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Les banques centrales mèneront le troupeau de lemmings à l’asphyxie

Rédigé le 3 avril 2017 par | Analyses indices, BCE, Fed Imprimer

Allez, c’est cadeau ! +2% pour finir le trimestre, dont un tiers du gain hebdomadaire a été réalisé au cours de la toute dernière heure de l’ultime séance du mois de mars… Oui, vraiment, ce beau final nous vaut un nouveau record absolu de 12 675 points pour le CAC40 GR…

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Et quelle fierté de voir le CAC40 afficher une envolée de +3,25% qui écrase la concurrence ! Grâce au bonus de +0,2% durant le fixing, le CAC40 (5 122 points) surpasse la performance trimestrielle du S&P 500 (+5,05%) et du Dow Jones (englué vers +4,5%) avec un gain de 5,35% !

Nous ne sommes pas là pour crier cocorico car il y a beaucoup instructif que décortiquer les scores algébriques : ce ne sont que des prix ! Le marché n’exprime aucune valeur signifiante – en revanche il délivre plusieurs messages techniques qui en disent beaucoup plus que les scores que nous venons d’évoquer.

Tout d’abord, il y a la « manière » dont ces niveaux ont été atteints.

Le CAC40 a pris 150 points en ligne droite sur les 5 dernières séances du trimestre (4 971 – 5 121 points la semaine dernière). L’indice a inscrit son plus-bas de la séance en début de matinée, a dérivé latéralement jusqu’au milieu de l’après-midi, a accéléré à la hausse dès l’ouverture de Wall Street (sauf ce vendredi 31 mars) et en termine chaque fois au plus haut.

Peu importe que Wall Street ne monte pas, peu importe que les stats’ soient bonnes ou décevantes… ce n’est pas là l’essentiel : les volumes restent faibles. Peu d’acheteurs mais surtout pas de vendeurs : dès que l’algo funiculaire est activé, la contrepartie s’évapore.

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Cela fait 4 mois que le terme « consolidation » ou « correction » ne figure plus dans les commentaires de fin de séance (sauf le 21 mars à Wall Street, mais pas en Europe) : les opérateurs ont compris que les banques centrales ont pris le contrôle.

Autrement dit, si un gérant déjà frileusement investi a le malheur de réduire un peu son exposition dans l’anticipation d’un danger imminent, il lui est impossible de revenir dans un marché qui ne baisse pas. Il doit tout racheter, au plus haut, et compléter ses lignes pour respecter les ratios prescrit par son mandat et qui lui interdisent de dépasser certains niveaux de liquidité… Du coup, il crée des conditions d’achat encore plus défavorables.

Bien entendu, le comportement du marché est complètement aberrant et dysfonctionnel, mais les opérateurs se sont adaptés à ce jeu de dupe : les cours montent, plus aucun vendeur ; les cours baissent (très rarement), plus aucun acheteur.

Et il ne sert à rien de jouer les héros en cas de repli car personne ne sait où s’en vont les cours… En revanche, depuis l’été 2012, il est absolument certain qu’une banque centrale interviendra pour stopper l’hémorragie : tout le monde se rue alors à l’achat et c’est ce qui génère une succession de reprises en « V-bottom » depuis 5 ans. C’est l’illustration du mot d’ordre « payez tous les creux ». On attend sagement que la banque centrale donne le signal pour repasser à l’achat.

Les banques centrales, par leur activisme forcené, ont institutionnalisé le principe de « lâcheté opportuniste » : les opérateurs ne payent que quand la Fed ou la BCE indiquent clairement qu’il n’y a plus de danger – et non pas parce qu’ils jugent que les cours seraient redevenus attractifs.

Tout le monde sait que les valorisations sont gonflées à l’hélium et qu’une décrue marginale du PER de 26 vers 25 (ce n’est plus jamais arrivé depuis fin juin 2016) ne rend pas les actions « bon marché ».

Mais l’absence du moindre retracement depuis 4 mois signifie surtout que 99% des opérateurs se sont transformés en suiveurs passifs (de gré ou de force) et s’en remettent au magistère des banques centrales. Elles sont désormais seules à assumer leur stratégie de « fuite en avant ». La plupart des acteurs de la sphère financière ont renoncé à prendre le relais car à cette altitude, il n’y a plus d’eau ni d’oxygène (liquidités et air respirable) l’effondrement des volumes depuis juillet 2016 en témoigne de façon édifiante.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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