Attendons la reprogrammation des robots pour trouver un nouveau secteur d’investissement !

Rédigé le 12 février 2015 par | Apprendre la Bourse, Autres indices, Cac 40, Toutes les analyses Imprimer

Les places européennes viennent de s’envoler de +10% en moins d’un mois (dont 80% de cette hausse en moins de 10 séances) et les stratèges s’interrogent sur la possibilité d’aller au-delà d’objectifs annuels qui semblaient déjà ambitieux vue la stagnation des chiffres d’affaires depuis 1 an et la progression laborieuse des profits des entreprises (rappelons qu’elle est due principalement à des programmes de rachats de titres et à une politique de versement des dividendes de plus en plus généreuse).

Nous ne soulignerons jamais assez que le CAC40 se paye cher et que le CAC Global Return (CACGR)  vient d’aligner une série de nouveaux records historiques absolus, suite au dépassement des 10 650 pts, jamais vu depuis l’été 2007.

cac40 gr 10 ans

Un nouveau record a été établi le 10 février à 10 875 pts. Un tel niveau correspond à un dépassement de 2% du précédent sommet historique et cela ne constitue pas encore un « stop » à l’achat très convaincant.

Seul le DAX30 a littéralement explosé les résistances, en passant de 10 060 à 10 985 pts… mais cela fait longtemps que le sommet de 2007 (8 150) a été dépassé et il ne s’agit là que de nouveaux records s’ajoutant à une longue série. Sa performance depuis mars 2009 est proprement vertigineuse : à 10 750 pts, le DAX a vu sa valorisation multipliée par 3 (et même un peu plus au début du mois de février) en moins de 6 ans.

dax30 10 ansLe CAC40 est très loin d’une telle progression : il n’a même pas encore réussi à doubler sa valeur algébrique depuis son plus-bas du 9 mars 2009 (2 465 pts). Si c’était le cas, il culminerait aujourd’hui  autour des 4 930 ou 4 950 pts.

Mais la bonne référence demeure le CAC40  Global Return  affichant ses +235%, qui pour le coup apparaissent une performance plus qu’honorable.

Alors que depuis mardi se multiplient les rumeurs (fausses pour les premières) d’un accord de re-financement provisoire de la Grèce (solution que Tsipras et Syriza rejettent car cela ne réduit pas la charge de la dette), il est bon de rappeler que les actions sont au plus haut de leur histoire en France, en Allemagne, aux Etats-Unis.

Autrement dit, il n’y a pas de titres « bon marché », pas de sous-valorisation du CAC40 à exploiter.

Mais le marché est devenu tellement mécaniste (décérébré) et tellement convaincu de bénéficier du support éternel des banques centrales (« whatever it takes ») que les gérants prolongent aveuglément la mise en œuvre des « règles de bonne gestion » en vigueur lorsque les actions entament leur rebond après une phase d’effondrement majeur.

Les investisseurs veulent avoir en portefeuille des entreprises « bien gérées », avec de la visibilité, du récurrent, du pricing power. Ils veulent tous la même chose, ils achètent donc tous en même temps les mêmes titres comme Air Liquide, BIC, Essilor, Orpea, Korian Medica).

Ils veulent ensuite pouvoir surfer sur l’effet Dollar, donc ils achètent tous les mêmes exportatrices (les valeurs du secteur du luxe et des spiritueux, les équipementiers automobiles).

Ils veulent également du rendement, donc ils achètent tous en même temps les opérateurs télécom (Numéricable, Orange, Iliad/Free), puis les foncières (Icade, Klepierre, Mercialys, Nexity) qui se payent sur des multiples astronomiques… (mais les dividendes restent généreuses en regard de taux longs quasi-nuls).

J’attends – en vertu de la même logique de rendement – que les « services aux collectivités » décollent enfin (Veolia, Suez Environnement, GDF-Suez…).

J’ai déjà évoqué cette stratégie lors d’une précédent article, et leur quasi-stagnation démontre que la programmation des robots n’a toujours pas été modifiée : tant que du jus coule encore des autres fruits mis dans le pressoir algorithmique, pas question de changer de stratégie… il y a du benchmark là-dessous et le premier qui lâche l’affaire a perdu.

Le déclic pourrait venir de l’arbitrage des emprunts d’état « risqués » (les dettes périphériques, réservées aux institutionnels) en faveur des dettes d’entreprises high yields. Et les entreprises de « services aux collectivités » sont endettées… très endettées. Ces emprunts offrent encore une bonne rémunération à leurs détenteurs… pour un risque très limité, vu que leurs clients sont bien peu susceptibles de leur faire subir des impayés.

Alors, avec des possibilités de refinancement très avantageuses et des dividendes substantiels, je pense que nous tenons là un cocktail détonnant et bien équilibré… il ne reste plus qu’à attendre une reprogrammation des robots… parce qu’espérer un raisonnement prospectif et un comportement non grégaire des adeptes de la réplication indicielle, c’est effectivement croire au Père Noël.

Mais maintenant que les fêtes sont passées et que les rois de la hausse ont été tirés depuis le 6 janvier, que des records absolus ont battus pour la chandeleur (le 2 février) j’espère que nous allons enfin passer aux préparatifs de la résurrection des utilities… cela nous laisse un peu moins de 2 mois (7 semaines) : Pâques, c’est le 5 avril. 

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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