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Les marchés administrés à la mode soviétique ; merci les banques centrales.

Rédigé le 1 septembre 2016 par | Algos, BCE, Fed, Taux & Devises, Toutes les analyses Imprimer

Patrick Artus s’est souvent montré très critique avec les banques centrales, dénonçant en février dernier « la folie des banques centrales », qui s’arrogent le statut de nouveaux Maîtres du Monde.

Il les accuse ni plus ni moins « de mettre l’économie mondiale à feu et à sang avec leurs quantitative easing et leurs taux négatifs qui débouchent sur une bulle obligataire hors de proportion ». Il suggère un changement de stratégie, comme laisser les marchés de capitaux retrouver un peu d’autonomie.

Vu la teneur des dernières conférences de presse de la BCE, de la BoE ou de la BoJ (ces deux dernières optant pour plus de quantitative easing), il est évident que Patrick Artus n’a pas été écouté : Mario Draghi va continuer de ramasser 80 Mds€ d’instruments obligataires chaque mois, probablement jusqu’en septembre 2017.

De guerre lasse, Patrick Artus propose maintenant que la BCE se mette à acheter AUSSI des actions (comme la BoJ, dont les statuts ne sont pas exactement identiques à ceux de l’institut de Francfort, sans parler de sa complicité inoxydable avec le gouvernement de Shinzo Abe), au lieu de ne tirer à la hausse que les dettes souveraines (le marché se retrouve complètement asséché) et les dettes corporate.

Est-ce le fruit d’une conversion à une forme de « réal-économik » ?

En tant qu’économiste plutôt libéral (quoique…), Monsieur Artus ne semble plus gêné par le fait que dans une économie de marché, si une banque centrale fait tout le marché, alors… il n’y a plus de marché.

Du temps de l’Union soviétique, c’était le Comité central qui fixait le niveau des taux d’intérêt, le prix du blé et celui de l’acier. C’était un modèle dirigiste inexorablement voué à l’échec, écrivaient les prédécesseurs pro-capitalisme/pro-marchés de Monsieur Artus.

Mais quid si ce sont des banques centrales de pays dits « capitalistes » qui fixent maintenant le cours des actions, seul baromètre du succès et de l’échec dans un système capitaliste ? Cela ne pose plus de problème ? Tout va bien ? Parce que Janet Yellen, Mario Draghi, Marc Carney sont du côté des « gentils », alors que les communistes, c’étaient les « méchants » ?

Mais pourquoi fixer le prix des actions à la soviétique constituerait-il un progrès par rapport à l’écrasement délibéré et implacable des rendements obligataires mené depuis 8 ans ?

Dès lors que le prix marché ne correspond plus ni à un risque ni à une rémunération réelle, le marché cesse de fournir la moindre indication fiable de l’économie capitaliste.

La seule raison de détenir des actifs dont la valeur est absurde et déconnectée du réel, c’est de jouer cyniquement la promesse que tout sera fait pour que ces actifs poursuivent leur hausse somnambulique.

Les prix sont idiots, tout le monde le sait. La destruction de l’épargne par les taux négatifs finira très mal, tout le monde le sait aussi (il n’y a qu’à voir et analyser la difficulté des assureurs) mais personne ne vend ni ne se couvre – contrairement aux précédentes bulles – parce qu’il n’y a qu’un seul acheteur et qu’il est « le dernier ressort », et supposé être rationnel.

Et les investisseurs sont d’autant plus convaincus que les banquiers centraux vont continuer de payer, d’imprimer, de détruire consciencieusement les mécanismes du marché qu’ils n’ont PAS le choix, PAS DE PLAN B… et que toute stratégie autre se solderait par l’apocalypse. C’est à dire la désintégration du système basé sur la dette et la confiance dans la monnaie. (Ceci dit, en tant que particulier, vous avez-vous beaucoup plus de liberté qu’un institutionnel : vous pouvez justement vous faufiler dans les méandres du système, mettre en place des solutions pour vous protéger et notamment votre assurance-vie par exemple).

Le marché est en maintenu en vie artificielle : encéphalogramme plat

Si même un des derniers économistes capitaliste/tendance libérale pense aussi que les banques centrales doivent acheter des actions, c’est que le système est déjà dans le coma dépassé et que le seul moyen de prolonger l’illusion de la vie, c’est de s’en remettre aux soins palliatifs.

Les 7 semaines de stagnation indicielles (Wall Street, CAC 40, Euro Stoxx 50) qui semblent bien partie pour se prolonger d’une 8ème ne nous hurlent-elles pas que le système est déjà dans le coma ?

Il était encore, à la veille du Brexit, sous morphine, sous sonde gastrique, sous dialyse, sous assistance respiratoire… Mais l’électroencéphalogramme du marché produisait encore des courbes et dessinait des pics d’activité.

encepha

La courbe est désormais toute plate, mais le patient respire encore, il reste cliniquement vivant – et pourrait le rester très longtemps. Il est en revanche inutile d’attendre qu’il soulève une paupière ou qu’il prononce la moindre parole. S’il le pouvait, peut-être même dirait-il : « débranchez-moi ».

Aucune banque centrale ne peut plus le ramener à la vie, la vraie, celle où le marché se tient debout tout seul, décide quelle direction prendre, quitte à revenir sur ses pas si l’économie réelle lui demande de ne pas prendre ses rêves pour des réalités.

A présent, le risque, c’est que les opérateurs admettent que le marché est mort, qu’une ère de capitalisme dévoyé par les excès de dettes et de spéculations vient de s’éteindre.

Il faudrait alors s’empresser de liquider tous les actifs, de vider les coffres avant que le décès ne soit officiel, car les comptes risquent alors d’être bloqués durant l’ouverture du douloureux dossier de la succession : qui va régler l’ardoise des milliers de milliards de dettes pourries accumulées depuis 8 ans par les banques centrales ?

La réponse est tout aussi effrayante… surtout parce que vous pressentez parfaitement que… c’est vous ! Alors s’il vous plait, ne tardez pas à prendre les bonnes décisions, à protéger vos avoirs patrimoniaux, financiers. Encore une fois, Simone Wapler peut vous guider dans ce sens.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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