Faux signal baissier sur le CAC40 : ne vous faites pas avoir !

Rédigé le 14 octobre 2010 par | Autres indices Imprimer

Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers.

Les dernières « minutes » de la Fed confortent les anticipations de Wall Street au sujet de la mise en oeuvre d’un second épisode de quantitative easing – c’est-à-dire d’émission forcenée de papier monnaie sorti de nulle part et qui devrait contribuer très fortement à la destruction de la valeur du dollar.

L’évocation de la corne d’abondance de la Fed illumine le visage des traders
Mais étrangement, la réaction des marchés devant le péril d’un nouvel excès de dette me laisse pantois. De nouveaux plus hauts depuis 6 mois ont été inscrits ces tous derniers jours à Paris (le CAC est bien revenu au-dessus des 3.800 points), à Francfort (qui flirte avec les 6.400Pts), Londres, Hong Kong, Shanghai.

Le niveau de confiance instantané des investisseurs tutoie des records historiques : 73,5% des opérateurs déclarent acheter des actions ou ne pas vouloir réduire la taille de leur portefeuille-actions. Seuls moins d’un quart des gérants jugent que les cours ont déjà beaucoup (trop) monté. Pourtant, Wall Street gagne +15% en 6 semaines, sans aucune correction intermédiaire…

Mais dès que les médias tendent un micro sous le nez d’un opérateur à Wall Street, aucun n’ose se dire « prudent » ou simplement « dubitatif ».

Les mauvaises nouvelles en demeurent plus que jamais de bonnes
Les performances indicielles sont un reflet inversé des statistiques dont les marchés ont pu prendre connaissance au cours de la dernière quinzaine. Les destructions d’emplois ont été plus nombreuses que prévu, les prévisions de croissance révisées à la baisse par le NABE, et la fiscalité anticipée pour 2011 s’annonce moins accommodante.

Mais dans le système de raisonnement tordu qui prévaut depuis la crise, tout ce qui est mauvais pour l’économie est bon pour Wall Street (le patron de Morgan Stanley l’affirmait sans détour début septembre) : la Fed riposte aux pressions déflationnistes en déversant des milliers de milliards de dollars presque directement dans la poche des traders.

Si tout allait bien, elle n’en ferait rien est s’emploierait à éponger l’excès de liquidités !

Chaque jour qui passe le démontre. L’argent de la Fed reste concentré entre les mains de quelques « obligés » de Ben Bernanke qui manipulent les indices et le dollar à leur guise… tout en accusant les Chinois de sous évaluer le yuan… sauf qu’au final, les vrais dindons de cette farce monétaire, ce sont nous, les Européens !

La conviction que Noël tombera cette année le 3 novembre (date de la prochaine réunion de la Fed) est si bien ancrée dans les esprits que nul ne songerait à prendre quelques profits en jugeant que beaucoup des supposés bienfaits du potentiel « QE » de 1.000Mds$ sont déjà dans les cours.

Prendre des bénéfices n’est même pas une option concevable pour les traders
Ainsi, le ratio séances de hausse/séances de baisse s’établit à 3 contre 1 depuis le 31 août dernier à Paris. Sur les 12 séances de consolidation observées dans l’intervalle, seules 3 d’entre elles ont eu une intensité supérieure à -1% (7 et 22 septembre, 4 octobre)… Soit 3 sur 33, un score surréaliste !

Et chaque fois que les oscillateurs techniques en daily ou weekly se sont retournés à la baisse, ce fut un piège puisque le CAC40 s’est trouvé ramené en quelques heures au contact des 3.800Pts.

Le dernier exemple en date remonte à 48H puisque nous avons assisté le mardi 12 octobre à l’ouverture d’un gap sous les 3.765Pts qui faisait écho à celui ouvert le 6 octobre au-dessus des 3.742Pts. Il en résultait la formation d’un îlot de retournement… et comme l’indice parisien était proche du zénith estival, cela impliquait un pronostic correctif à court comme à moyen terme. Sauf que… ce n’est pas ce qui s’est passé.

Le CAC40 a testé presque accidentellement les 3.700Pts avant de se redresser aussitôt vers 3.750Pts au cours de la même séance puis d’ouvrir un « gap » haussier le lendemain et s’adjuger 50Pts supplémentaires.

Graphique du CAC40

Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Qui se retrouvera le dernier piégé par le marché ?
Les faux signaux » — y compris les plus incongrus — ont été nombreux depuis la mi-septembre. Mais le plus troublant demeure cette succession de dojis (ces petites bougies en forme de croix) de taille décroissante observée du 6 au 11 octobre, ce qui induit un écrasement progressif de la volatilité, ce qui constitue généralement le prélude à une phase de nervosité des marchés.

Ce même scénario a été observé du 3 au 5 août 2010 (la grande correction estivale a débuté le surlendemain) mais également du 16 au 18 juin et précédemment du 5 au 8 janvier (rechute également dès le surlendemain) puis du 13 au 15 avril (la correction survenant cette fois le lendemain même).

Cela fait beaucoup de coïncidences. Si après un test des 3.815Pts (résistance unissant les 3 précédents sommets de mi-mai, mi-juin, début août et 20 septembre), le CAC40 rechutait sous les 3.750Pts (MM25) le risque de correction vers 3.600Pts (MM100) pourrait s’accroître très rapidement.

Le « porte-voix » nous hurle de couvrir nos arrières
L’indice parisien dessine en effet une structure d’élargissement qui s’apparente à un « biseau en porte voix ». Je vous l’ai dessiné sur le graphique : comment interpréter cette configuration graphique ?

Après avoir piégé les vendeurs malgré l’inscription de plusieurs « plus bas » successifs, ce sont bien les acheteurs qui finissent par payer la plus lourde addition en participant au dernier test de la résistance horizontale court et moyen terme. Et bien qu’une sortie par le haut soit un cas de figure fort rare, il n’est pas besoin d’être devin pour pronostiquer un re-test des 4.000/4.050 dans la foulée, tant cet objectif fait l’unanimité parmi les chartistes.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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