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Au pays des kangourous, une dévaluation s’annonce

Rédigé le 22 juin 2016 par | Indices, sociétés et marchés, Toutes les analyses Imprimer

Dans Alertes Guerres des Devises, nous avons choisi de baser notre stratégie sur l’Accord de Shanghai. Il s’agit de l’accord secret conclu en marge du sommet réunissant les banques centrales et les ministres des Finances du G20, à Shanghai (Chine), le 26 février 2016. Au cours de cette réunion des membres du G20, un groupe restreint, les Big 4 (Chine, États-Unis, Japon et Europe) ont conclu un accord en coulisse, afin de « sauver » l’économie mondiale – ou du moins, la leur. Je vous renvoie à une précédente analyse afin de vous rappeler quels étaient les termes de cet accord… secret.

Les guerres des devises sont le stimulus qui semble fonctionner – à court terme.

Les Big 4 devaient donc trouver un moyen d’aider la Chine à dévaluer sans que les marchés actions du monde entier ne s’effondrent. La solution qu’ils ont trouvée consistait à maintenir le peg entre le yuan et le dollar, puis à dévaluer le dollar. Ce plan comportait un ensemble d’effets prévisibles. Si le dollar baissait, l’euro, le yen et l’or augmenteraient.

Cette opération a fonctionné sans faute, de fin février à début mai. Ensuite, la Fed a ouvert la cage aux faucons (les hawks, symbole de ceux qui sont pour une politique orientée vers la rigueur, en opposition aux dove, les colombes, qui sont pour plus d’assouplissement). Les conditions financières plus favorables résultant de l’affaiblissement du dollar lui ont donné un argument en faveur d’un relèvement des taux en juin. Les trades portant sur l’Accord de Shanghai ont connu un retournement temporaire.

Mais la tendance à la baisse du dollar a repris de plus belle le 3 juin, lorsque les données de l’emploi, aux États-Unis, ont indiqué une baisse considérable de la création d’emplois, ainsi qu’une diminution de la main-d’œuvre américaine. La tendance à la hausse du dollar enregistrée en mai a provoqué une baisse des embauches au sein des entreprises, en raison des craintes de récession grandissantes.

A présent, un relèvement des taux en juin n’est plus à l’ordre du jour, et il est plus que probable que la Fed ne fasse rien avant l’élection présidentielle de novembre. L’Accord de Shanghai reprend du service.

Sur le front des guerres des devises, cela signifie que la Chine et les États-Unis sont les « gagnants » et que le Japon et l’Europe sont les « perdants ». Cela persistera jusqu’en 2017, peut-être plus, jusqu’à ce que la roue tourne encore, et que le monde décide que c’est au tour du Japon et de l’Europe de dévaluer leurs monnaies.

Existe-t-il un moyen quelconque de gagner constamment, dans le cadre d’une guerre des devises ? Oui, mais pas si vous faites partie des Big 4. Pour être gagnant, il vaut mieux être une économie conséquente, possédant des institutions développées, mais pas suffisamment conséquente pour que l’on se préoccupe de ce que vous faites. L’Australie en est le parfait exemple.

L’Australie est la 13e économie mondiale, avec un PIB d’environ 1 200 Mds$, juste en-dessous de celui de la Russie. Mais avec une population de 24 millions d’habitants seulement, son PIB par habitant est de plus de 50 000 $, ce qui en fait l’un des pays les plus riches du monde. L’Australie dispose d’abondantes ressources naturelles, d’un excellent climat, de bonnes lois, et d’une main-d’œuvre au niveau de formation élevé. Ce n’est pas pour rien que l’on a baptisé l’Australie « Lucky Country » (le pays chanceux). La population est accueillante avec les visiteurs, et le pays vaut vraiment le détour si vous avez la possibilité de vous y rendre.

L’Australie dispose d’un autre avantage, encore. Ce n’est pas un grand producteur de biens de consommation. L’essentiel de l’économie australienne évolue autour des exportations minières, des services et du tourisme. Or, une monnaie peu élevée est favorable aux trois. L’Australie n’est pas en concurrence avec l’Asie du Sud dans les secteurs manufacturiers ou textiles, et elle n’est pas en concurrence non plus avec l’Europe et l’Amérique du Nord dans les secteurs technologiques ou de la construction aérienne. Bref, lorsque l’Australie se livre aux guerres des devises en dépréciant sa monnaie, personne ne se défend.

