trackers SPDR® Gold Shares (code : GLD, 1 258 tonnes d’or) et iShares Silver Trust (code : SLV, 9 691 tonnes d’argent). Ces banques d’or ont en effet la possibilité de louer leurs stocks.

Les bullion banks, soit utilisent la partie non allouée du stock dont elles ont la garde, soit interviennent comme intermédiaire entre les banques centrales et des banques commerciales ou fonds en mal de liquidités.

Quelques exemples pour illustrer concrètement ces mécanismes
Une banque centrale loue, pour une certaine durée, un stock d’or à une bullion bank en échange de garanties. Cette banque centrale encaisse le loyer ou GLR — c’est-à-dire la différence entre le LIBOR et le GOFO.

La bullion bank a alors deux possibilités devant elle :

La situation la plus plausible aujourd’hui, du fait des tensions extrêmes sur le crédit, est que les bullion banks jouent un rôle d’intermédiaire entre les banques centrales et des fonds ou banques commerciales en quête de liquidités.

Cette situation est d’autant plus crédible que la diminution des taux de GLR est le signe d’une augmentation importante des opérations de swap par rapport aux opérations de vente de métal. Il est donc vraisemblable que les bullion banks servent d’intermédiaire des banques centrales pour des prêts d’or auprès de banques commerciales qui ensuite entrent dans des swaps pour obtenir de la liquidité sur le marché.

Ce processus permet aux banques commerciales de placer des garanties dont personne ne veut auprès des banques centrales et d’obtenir ainsi de la liquidité grâce à un actif sans contrepartie.

Quels enseignements tirer de tout ceci ? J’en vois trois :

Tout au long des années 90, les banques centrales ont utilisé leurs stocks d’or pour générer un rendement et couvrir les frais inhérents à la conservation du métal. Depuis la crise de 2007, un revirement fondamental s’est produit. L’or est de plus en plus considéré comme un actif sûr, car sans contrepartie, utilisé pour obtenir du cash. Ce rôle d’actif de dernier ressort vient d’être clairement illustré par une décision du CME publiée le 17 août dernier.

La plate-forme de compensation de Londres du CME acceptera désormais de l’or physique en garantie de tous les contrats. Toutes ces décisions montrent à ceux qui en douteraient encore que l’or est bien plus qu’un métal, c’est une monnaie. Il reprend aujourd’hui sa place. Cette évolution est fondamentale et préfigure la place que tiendra l’or dans le futur système monétaire qui naîtra des cendres du chaos actuel.

Encore une fois, ce qui ne devrait pas arriver, arrivera…

NDLR : pour éviter toutes ces magouilles du marché de l’or, positionnez-vous en amont : sur les minières ! Là, le business est simple : plus les cours de l’or augmente, plus les marges des minières explosent — et leur cours boursier avec. Et d’un point de vue plus macro-économique… l’or sera le seul moyen pour vous de vous protéger de la fin du système providence, de l’inflation et des crises qui n’ont pas fini d’éclater. Prenez vos dispositions dès maintenant

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Yannick Colleu
Yannick Colleu
Ingénieur

Yannick Colleu, de formation Ingénieur et IAE de Paris, est l’auteur d’un guide reconnu sur l’investissement aurifère : Guide d’investissement sur le marché de l’or (éditions Gualino – 2008). Il a également signé l’ouvrage Investir dans les métaux précieux- Le guide complet  aux éditions Eyrolles (2014).
En phase avec les grandes idées d’investissement des Publications Agora, il intervient régulièrement dans nos chroniques et lors de nos conférences. Spécialiste des métaux précieux, Yannick Colleu est notamment rédacteur de la rubrique « Le coin du physique » de Crise, Or & Opportunités

Un commentaire pour “Bienvenue dans l’ère du complot”

  1. tout à fait…. on ne peut qu’être d’accord et je dirais meme plus « etre d’accord », pour joindre une pierre à l’édifice : http://en.wikipedia.org/wiki/Bre-X entre autres….

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