Grâce à la Bank of Japan, le Nikkei à… 18 000 ?

Rédigé le 30 avril 2013 par | Autres indices Imprimer

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Avant d’aborder le thème central de ce Billet — la plus formidable bulle boursière jamais observée au Japon depuis 15 ans – commençons par une statistique provenant du Japon : les prix hors alimentation et énergie ont reculé de 0,5% en mars.

La déflation, voilà l’ennemi, nous répètent tous les gouvernements nippons depuis 20 ans… mais elle continue de narguer les autorités.

Cela fait maintenant six mois que le yen a commencé à dégringoler (-30% face à l’euro). Le prix des carburants a bondi, le prix de nombreux aliments (importés) aussi, mais l’inflation n’est toujours pas là.

Tokyo s’en fiche : la victoire est au bout de la baïonnette monétaire de la Banque centrale du Japon (BoJ) et le Nikkei s’envole de 60% depuis la mi-novembre. Jamais future victoire n’avait été célébrée avec autant d’éclat.

La peau de l’ours a déjà été vendue et revendue entre divers intermédiaires… Le tanneur a déjà fourni son tarif… Le fourreur a déjà proposé trois modèles… et le caviste a déjà mis le saké au chaud (chez nous, c’est le champagne au frais, mais à chacun ses traditions).

Quatre mois se sont écoulés depuis le 1er janvier : la croissance stagne, les importations de matières premières n’ont pas effectué de « grand bond en avant » en anticipation d’une explosion des commandes… mais la banque centrale du Japon pressent que c’est imminent.

Elle a donc révisé à la hausse ses prévisions de croissance et d’inflation pour l’année 2013, à +2,9% contre +2,3% initialement et +1,4% en 2014/2015 au lieu de 0,8%.

La BoJ estime également que l’Archipel devrait afficher une inflation de 0,7% au lieu de 0,4% et, roulement de tambours japonais… de 3,4% en 2014/2015 (contre 2,9% initialement prévus).

Et comme il n’y rien de certain en ce bas monde, le gouvernement a instauré une hausse de 2% de la taxe de sur la consommation.

La semaine dernière, un petit cercle de traders a pu déboucler des gains de 63% et 24% quasiment coup sur coup pour une performance globale nette de frais de courtage de près de +75% !

Pour faire comme eux, continuez votre lecture…

 

Cette mesure va faire valser les étiquettes mais pas forcément faire tourner la tête des ménages nippons. Souvent, dans un tel cas, il y a une petite poussée des dépenses avant l’application de la taxe… puis une longue dégradation qui annule le sursaut initial.

La BoJ est cependant convaincue que sa politique monétaire d’assouplissement quantitatif massif va doper la demande. Cela ne se vérifie pas encore dans les supermarchés japonais, et encore moins chez les concessionnaires automobiles nippons, mais ça va marcher !

Ce qui est certain, c’est que les ventes vont certainement progresser en Europe et aux Etats-Unis… mais quel impact sur la croissance du Japon à moyen terme, lorsque le coût de la hausse des matières premières recommencera à peser sur les marges ?

Restent les investissements publics — et notamment l’engagement des dépenses de reconstruction dans la région de Fukushima dévastée par le séisme et le tsunami du 11 mars 2011. La fameuse destruction créatrice était en sommeil depuis deux ans, est-ce l’heure du réveil ?

La bourse japonaise a déjà répondu oui à toutes les questions ci-dessus ainsi qu’à celle que nous n’avons pas encore posées concernant les profits des entreprises… mais pas de problème puisque nos « experts » occidentaux ont déjà communiqué leur évaluation : +30%.

Ce qui est assez amusant, c’est qu’à l’image de la marée qui monte, les estimations grimpent en même temps que les cours de bourse, lesquels tutoient désormais les 14 000 pour le Nikkei.

Conférence

Attention : quand le niveau de la mer montre trop haut et trop vite, cela s’appelle un tsunami… et cela fait de sérieux dégâts.

Historiquement, un mouvement de hausse moyen terme de 61% a toujours constitué un maximum depuis 1998 — avec une exception à 63% de mai 2005 à avril 2006. Toutefois, Tokyo vient de repousser les frontières du connu en affichant +64% en sept mois (depuis le plancher de mi-octobre 2012) et +69,5% en 11 mois (depuis le plancher du 4 juin 2012).

Ajoutons que le Nikkei affiche +34% depuis le 1er janvier. Il se rapproche ainsi du record de hausse annuel de 2005, avec +40% (plus forte hausse des 15 dernières années).

D’après de nombreux chartistes, le plafond des 13 984 sera probablement explosé. C’est maintenant l’attraction des 14 450/14 500 points (zénith de juin 2008) qui va s’exercer… toujours sans aucune relation avec les conditions économiques présentes ou futures au Japon.

Mais 14 500, c’est « petit joueur »… Le gérant d’une SICAV Japon interviewé sur BFM expliquait qu’il étudiait un scénario de hausse jusque vers 18 000 avec ses équipes. Il affirmait avec le plus grand calme qu’une hausse de 20% supplémentaire d’ici avril 2014 n’aurait rien d’extraordinaire alors que le Nikkei vient de voir sa valeur bondir de deux tiers.

A 17 000 points (objectif plausible d’ici fin 2013), l’indice aura validé un doublement de valeur… Mais est-ce que les bénéfices des entreprises auront doublé en moyenne d’ici 18 mois — et maintiendront un cap de +15% par an au cours des années suivantes ?

Le Nikkei représente une cocotte-minute chauffant à feu vif, sous laquelle la BoJ vient d’ajouter deux chalumeaux. Nos experts estiment « au doigt mouillé » que la marmite commence juste à tiédir et qu’il n’y a aucun danger à continuer de cuisiner les valeurs japonaises dans les parages… mais les oscillateurs hebdomadaires et mensuels pulvérisent tous les records de surachat jamais observés au 21ème siècle.

 Nous leur souhaitons bon appétit !

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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