Après l’Etat et les fonds… les familles se mettent elles aussi au reclassement

Rédigé le 13 mars 2015 par | Big caps, Toutes les analyses Imprimer

Cela fait quelques semaines que je vous parle des reclassements de participations effectués par des fonds. Vous vous rappelez sûrement de PAI Partners et sa cession d’Atos (FR0000051732-ATO) ou de Groupama qui a vendu 5,05% du capital de Veolia (FR0000124141-VIE)… Comme je vous l’expliquais, ce n’est pas un signal très positif et cela confirme à mon sens que le marché, ou en l’occurrence ces valeurs, sont assez toppish.

Mais plus inquiétant encore, les entreprises elles-mêmes se sont mises à vendre leurs propres titres cette semaine.

On a ainsi appris mercredi matin que JC Decaux (FR0000077919-DEC) venait tout juste de vendre 5,4% de son capital via la construction accélérée d’un book à 31,50 € par action – soit une décote autour des 7,1% par rapport au cours côté de mardi soir (la veille de l’opération).

Un pari sur la fin de la hausse du titre ?

Cette transaction représente quelque 378 M€ et je ne suis pas certain que la famille éponyme ait vraiment besoin de cet argent-là pour vivre. Non, à vrai dire il s’agit bien plutôt d’un arbitrage patrimonial pour une société qui détient encore, à l’issue de cette opération, 64,5% du capital.

Retenons donc que même pour les initiés, les arbres ne montent pas jusqu’au ciel : l’action est surtout sur son plus-haut historique, en hausse de près de 50% depuis octobre 2014… et de 400% depuis la reprise de la mi-2009.

jc decaux

Et surtout, le titre devenait très cher avec PER 2015 supérieur à 30 (au cours de 34 €). Seul Vivendi (FR0000127771 VIV), dans le secteur des médias et publicités, a un PER supérieur.

De plus, le dernier exercice, sans être mauvais, n’a pas été étincelant : une légère baisse de la marge opérationnelle courante à 11,9% due, en partie, à des difficultés conjoncturelles en Russie et à des retards du côté des appels d’offres municipaux. Les villes prennent leur temps, notamment Francfort, ces derniers mois.

Quel signal ressort des opérations financières sur JC DECAUX ?

Selon moi, la direction du groupe a dû réfléchir longuement cette décision de cession. Sans doute conseillée par de grandes banques d’affaires, elle a dû prendre conscience du fait que son titre était correctement évalué. Reste que ce type de mouvement envoie inévitablement un signal négatif aux autres investisseurs. Pourquoi se risquer à acheter un titre que même la famille fondatrice décide de vendre ? Pourquoi s’intéresser à une valeur quand sa hausse est limitée par des velléités de cessions partielles ? Bref, vous le comprenez : ce type de mouvement n’engage vraiment pas à l’achat.

Néanmoins, JC Decaux semble ne pas vouloir laisser de côté ses actionnaires et est au contraire en train d’essayer de les fidéliser. C’est ainsi que, avant l’opération, la société a proposé à l’assemblée générale prévue pour mai un programme de rachat d’actions de 500 M€ pour quelque 7% de la capitalisation boursière. Cet impact sera évidemment relutif s’il est voté et pourrait être réalisé avec une prime sur le cours de Bourse…

Donc d’un côté la famille vend avec une décote et de l’autre côté la société promet de racheter des titres. Dilemme… le signal est brouillé !

Alors que faire actuellement sur la société ?

Il me semble qu’il est beaucoup trop tôt pour se précipiter d’acheter ou de vendre la valeur au vu de la récente vente familiale. Peut-être faut-il attendre le mois de mai et la décision de rachat de titres de la société pour prendre une décision définitive.

D’ici là, je n’exclus pas une légère consolidation de la valeur sur des niveaux des 29€. JC Decaux reste un dossier de grande qualité mais très correctement (trop ?) évalué aux cours actuels.

Mots clé : - - -

Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

En savoir plus sur La Lettre PEA et Mes Valeurs de Croissance.

Laissez un commentaire