Sauver le rebond de Wall Street ou sauver le dollar ?

Rédigé le 9 décembre 2009 par | Matières Premières Imprimer

Il se fait tard ce lundi soir, après une journée à suivre les marchés entre Paris et Londres où je suis actuellement pour prendre le pouls de la City.

Pourtant, à l’heure tardive où je vous écris ces lignes, et avec la CNBC en fond sonore, le sort du dollar me paraît de plus en plus clair.

Une mécanique simple… enfin presque

La mécanique des marchés semble toujours simple pour expliquer ce qui s’est passé, mais devient tout de suite beaucoup plus compliquée lorsqu’il s’agit d’anticiper le futur.

Par exemple, les analystes se succèdent sur votre téléviseur ou à la radio pour vous expliquer que les bons chiffres de l’emploi vendredi dernier ont soutenu le dollar du fait simple de l’anticipation d’une prochaine hausse de taux de la Fed.

Les mêmes analystes vous expliquaient récemment que les bons chiffres américains soutenaient l’appétit pour le risque et donc faisait baisser le dollar.

Etrange, non ?

Le dollar, sur le fil du rasoir…

Ils sont beaucoup moins bavards pour vous expliquer ce qui va se passer dans les prochaines semaines et notamment ce vendredi, au moment de la publication des ventes de détail et de l’indice de confiance du Michigan.

Mais je ne blâme évidemment personne car il est certain que les marchés sont à un point de rupture, coincés entre une tendance forte et une peur grandissante de s’exposer à une rechute.

Sauver le rebond de Wall Street ou le dollar ?

Si les marchés hésitent entre deux scénarios possibles, que dire alors de la posture des Américains qui, après avoir prêché pour un dollar fort, ont littéralement saboté ce lundi le rebond du billet vert par la voix de Ben Bernanke en personne.

Ce dernier, plus soucieux de sauvegarder le rebond de Wall Street que de sauver le dollar, n’a pas hésité à assurer que l’argent gratuit serait encore disponible pour longtemps aux Etats-Unis et ainsi rassurer les intervenants sur un éventuel resserrement monétaire.

Cependant, la Fed aura bien du mal à justifier des taux aussi bas si les bons chiffres de vendredi étaient rapidement confirmés.

A moins, que même Ben Bernanke ait du mal à croire en ces chiffres…

Deux hypothèses, une seule conclusion

Et comme je l’ai déjà fait, je n’hésite pas une nouvelle fois à m’engager sur une reprise à venir du billet vert.

Et cela paraît là aussi finalement assez logique et je vais vous en faire la démonstration.

Nous avons deux hypothèses pour expliquer la hausse des marchés, qui mènent toutes les deux à la même conclusion quant à la monnaie américaine.

La première, farfelue, serait de considérer que la hausse des marchés repose sur des chiffres solides et une économie qui viendrait ainsi nous gratifier de la fameuse reprise en V.

Dans ce cas, les chiffres rassurants devraient s’accumuler dans les semaines qui viennent et ainsi confirmer que la remontée des taux aux Etats-Unis sera plus rapide que prévue.

La seconde hypothèse serait de considérer que nous sommes loin d’être sortis d’affaire et que la reprise actuelle ne repose que sur les injections de liquidités et n’est donc finalement qu’artificielle.

Dans ce cas, même si la Fed ne veut pas remonter ses taux rapidement, les injections de liquidités devraient tout de même progressivement cesser et ne suffiront de toute façon pas à faire monter les marchés plus haut, sans des fondamentaux solides derrière elles. Dans les dernières semaines de novembre, on a constaté qu’il manquait un catalyseur fort aux marchés pour aller chercher de nouveaux plus hauts.

Une seule conclusion : le dollar ne peut que rebondir

Dans le premier exemple, un durcissement monétaire de la Fed mènerait à un écart de rendement bien moins important par rapport aux autres devises et rendrait ainsi le carry trading sur le dollar moins intéressant. Ce qui viendra soutenir mécaniquement la devise américaine et la faire remonter légèrement.

Dans la seconde démonstration, l’aversion au risque ferait son retour et le dollar grimperait là aussi mécaniquement.

Comme je vous le disais au début… la mécanique des marchés c’est simple… mais risqué.

Cette conclusion ne serait pas complète sans parler de la BCE

Et si je n’évoque pas la politique monétaire de la Zone euro c’est tout simplement qu’il n’y en a pas.

Les énormes disparités entre les pays comme la France, l’Allemagne et l’Italie qui sortent leur épingle du jeu, les pays en difficulté comme la Grèce et l’Espagne, ou encore les pays de l’Est montrent qu’une hausse de taux ne semble que peu probable à court terme.

Cette situation laisse une nouvelle fois la monnaie européenne exposée aux décisions des autres pays comme les Etats-Unis.

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Jérôme Reviller
Jérôme Reviller

Passionné de finance et autodidacte, Jérôme Revillier dirige aujourd’hui une société de gestion spécialisée sur le marché des changes. Il collabore avec des investisseurs particuliers avertis, des institutionnels ou encore des hedge funds cherchant de la performance absolue.

Vous pouvez croiser Jérôme sur des salons comme Actionaria, le salon du Trading ou le salon de l’Analyse Technique – il parcourt aussi la France, la Suisse et la Belgique pour rencontrer les investisseurs et leur faire partager son approche bien particulière des marchés.

Un commentaire pour “Sauver le rebond de Wall Street ou sauver le dollar ?”

  1. Certes le dollar et le carry-trade sont le sujet principal ! c’est tellement voyant sur les écrans 🙂 mais les défaillances possibles d’états européens vont poser à terme le problème de l’euro ….en effet, avec des croissances, hypothétiques, faibles, les déficits et les dettes ne seront jamais réduits, le chômage également…alors nous pourrions assister soit à la sortie de l’euro de certains pays ou bien à une dévaluation de l’euro quand l’Allemagne et la France auront également franchi la ligne rouge de la dette ! dévaluation et inflation seraient un objectif politicien tout à fait réaliste ! dans cette configuration, les patrimoines seront laminés !

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