Les graphiques ci-dessous sont révélateurs. Le graphique du haut illustre que le dollar australien (AUD) affiche par rapport au dollar US (USD) une tendance continue à la baisse depuis 2011, partant de 1,10 $ environ pour atteindre 0,70 $ environ.

Et personne ne s’est plaint. Vous n’avez pas entendu les États-Unis accuser l’Australie de « manipuler sa monnaie », comme ils le font avec la Chine. Vous n’avez pas entendu les États-Unis menacer de riposter en cas d’intervention, comme ils le font avec le Japon. L’Australie fait ce qu’elle veut, au sein des guerres des devises, en raison de la nature même de ses biens exportables et de sa combinaison de partenaires commerciaux.

AUD

Le graphique du bas révèle également que malgré cette tendance baissière à long terme par rapport au dollar US, l’AUDUSD enregistre un rebond. L’AUD a évolué des 0,69 $ à 0,74 $ au cours des six derniers mois, affichant un plus-haut intermédiaire à 0,78 $ en cours de route.

J’utilise le système IMPACT, que j’ai développé, afin de repérer les mouvements majeurs relatifs aux principales paires de devises. Le système IMPACT est une méthode que j’ai apprise en travaillant pour les renseignements américains, notamment à la CIA et auprès du Directeur du renseignement national. IMPACT s’appuie sur ce que les professionnels du renseignement appellent les « indicateurs & alertes ». Même en l’absence d’informations parfaites, vous pouvez savoir dans quelle direction vous allez en repérant des panneaux de signalisation uniques tout le long de la route.

Quels sont les indicateurs et alertes que nous percevons sur le dollar australien (AUD) ?

La méthode classique employée par les banques centrales afin de déprécier la monnaie consiste à abaisser les taux d’intérêt. Ces taux abaissés rendent la devise plus attrayante vis-à-vis des capitaux internationaux. Cela pose problème, lorsque les taux sont déjà proches de zéro ou bien négatifs, comme aux États-Unis, en Europe et au Japon. Mais l’Australie n’est pas à court de munitions, s’agissant des taux d’intérêt.

La banque centrale australienne, la Reserve Bank of Australia (RBA) a actuellement fixé ses taux directeurs (cash rates) à 1,75%. (Les cash rates de la RBA sont l’équivalent fonctionnel des taux directeurs de la Réserve fédérale). En procédant à des baisses de 0,25%, la RBA peut procéder à sept baisses supplémentaires avant d’arriver à zéro.

La RBA s’est révélée très douée en matière de guerres des devises. Elle ne baisse pas les taux à chacune de ses réunions. Il s’écoule souvent trois mois, voire plus, sans qu’une baisse n’intervienne. Elle abaisse les taux lorsqu’elle a besoin de le faire, et se réserve une grande marge de manœuvre.

Avec sept baisses de taux dans son carquois, la RBA pourrait encore lutter avec succès contre deux années supplémentaires de guerres des devises, sans se faire refouler par les Big 4, et sans toucher la limite du zéro.

Étant donné le ralentissement économique chinois et américain, et la croissance mondiale qui marque le pas, l’Australie est prête à s’offrir une nouvelle impulsion grâce à la faiblesse de sa monnaie. Un mouvement de baisse vers les 0,65 $ est à anticiper.

Cela me donne donc envie de parier sur la baisse du dollar australien par rapport au dollar américain. Nous sommes en présence d’un rendement/risque asymétrique. Le dollar australien va probablement baisser par rapport au dollar américain et il est peu probable qu’il augmente tant que la croissance mondiale demeure faible et que les guerres des devises font rage. Comme le cours croisé AUD/USD a enregistré une forte hausse au cours des six derniers mois, cela a tout l’air de constituer un bon point d’entrée.

Bien à vous, Jim Rickards Rédacteur, Alertes Guerres des Devises

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

En savoir plus sur le service d’Intelligence Stratégique.

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