La canicule réchauffe le marché des céréales

Rédigé le 21 juillet 2010 par | Matières Premières Imprimer

Bien que mon approche du trading sur actions soit largement automatisée afin d’employer des critères stricts de suivi de tendance, je continue de procéder chaque semaine à une revue des principaux actifs internationaux. Celle-ci concerne tant les principaux indices actions (Asie, Europe, Amérique), que les devises (dollar US, euro, yen, livre sterling, franc suisse), les obligations d’Etat et les matières premières. Cela me permet ainsi de disposer d’une perception globale des mouvements de capitaux et des tendances en place. Aujourd’hui je vous propose donc un petit tour d’horizon du marché des céréales inégalement impacté par la canicule qui sévit actuellement en Russie.

L’agriculture russe à l’épreuve de la sécheresse Vers la mi-juin, les cours de l’avoine, traités sur le CBOT à Chicago, attiraient mon attention. Du 9 juin au 15 juin, en seulement cinq séances, ceux-ci se sont en effet envolés de +40% dans des volumes importants. Bien qu’affectionnant le marché des céréales, je ne disposais toutefois pas d’un flux d’informations exhaustif sur ce compartiment des matières premières bien précis pour connaître l’origine de cette flambée soudaine.

Graphique de l'avoine sur 5 ans

La réponse ne s’est toutefois pas faite attendre bien longtemps. En effet, quelques jours plus tard, un article du Figaro traitait de la canicule en Russie et de la menace pesant sur les récoltes. Le quotidien national expliquait qu' »après avoir connu un hiver froid et très enneigé, la Russie vit cette année l’une des pires sécheresses de son histoire, comme en 1972 où l’URSS fut obligée d’importer du blé ».

En effet, ces vagues de chaleur vont entraîner une baisse des rendements. La Russie est la première concernée, le pays est l’un des premiers producteurs au monde de blé — le 4e précisément avec 7,6% de la production mondiale. Si l’offre de blé diminue, cela entraînera donc une hausse des prix.

Les cours de l’avoine devraient renouer avec la hausse Quelle logique avec l’avoine, dont je parlais plus tôt, me direz-vous ? En fait, le lien est direct puisque la Russie est de loin le premier producteur au monde d’avoine, avec 20% de la production. Ces conditions climatiques devraient donc pareillement en affecter les récoltes ; l’impact sur le cours de l’avoine s’est donc révélé d’autant plus puissant que la Russie est un acteur largement dominant.

D’un point de vue graphique, le contrat future oat (avoine) coté à Chicago consolide à présent sous les 275 cents. Le dépassement de ce niveau permettrait aux prix de s’extirper d’un intervalle de consolidation long de deux ans, confirmant ainsi la mise en place d’une tendance haussière à moyen terme en direction des 365 cents.

Regardons à présent ce qu’il en est pour les autres céréales cotés sur le CBOT, à savoir le blé, le maïs et le soja.

+33% sur le blé en quinze jours Les cours du blé ont également progressé, mais plus tardivement, et légèrement moins que l’avoine. A Chicago, le contrat future wheat (qui équivaut à 5 000 boisseaux de blé) est ainsi passé de 446 cents à 598 cents entre le 29 juin et le 15 juillet — soit une appréciation de +33%.

Graphique du blé sur 5 ans

Ce mouvement permet aux cours de sortir d’un biseau de compression, qui pourrait conduire les prix au contact de la résistance à 635 cents. Compte tenu de la vigueur de cette hausse et des volumes, le dépassement de cet obstacle est envisageable, ce qui permettrait d’ouvrir la voie à une poursuite de la hausse en direction des 760 cents, voire des 915 cents.

Le maïs à la traîne Les cours du maïs ont progressé ces dernières semaines, mais plus modestement. En effet, il y a une corrélation historique avec le blé, mais l’offre n’est pas concernée par la canicule russe, la Russie ne produisant que peu de maïs.

Graphique du blé sur 5 ans

Cette céréale reste inscrite dans un vaste intervalle de consolidation compris entre 310 cents et 440 cents. En cas de sortie par le haut, une nouvelle tendance haussière serait clairement en place, permettant d’envisager une hausse en direction des 500 puis 590 cents.

La canicule russe n’a pas d’impact sur le soja Le soja est la céréale qui a le moins profité du rally haussier de ces dernières semaines, ce qui n’est guère étonnant, car comme pour le maïs, la Russie n’en produit que très peu. La canicule russe n’a donc aucun impact sur l’offre de soja.

Graphique du soja sur 5 ans

Les cours de cette céréale semblent toutefois sortir d’une figure de consolidation triangulaire, qui pourrait permettre un retour au contact de la résistance à 1 230 cents.

Le marché des céréales donne certes des signes de force, mais pour l’heure ni l’avoine, le blé, le maïs ou le soja ne suivent une dynamique de fond haussière à moyen terme. Le mouvement de ces derniers jours sur l’avoine et le blé notamment devra être confirmé par le dépassement des résistances, afin d’envisager une poursuite durable de leur appréciation.

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Jerome Vinerier
Jerome Vinerier

Jérôme Vinerier est analyste technique CFTe (diplôme délivré par la fédération internationale des analystes techniques IFTA). Il a exercé cette profession avec passion pendant plusieurs années au sein d’un cabinet réputé au niveau européen, délivrant quotidiennement le fruit de sa recherche auprès d’investisseurs institutionnels sur une vaste classe d’actifs financiers (actions, devises, indices, matières premières). Animé par la recherche de la performance, il s’établit comme stratégiste indépendant en 2008. – See more at: http://quotidienne-agora.fr/redacteurs/#sthash.0s0xSg5B.dpuf

Un commentaire pour “La canicule réchauffe le marché des céréales”

  1. […] La principale cause l'envolée constatée est à rechercher en Russie, alors que la sécheresse lamine les cultures. La Russie, troisième exportateur mondial de blé, avait alors abaissé sa prévision de moissons et instauré l'arrêt de ses exportations. Les prix s'étaient alors envolés jusqu'à la mi-août. […]

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