Pour Bayer, la condamnation de Monsanto pourrait se révéler dramatique

Rédigé le 14 août 2018 par | Big caps, Europe, IPO, OPA, opérations financières Imprimer

Siège de Monsanto Très nombreux, les détracteurs de Monsanto ont enfin pu sabler le champagne ce week-end. Longtemps considéré intouchable, le semencier américain, tombé dans l’escarcelle de Bayer (DE000BAY0017-BAYN) et inventeur entre autres de l’agent orange de sinistre mémoire, vient en effet de faire l’objet d’une condamnation historique.

Jardinier de San Francisco (Californie) atteint d’un lymphome cancéreux, l’Américain Dewayne Johnson, 46 ans, tenait Monsanto pour responsable de sa maladie, contractée selon lui à cause de son utilisation intensive de l’herbicide Roundup, dont il ignorait le redoutable pouvoir de nuisance. Réclamant une indemnité de 400 M$, il a finalement obtenu 289 M$ au terme d’un procès très médiatisé d’un mois.

La justice américaine a donc tranché en faveur de ce lanceur d’alerte et ce jugement à la grande portée symbolique, véritable victoire de David contre Goliath, pourrait changer radicalement la donne, sachant que quelque 5 000 procédures analogues (toutes relatives à la dangerosité du glyphosate) sont actuellement en cours de l’autre côté de l’Atlantique.

Les investisseurs voient rouge

La perspective qu’il fasse jurisprudence et contraigne Bayer – qui, sans surprise, a fait appel de cette décision, estimant qu’elle est « en contradiction avec le poids des preuves scientifiques, des décennies d’expérience dans le monde réel et des conclusions des autorités réglementaires du monde entier » – à s’acquitter de milliards de dollars d’amendes préoccupe en tout cas grandement les investisseurs, comme en a témoigné son comportement hier en Bourse. Après avoir perdu jusqu’à 14% en séance, le titre du géant pharmaceutique allemand a en effet clôturé en baisse de 10,31%.

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Pour rappel, Bayer a investi 63 Mds$ pour acquérir Monsanto, la plus importante opération de croissance externe de son histoire et le plus gros rachat d’une entreprise américaine jamais réalisé par une société européenne. Annoncé en 2016, ce « mégadeal » au long cours a nécessité des cessions d’actifs de Bayer afin de se conformer à la législation européenne en vigueur sur la concurrence. Il a par ailleurs été approuvé fin mai par le Département américain de la Justice (DoJ).

Quant aux inquiétudes grandissantes de la communauté financière, elles semblent légitimes, même si le verdict du tribunal de San Francisco doit encore être confirmé. Auquel cas, Bayer pourrait en être quitte pour un long casse-tête judiciaire et regretter amèrement d’avoir jeté son dévolu sur l’une des sociétés les plus haïes de la planète…

La justice américaine autorise le mariage entre Bayer et Monsanto

Guillaume Duhamel
Guillaume Duhamel

Guillaume Duhamel suit l’actualité boursière au quotidien depuis plus de 5 ans. Historien diplômé de l’Université de Paris IV-Sorbonne et journaliste de formation, passé également par le sport et le développement durable, il voue un intérêt particulier aux small et midcaps, ainsi qu’aux secteurs de l’énergie et de l’aéronautique

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Un commentaire pour “Pour Bayer, la condamnation de Monsanto pourrait se révéler dramatique”

  1. Comme par hasard, une fois Monsanto racheté par une société non américaine, la justice américaine décide de donner raison à un plaignant américain…alors que depuis plusieurs années tout le monde le sait…

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