Bernanke 1 – Baissiers 0

Rédigé le 30 octobre 2009 par | Autres indices Imprimer

L’un des adages les plus connus à Wall Street est Don’t fight the Fed — ne te bas pas contre la Réserve fédérale.

Apparemment, c’est Martin Zweig, auteur du fameux Acheter en Bourse au bon moment (titre original Winning on Wall Street), qui a lancé cette phrase. J’en sais peu sur celui que le Philadelphia Inquirer a appelé « le meilleur sélectionneur de titres du pays », mais comme il parle très justement du suivi des transactions d’initiés pour gagner de l’argent à la bourse, et il mérite à mes yeux un minimum de crédibilité.

Dans son ouvrage, Martin démontre comment, le plus souvent, un taux d’intérêt accommodant pousse le marché des actions à la hausse, et un taux élevé le tire à la baisse.

En me basant sur les chiffres officiels de la somme de la monnaie en circulation, additionnée aux réserves de la Fed et autres ajustements (données disponibles gratuitement sur le site de la Fed de St. Louis), je vous ai concocté le graphique suivant :

Graphique du Dow

Comme vous le voyez, la masse monétaire (en rouge) s’est gonflée comme un airbag dès la fin 2008, et a ainsi pu servir de coussin amortisseur au krach boursier. Selon ce schéma, il est probable que, sans la diarrhée monétaire des argentiers du pays, le marché aurait pu perdre près de 75%, au lieu des 50% effectifs. Suite à un rebond de 50% en sept mois, il semble que Bernanke ait remporté la première manche contre les baissiers, même si les indices boursiers ont bien perdu depuis leurs niveaux de 2007.

Le chart démontre également que cet afflux de liquidités a pu encourager certains autres investisseurs (d’où un écart entre la ligne rouge et la ligne bleue après mars 2009) à jouer la hausse.

Si ces derniers devaient abandonner le navire, la bourse pourrait reperdre environ 25% par rapport aux niveaux actuels — mais guère davantage tant que la Fed ne retire pas de liquidité du marché.

Pour tenter de chiffrer la chose : si 50 est le niveau réel, avant intervention massive, et que les indices se situent aux alentours de 150 actuellement, environ 20% de cet écart est dû aux investisseurs et le reste, les 80%, est l’oeuvre de Ben Bernanke & compagnie.

Monsieur le Marché, c’est lui !

L’ex-gérant de hedge funds technologiques Andy Kessler raconte à ce propos une histoire qui fait mouche. « Je me souviens une fois avoir acheté une action d’une petite société et ne pas croire ma chance. Chaque fois que mon fonds achetait davantage d’actions, le titre montait. Alors, nous en avons acquis de plus en plus, et le prix montait. Quand la position a atteint sa taille maximum, nous avons cessé d’acheter. Là, le titre a commencé à descendre, pour se terminer à un niveau inférieur à notre prix d’entrée. Nous étions le marché ». Actuellement, Ben l’hélico pourrait dire « Le marché, c’est moi ».

Quelqu’un comme lui, flanqué à la Fed, a démontré qu’il est possible de créer des dizaines de milliers de milliards d’argent supplémentaire, sans contrepartie, en quelques mois seulement. Tant que le public garde confiance, et qu’il ne saisit pas l’absurdité fondamentale de la situation, les conséquences sont haussières. Et comme le public n’a pas plus envie de voir la réalité en face qu’un malade du cancer n’a envie que son docteur lui confirme qu’il ne lui reste que deux semaines à vivre, la chose peut encore durer un certain temps.

Et donc, à partir de là, il y a deux voies possibles :

  1. Première solution, Big Ben continue à imprimer de la monnaie, et la hausse se poursuit parce que le monde fait confiance au dollar, refusant de voir les choses en face.
  2. Deuxième possibilité : les pays étrangers considèrent que le dollar est devenu une monnaie poubelle et n’en veulent plus — ou du moins plus autant. Dans ce cas, la Fed devra peut-être payer des taux d’intérêt à deux chiffres pour attirer le chaland, ce qui assèchera la liquidité et enverra les actions au tapis.

Que se passera-t-il dans la réalité ?

Difficile à dire. Toutefois, il faut garder un oeil sur la Russie, qui devient de plus en plus active contre le dollar. Un exemple récent est la décision de vendre pour dix-huit milliards de bons gouvernementaux russes libellés en dollars. En d’autres termes, il s’agit d’une vente à découvert de dix-huit milliards de dollars.

Un deuxième exemple est la déclaration de Vladimir Poutine la semaine dernière : « Nous sommes prêts à examiner la possibilité de vendre des ressources énergétiques contre des roubles, mais nos partenaires chinois ont besoin de roubles pour cela ; nous sommes aussi prêts à accepter des yuans en paiement ». En clair : tout sauf des dollars.

Auparavant, l’Independent de Grande-Bretagne avait évoqué des pourparlers secrets entre la Russie, des Etats arabes, la Chine et la France afin de ne plus utiliser le dollar comme monnaie de référence pour le pétrole. Des banquiers chinois et arabes avaient confirmé la chose, d’autres officiels avaient démenti.

Les blancs ont joué, c’est au tour de Ben Bernanke, qui a les noirs, de riposter ; à long terme, toutefois, la partie ne semble gagnée ni pour le dollar ni pour le marché des actions.

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Marc Mayor
Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d’Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits « ‘neutres au marché »). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire « Le Coin des Insiders », qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L’Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l’énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).

2 commentaires pour “Bernanke 1 – Baissiers 0”

  1. A priori il va y avoir un match retour !!

  2. « Et donc, à partir de là, il y a deux voies possibles […] »
    Pourquoi un choix entre deux options? Soyons fous! Puisque l’on peut se permettre la grande joie de vivre successivement option une puis option deux, osons… … o_O
    — Plus sérieusement, oui l’avenir du $ est clairement en eaux troubles, très troubles. La question est plutôt de savoir quand il tirera sa révérence que si il la tirera…

    Bien à vous,
    E.

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