BCE : de l’argent, oui, mais pour les banques !

Rédigé le 6 juin 2014 par | Analyses indices, Indices, sociétés et marchés Imprimer

Le Père-Noël était bien au rendez-vous avec sa hotte débordant de hochets monétaires. Il n’a pas dégainé le fameux bazooka (la planche à billet pure et simple) et se réserve donc la possibilité de le déposer au pied du sapin le 24 décembre prochain (s’il existe encore des opérateurs pour avoir envie de s’en servir).

Nous avons donc eu avant l’heure un « petit Noël » en ce printemps 2014, avec pour cadeau des taux de dépôts négatifs (qui passent à -0,10%), une spectaculaire (je plaisante) réduction de 10 points du taux directeur à 0,15%, l’annonce d’un cycle de rachats d’ABS (histoire de nettoyer le bilan des banques de créances potentiellement toxiques), deux T-LTRO (d’une maturité de 4 ans) pour un montant de 400 Mds€ en deux tranches en septembre et décembre 2014, et enfin l’arrêt de la stérilisation des SMP (achat net de créances toxiques émises par la Grèce, le Portugal et autres pays au bord du gouffre… ce qui représente un montant de 160 Mds€). Quand même !

L’horizon de maintien de taux nuls a été étendu jusqu’à décembre 2016 et, d’ici là, les marché auront eu le temps d’oublier que les taux d’intérêt ont pu servir d’instrument de garde-fou et de jauge de l’efficience des marchés. L’argent est désormais gratuit, offert en quantité illimitée et pour ce qui s’apparente à l’éternité.

planche à billets

Mais s’il en est ainsi, pourquoi s’acharnerait-on à gagner de l’argent, à trouver un travail, à faire quoi que ce soit d’utile à la société ? Arrêtons donc de travailler et empruntons des liquidités gratuites par millions pour spéculer sur les marchés puisque ça gagne à tous les coups !

060614_bankgouvernementpeupleCar il n’est pas de statut plus absurde que celui de salarié puisqu’à aucun moment les brillants esprits qui commentaient la prestation de Super-Mario n’ont évoqué un possible soutien de la croissance par une redistribution plus équitable de la richesse créée : priorité aux actionnaires, à ceux qui apportent du capital ! Et ceux qui se contentent de la portion congrue ne peuvent même pas espérer être récompensés par une meilleure rémunération de leur épargne.

Interrogé à ce sujet par un journaliste allemand, Mario Draghi a réfuté l’argument selon lequel des taux quasi nuls appauvrissent ceux qui mettent de l’argent de côté. En réalité, comprenez bien que vous n’obtenez plus aucun rendement pour votre participation au financement des Etats en difficulté (pour avoir participé au sauvetage des banques), ce qui dans une configuration classique justifierait au contraire une rémunération plus élevée.

Mario Draghi explique plutôt que vous vous y retrouverez en ayant la capacité de vous endetter moins cher : ce que vous ne toucherez pas sous forme de revenu obligataire, vous le récupérerez sur les économies réalisées lors de votre crédit ! Pas bête, hein ?

Mais si les salariés gagnaient correctement leur vie, auraient-ils besoin de s’endetter et de remettre leur vie entre les mains des banques ? Et les retraités (ou presque retraités) vont-ils s’endetter davantage à l’approche de leur fin de vie ? Les banques vont-elles prêter davantage à de nouveaux entrants sur le marché du travail avec des salaires de plus en plus faibles et des prix immobiliers qui flambent beaucoup plus vite que les PIB ne croissent ?

Ce sont évidemment les banques qui vont bénéficier de conditions de financement plus favorables pour mener leurs stratégies sur les marchés, avec de surcroît la promesse de taux nuls jusqu’en décembre 2016.

Mario Draghi réfute le risque de voir les investisseurs étrangers se ruer sur tous les actifs libellés en Euro, ce qui provoquerait l’appréciation de la Monnaie Unique pour cause d’appétit insatiable pour les dettes périphériques qui sont garanties par la dé-stérilisation des achats sur cette classe d’actif. Pari allègrement perdu dès jeudi soir puisque l’Euro remonte au-delà des 1,3670 $ contre 1,3510 au plus bas. La remontée de l’Euro va se payer beaucoup plus cher que les 1,5% repris sur le plus bas du jour !

Et attendez de voir les chiffres de l’emploi américains cet après-midi !

Mots clé : - -

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

Un commentaire pour “BCE : de l’argent, oui, mais pour les banques !”

  1. […] ▪ "L’argent est désormais gratuit, offert en quantité illimitée et pour ce qui s’apparente à l’éternité", expliquait Philippe Béchade dans La Bourse au Quotidien. […]

Laissez un commentaire