Allons-nous vivre une crise à la japonaise ? (1)

Rédigé le 13 janvier 2009 par | Autres indices Imprimer

Voilà un peu moins d’un mois, Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale américaine, a été au-delà des attentes du marché en abaissant les taux directeurs de 75 points de base, dans une fourchette comprise entre 0 et 0,25%, alors que les opérateurs attendaient 0,5% selon le consensus.

Avec cette nouvelle baisse des taux, Ben Bernanke a ajusté le loyer de l’argent à un niveau jamais connu auparavant. Un seul pays au monde avait « osé » prendre ce risque avec, malheureusement, les résultats que l’on connaît : le Japon a sombré depuis le début des années 90 dans une crise déflationniste durable dont il n’est toujours pas sorti…

Les Etats-Unis, et plus largement le monde, peuvent-ils connaître un tel scénario dans les mois qui viennent ?

Ma chronique ne suffira sans doute pas à répondre à cette question difficile. Mais nous allons essayer d’y réfléchir, de poser les bases pour mieux faire face à cette menace qui pèse sur les marchés.

Un cauchemar dont le Japon n’est jamais sorti

Nous sommes en 1988. Le seul palais impérial de Tokyo a alors la réputation de valoir plus que la Californie, et certains parlent du Japon comme de la future première puissance économique mondiale. En 1989, l’indice Nikkei culmine à près de 39 000 points (il est actuellement à moins de 9 000).

Début des années 90. L’éclatement des bulles immobilière et financière nipponnes commence. Après avoir connu leur pire année en 1993, les autres pays développés sortent progressivement de la crise tandis que le Japon, après avoir abaissé ses taux d’intérêt à zéro et malgré une dizaine de plans de relance (ça ne vous rappelle rien ?!), n’est jamais parvenu à sortir nettement la tête de l’eau.

Aujourd’hui, les Etats-Unis, mais aussi l’Europe, et le monde, se retrouvent dans la même situation que le Japon, dans une crise mondialisée.

Encouragée par une politique monétaire accommodante, les banques japonaises avaient prêté facilement au cours des euphoriques années 80. Quand la crise survient, au début des années 90, elles cherchent à se débarrasser de leurs actifs immobiliers, puis financiers, mais la valeur de ceux-ci étant en chute libre, elles croulent sous les créances irrécouvrables, et beaucoup font faillite. Ce scénario nous rappelle fortement celui de ces derniers mois.

« L’histoire ne se répète jamais, mais parfois elle bégaie« , disait ma prof d’histoire. Il s’agit de la connaître pour essayer d’en tirer les leçons.

Trois menaces passées et présentes pèsent sur nous

Les banques japonaises ont des liens capitalistiques forts, avec des systèmes de participations croisées. Tout le système financier japonais a été touché. Dans un premier temps, elles ont refusé d’avouer l’étendue du désastre, ce qui aggrava la crise. La réaction des autorités politiques mais aussi monétaires fut assez lente.

En effet, la Banque du Japon (BoJ) a abaissé ses taux de 6% en 1991 à 2% en 1994, pour s’approcher de 0 ensuite, et le premier plan de relance date de 1992. Ce n’est pas si lent, pour une politique monétaire. Les Etats-Unis semblent beaucoup plus réactifs dans leur réponse à la crise ces derniers mois. C’est un premier point positif.

Autre erreur soulevée par les spécialistes, la question de la liquidité. La Banque du Japon n’a pas tout de suite fourni les liquidités nécessaires aux banques pour faire face à cette crise. Il est certain que sur ce point, les milliards injectés quasiment chaque semaine sur les marchés par les banques centrales répondent à cette crise de liquidité. Autre point positif, a priori, même si, à terme, cette politique de taux bas et d’injection de liquidités pourrait créer une nouvelle bulle dans les années qui viennent.

Dernier point commun potentiel important avec la crise actuelle, et non des moindres : la menace de déflation qu’a connue le Japon, mais aussi l’Amérique des années 30.

Les derniers indicateurs économiques ne sont pas très encourageants. Sur ce point en particulier, l’indice des prix à la consommation a reculé de 1,7% en novembre par rapport au mois précédent. Certes, la baisse des matières premières, en particulier du pétrole, pèse sur l’indice. Mais il faudra particulièrement surveiller cela dans les prochains mois, car c’est, selon moi, le plus dangereux.

Les Etats-Unis semblent pour l’instant avoir pris les bonnes décisions

La réactivité des Américains, au niveau politique et économique, pour faire face à la crise semble donner des bonnes bases aux marchés financiers pour un rebond dans les mois qui viennent. Le scénario « à la japonaise » ne semble pas le plus probable pour le moment.

Toutefois, les prochaines statistiques, notamment sur l’inflation, et les réactions du marché à celles-ci surtout seront à surveiller, car la confirmation d’une situation déflationniste amènerait les marchés à tester de nouveaux plus bas.

Jeudi, je continuerai mon analyse en me concentrant sur les marchés boursiers, et notamment sur l’analyse du Nikkei… au cas où il nous faille nous préparer à un scénario cata.

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Sebastien Duhamel
Sebastien Duhamel

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