Newton, la pomme et le Dow

Rédigé le 15 février 2011 par | Big caps Imprimer

Par Marc Mayor, rédacteur de La Lettre de Marc Mayor

C’est fou la différence qu’une simple pomme peut faire ; Isaac Newton a eu l’intuition de sa théorie de la gravitation en voyant tomber une pomme de la branche d’un arbre, et plus récemment Jacques Chirac s’était faire élire en 1995 grâce au slogan officieux « Mangez des pommes ».

Que se serait-il passé si une autre pomme, la société APPLE, était tombée dans l’indice Dow Jones ? Plus précisément, si APPLE (au lieu de Cisco) avait remplacé le titre GENERAL MOTORS en juin 2009, l’indice serait plus haut d’environ mille points ! Décidément, cela tient à peu de choses…

GENERAL MOTORS devrait revenir en Bourse d’ici fin 2011 (probablement le 18 novembre), après en avoir été exclu au début de l’été 2009, alors que l’ex-premier constructeur automobile mondial se plaçait sous la protection de la loi sur les faillites. GM avait accumulé 88 milliards de dollars de pertes depuis 2004, mais est ressorti de la faillite officielle après 39 jours seulement.

Son départ de l’indice a fait un heureux : CISCO. Quand un spécialiste du tacot quitte un indice boursier, on peut le remplacer par des pommes ou des poires. Les gardiens du Dow ont choisi les poires, enfin la bonne poire des réseaux télécoms, le leader mondial CISCO. Surtout, ils n’ont pas choisi la pomme d’APPLE, devenue depuis la deuxième capitalisation boursière de la planète.

Il paraissait sensé de remplacer une valeur industrielle par une valeur technologique. Ce mouvement reflète l’évolution de la société américaine dans la deuxième moitié du XXe siècle, vers davantage de technologie et moins d’industrie.

Restait à déterminer quelle valeur technologique devait remplacer l’emblématique GM. CISCO remplissait bien sûr les critères de taille ou de stabilité. L’entreprise n’a cependant pas le même impact sur le consommateur américain que celui acquis par les produits d’APPLE. Tout comme les véhicules de GENERAL MOTORS avaient leur place dans chaque foyer américain (oui, cette période est révolue, mais il fut un temps où c’était le cas), APPLE est beaucoup plus visible au quotidien que CISCO.

Pratiquement chaque foyer américain possède un baladeur musical ou un ordinateur de la marque à la pomme, alors que la visibilité de CISCO est bien moindre. Bien sûr, les adeptes de l’iPhone ou des portables Mac surfent sur Internet grâce aux réseaux de CISCO, mais cela se voit moins.

Bref, le choix a été fait de privilégier CISCO. Le graphique ci-dessous montre que le marché aurait été bien plus haut, d’environ un millier de points si APPLE avait été intégré au Dow Jones. Sous cet angle-là, on peut effectivement parler d’occasion manquée.

Graphique : Le Dow Jones serait plus haut de 1 000 points si Apple avait remplacé GM, et pas Cisco

Il n’empêche que, même avec APPLE, le Dow serait toujours inférieur à son sommet historique d’octobre 2007. Mais pas aussi loin. Au lieu d’être 2 500 points en dessous de son pic, soit près de 20%, l’indice serait à 9,8% en dessous de son sommet de 2007.

Qu’est-ce que cela aurait changé ? Au niveau de la performance, pas grand-chose, à part pour les investisseurs qui cherchent uniquement à répliquer l’indice à travers des ETF.

En revanche, un Dow à « seulement » 10% de son pic après deux ans aurait certainement attiré beaucoup d’investisseurs, remis en confiance par ce qui aurait pu être une belle performance. C’est fou, l’effet d’une pomme, non ?

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Marc Mayor
Marc Mayor

Marc Mayor est le fondateur et président d’Inside ALPHA, une entreprise helvétique spécialiste des approches financières éliminant le risque de marché (investissements dits « ‘neutres au marché »). Depuis plus de 10 ans, Marc analyse avec humour et sagacité le comportement des initiés de la Bourse, notamment dans les colonnes de sa rubrique hebdomadaire « Le Coin des Insiders », qui paraît chaque vendredi dans le quotidien financier L’Agefi (Suisse).

Auteur à succès, il préside aussi un cycle régulier de conférences réunissant des investisseurs, tant professionnels que privés, notamment sur le thème des métaux (de base ou précieux) et de l’énergie (fossile, nucléaire ou renouvelable).

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