À la lecture des tous derniers chiffres européens, la stratégie de Draghi devient injustifiable

Rédigé le 23 octobre 2015 par | Toutes les analyses Imprimer

Hier, Mario Draghi a promis aux marchés des taux encore plus nuls pour l’éternité et encore plus négatifs pour les prises en pension. Selon nous, cela revient à peu de choses près à tirer une rafale de mitrailleuse dans une passoire… tout en prétendant que les liquidités y circuleront mieux.

De plus, y avait-il vraiment urgence hier à promettre plus de billets de Monopoly aux marchés financiers avant que le Père Noël ne s’en charge ?

Selon l’indice Euro-Flash PMI, l’activité s’est raffermie en septembre à 54, contre les 53,4 pts prévu, et la confiance des milieux d’affaires s’est redressée en octobre, en France comme en Allemagne : hier, il n’y avait donc pas de choc récessionniste à juguler au plus vite.

En ce qui concerne l’inflation, la BCE révise en effet son estimation 2016 de +1,3 à +1%… cependant, Mario Draghi nous a expliqué hier que tout est de la faute du pétrole et du prix des matières premières, sur l’évolution desquelles les « QE » n’ont très malheureusement aucun prise.

Dès lors, accroitre la liquidité n’y changera strictement rien : désormais tout dépend de la Chine, de l’Arabie Saoudite et de l’OPEP.

De même, pourquoi Mario Draghi évoque-t-il un abaissement des taux de prises en pension alors que les taux de marché sont déjà négatifs de 0 à 2 ans, en Espagne et en Italie, et de 3 à 5 ans en France et en Allemagne ?

Quelle autre explication peut-on trouver à de telle politiques, sinon une volonté de doper les marchés financiers – et eux seuls – sans la moindre considération pour les effets d’une telle stratégie de faux monnayage massif sur l’économie réelle ? À vrai dire, Mario Draghi devrait  laisser la conjoncture suivre son cours, puisque de toutes façons, selon ses propres arguments, la conjoncture est tributaire des arbitrages qui se décident à Pékin et des cours pétrole… eux-même déterminés à Ryad, même si les projecteurs sont braqués sur la réunion de l’OPEP à Vienne aujourd’hui.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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