Amendes record, gains en perspective ?

Rédigé le 28 mai 2014 par | Big caps Imprimer

5 milliards de dollars d’amende pour BNP Paribas. Près de 3 milliards pour Credit Suisse. Pour des raisons différentes, les deux géants bancaires sont dans le viseur des autorités américaines, qui multiplient les amendes salées contre des groupes financiers. Le rançonnage est à la mode.

280514_amendes aux banquessource : le Figaro

Mais ce n’est pas parce qu’une banque doit payer des milliards que son action va forcément baisser, bien au contraire. Et ces opportunités d’investissement vont d’ailleurs perdurer : la recherche académique démontre que l’imposition de sanctions plus lourdes ne garantit pas une baisse des délits à l’avenir. C’est même plutôt l’inverse !

L’Oncle Sam se montre particulièrement généreux dans les amendes infligées au secteur financier. BNP Paribas aurait violé un embargo sur l’Iran ? Elle risque 5 Mds$ d’amende. Credit Suisse a aidé des milliers d’Américains à frauder le fisc ? Ce sera 2,8 milliards d’amende. En tout, les grandes banques internationales ont dû payer plus de 100 milliards de dollars d’amende aux Etats-Unis depuis la crise financière. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter.

Que faut-il en penser ? Deux choses. La première est que ce n’est pas parce qu’une banque s’apprête à recevoir une amende – même gigantesque – qu’il ne faut pas investir dessus. C’est même plutôt l’inverse. Les marchés n’ont pas peur des amendes ; ils détestent simplement l’incertitude. Si bien que l’officialisation d’un montant à payer se traduit souvent par une hausse du titre de la banque concernée. L’action Credit Suisse a ainsi progressé de près de 1% sur la semaine de l’annonce de son amende, le 20 mai.

Deuxième enseignement : un tour de vis des autorités ne garantit pas toujours un recul des comportements illégaux, démontre l’étude* que je décrypte pour vous aujourd’hui. Entre le scandale de la manipulation du Libor, celui des taux de change, les délits d’initiés, etc., les auteurs de cette étude ne manquaient pas de matière à disséquer. Leur méthodologie : comparer l’avant et l’après, c’est-à-dire la situation avant l’introduction de sanctions plus sévères et la situation après. Leur choix s’est porté sur la lutte contre les délits d’initié en Nouvelle-Zélande.

Pourquoi la Nouvelle-Zélande ? Car le pays n’a décidé de punir pénalement les délits d’initié qu’en 2008. C’est-à-dire de pouvoir envoyer en prison les investisseurs qui profiteraient d’informations dont ne dispose pas le grand public. A priori, la menace devrait être plus efficace que le « simple » risque d’une amende – même corsée. Or les choses ne sont pas si simples.

C’est bien beau de mettre en place de nouvelles lois, surtout des plus sévères, mais encore faut-il pouvoir les appliquer sans trop de complications. Il se trouve qu’en matière pénale, les preuves à apporter doivent être considérablement plus lourdes qu’en matière civile. La loi est par conséquent plus difficile à appliquer. « L’impact des sanctions pénales est ambigu, à cause du compromis à trouver entre sévérité et applicabilité », résument les auteurs de cette recherche.

Avant et après l’introduction de cette nouvelle législation néo-zélandaise, les chercheurs ont donc mesuré le coût du trading, le degré d’asymétrie de l’information (le fait qu’elle ne soit pas répartie de manière uniforme) et la probabilité de transactions « informées » (un euphémisme pour délits d’initié). Logiquement, la peur du bâton (et des barreaux) aurait dû se traduire par une amélioration de ces trois marqueurs. Comme vous vous en doutez maintenant, c’est l’inverse qui s’est produit. Oui, vous lisez bien : le renforcement des sanctions contre le délit d’initié en Nouvelle-Zélande a provoqué une hausse des coûts de transaction, une détérioration de la diffusion de l’information et une progression des opérations « informées ». Exactement l’inverse du but recherché.

La conséquence de tout cela : les Etats-Unis ne risquent pas de manquer d’occasions de prélever des milliards  dans les poches des grandes banques de la planète à l’avenir. C’est d’ailleurs probablement la seule chose qui les intéresse, puisque les Credit Suisse, BNP ou JP Morgan ne peuvent pas être mis en faillite : cela risquerait de déstabiliser (encore plus) le système financier mondial.

Les grands établissements vont donc continuer à payer pour jouer. Puis payer. Puis jouer à nouveau, etc. Ce qui offre bien sûr des opportunités pour l’investisseur avisé.

 Par Sylvain Frochaux, directeur de la recherche chez Straight from The Lab

* L’étude mentionnée dans cet article, et bien d’autres encore, peut être consultée en vous enregistrant sur notre page spéciale Agora.

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Directeur de la recherche chez Straight from The Lab

Sylvain Frochaux est le directeur de la recherche chez Straight from The Labet fondateur de Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so/Agora/). Il est surnommé par ces pairs le « Japonais blanc » de la finance, en raison de son caractère jusqu’au-boutiste et de son parcours de vie.

Après des études brillantes à HEC Lausanne (où il finit premier de sa volée, avec notamment une thèse de master en économétrie financière), il se dirige vers le Japon pour y effectuer son doctorat. De retour en Suisse, il devient responsable de l’analyse financière et de la recherche académique pour le quotidien financier L’Agefi.

En 2009, il quitte le journalisme pour créer le groupe Straight from The Lab (https://ra113.infusionsoft.com/go/sftl/Agora/) qui a pour objectif de rendre accessible, aux investisseurs privés, les dernières recherches en finance. En 2013, après trois ans de recherche, il lance avec son équipe le service Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so/Agora/), une solution d’investissement basée exclusivement sur l’analyse scientifique des marchés. Unique en son genre, cette stratégie fournit aux investisseurs un portefeuille clé en main, avec une garantie de performance (minimum 50% en cinq ans).

Toutes les études mentionnées dans les articles signés par Sylvain Frochaux peuvent être consultées en vous enregistrant sur la page commune des Publications Agora et de Solution ORION© (https://ra113.infusionsoft.com/go/so-agora/Agora/).

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