La Fed tente de maintenir le S&P 500 en apesanteur

Rédigé le 7 janvier 2011 par | Autres indices Imprimer

Tous les jours, et dès 16h00 au 0899 88 20 36* Philippe Béchade analyse pour vous les marchés, les rumeurs qui animent les salles de trading, et vous propose SA stratégie pour profiter ou contrer les mouvements boursiers.

La Fed vient de divulguer le contenu des débats de sa dernière réunion de la mi-décembre. Elle formule un diagnostic qui devrait avoir de quoi réjouir Wall Street puisqu’elle annonce le maintien de sa politique monétaire ultra accommodante tout en soulignant que l’économie américaine est en « meilleure santé » qu’au début de l’automne.

Si l’on se fie au seul indice S&P 500 et aux dernières enquêtes concernant le sentiment des investisseurs, l’Amérique ne s’est en effet jamais aussi bien portée depuis l’automne 2007.

Cela est-il justifié ? Il apparaît légitime de formuler de sérieux doutes. Le patient s’est remis à courir mais il est bourré d’un mélange de morphine et de stéroïdes, une sorte de « pot belge » mieux connu sous l’appellation de quantiative easing ça donne des résultats spectaculaires. Mais, de nombreux champions d’un jour ont fait une attaque cardiaque dans les mois qui ont suivi leur gloire éphémère.

Planche à billets, taux zéro… tout réussit au S&P 500
La crise est survenue parce qu’il y avait beaucoup trop de « hot money » en circulation en 2007/2008. La réponse des Banques centrales à ce problème fut de tripler ou quintupler la dose de « hot money » à partir de l’automne 2008.

Le bilan de la Fed va ainsi passer de 600 milliards de dollars à 2 300 milliards de dollars en deux ans et demi. Nombreux sont ceux qui s’attendent à ce qu’il atteigne la barre des 3 000 milliards de dollars à l’horizon 2012, soit un cinquième du PIB américain !

Compte tenu du fait que chaque milliard de dollars injecté par la Fed semble se traduire par une hausse de 1 point du S&P 500 — repassé de 670 points à 1 270 points alors que 1 000 milliards de dollars ont déjà été imprimés –, il n’est pas illogique d’anticiper un retracement des 1 430 points (zénith de mai 2008) d’ici juin prochain.

Sauf que beaucoup de choses peuvent se passer au cours des cinq prochains mois, à commencer par des signaux d’amélioration conjoncturels. Comme, par exemple, les 300 000 emplois créés aux Etats-Unis au mois de décembre dernier selon le cabinet ADP.

Il circule également des rumeurs selon lesquelles le PIB américain aurait progressé de +3,5 à +4% au quatrième trimestre… mais il n’est toujours pas question de suspendre la politique monétaire du taux zéro.

La Fed semble faire preuve de la même absence de réactivité que lors du gonflement de la bulle des dérivés de crédit consécutive à des taux demeurés trop bas, beaucoup trop longtemps… mais ce fut « tout bénéf » pour le S&P 500 qui a pu ainsi doubler de valeur et s’envoler en quatre ans de 780 points jusque vers 1 575 points.

Notons qu’à 1 275 points, il ne manque plus qu’une soixantaine de points (soit 5%) à l’indice phare pour doubler de valeur en moins de deux ans — soit deux fois plus vite qu’au lendemain du krach des dot.com, mais sans l’appui du secteur immobilier et au moment où les particuliers ont déserté les marchés d’actions.

Le BDI chute, le VIX flirte avec des planchers historiques
Le S&P 500, nous assurent les stratèges des plus grands brokers anglo-saxons, ne reflète pas seulement la conjoncture aux Etats-Unis mais également celle de l’ensemble de la planète ! Nous approuvons sans réserve cet argument… mais où en sommes-nous de ce point de vue ?

Un paradoxe nous apparaît éclairant : au nom d’une prétendue explosion de la demande mondiale, les matières premières — et notamment le minerai de fer et les céréales — ont battu collectivement des records historiques au quatrième trimestre.

Or, l’indice BDI (Baltic Dry Index) qui constitue le baromètre du coût du fret maritime — lequel découle directement des quantités de minerais et de denrées agricoles effectivement transportées –, s’est effondré ces quatre derniers mois passant de plus 3 000 points fin août à moins de 1 700 points début janvier.

Et la chute du prix de la tonne emportée ne s’explique certainement pas par la baisse du prix du fioul que consomment les bateaux puisque le baril a grimpé de 30% dans l’intervalle !

A moins de considérer que les matières premières extraites sont désormais consommées sur place (en Chine et aux Etats-Unis principalement), la chute du BDI a de fortes chances de signifier que les échanges mondiaux de marchandises ne seront pas si florissants que cela.

D’autre part, le BDI a souvent deux ou trois mois d’avance sur le S&P 500 : il y a bien cette fois-ci un décalage temporel un peu plus prononcé… mais il faut tenir compte de l’effet quantitative easing qui fausse la libre expression des forces macroéconomiques.

Enfin, l’indice VIX associé au S&P 500 continue de flirter avec des planchers historiques (17/18) alors que les taux d’intérêt (ceux du marché) continuent de se tendre, ce qui affaiblit cette fameuse prime de risque jusqu’à présent si favorable aux actions.

Que nous dit l’analyse graphique ?
Examinons maintenant le graphique du S&P 500 : il est pour le moins troublant ! Pas une seule séance de correction depuis le 1er décembre dernier et trois effritements de 0,13%, 0,51% et 0,15% respectivement sur une série de 24 séances. Si l’on élargit l’échelle de temps, on observe ce même phénomène en données hebdomadaires avec quinze semaines de hausse sur une série de dix-huit.

Graphique: S&P 500Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Avouez très franchement que cela tient du prodige… ou alors, il faut bien admettre que la manipulation des cours par de puissants algorithmes atteint une sorte d’apogée. Nous voici entrés dans l’âge d’or de la déconnexion totale des actions par rapport à l’actualité économique américaine, au niveau des taux d’intérêt, à la conjoncture mondiale.

D’un point de vue très géométrique, le S&P 500 est enfermé depuis le 1er décembre 2010 au sein d’un canal d’une étroitesse prodigieuse. De fait, 1,20% d’amplitude entre les deux bornes du corridor haussier. C’est du jamais vu… et cella marque l’emprise totale exercée sur les cours par des programmes de trading algorithmiques.

Mais la marge de sécurité est également minime. Sans l’accoutumance à la hausse somnambulique du S&P 500, il y aurait de quoi avoir du mal à trouver le sommeil, tant un renversement de tendance paraît susceptible de survenir à tout moment si les robots perdent le contrôle.

Les seuils à surveiller sont donc les 1 260 points à très court terme, les 1 245 points (MM25) puis surtout les 1 220 points (MM100 et plancher de la fin novembre 2010). En cas de rupture de ce dernier, le S&P 500 pourrait plonger en direction du gap des 1 090 points resté béant depuis l’accélération haussière du 2 septembre 2010.

*1,35 euro par appel + 0,34 euro / minute.
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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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