Allez : une bonne séquence Bisounours pour se remettre de l’épisode de stress du début de la semaine.

Rédigé le 15 septembre 2016 par | Analyses indices, Autres indices, Cac 40, Indices, sociétés et marchés, Toutes les analyses Imprimer

Voici quelques fortes maximes glanées au fil des médias et des interviews ces dernières 48 heures :

« Il n’y a pas de bulle, la prime de risque sur les actions est très raisonnable, ça peut encore monter pendant deux ans avant que les valorisations commencent à faire peur au marché ».

« Une petite poussée de stress, c’est inévitable quand le marché s’est montré trop complaisant, trop longtemps, cela ne remet pas en cause la tendance haussière long terme ».

« Nous sommes toujours en mode Buy the dips (achetez tous les creux) et cela va fonctionner une fois de plus (la BoJ s’apprêterait à rabaisser son principal taux directeur à -0,2% contre -0,1%)… et encore plusieurs fois d’ici la fin de l’année si par bonheur les cours consolident un petit peu ».

« La BCE ne manquera pas d’adopter un ton plus accommodant et moins satisfaite d’elle-même fin octobre ».

« Je ne vois toujours aucune alternative aux actions ».

Voilà le discours stéréotypé que délivrent quasiment tous les gérants et stratèges malgré une résurgence de la volatilité qui devrait les alerter.

En ce qui concerne le dernier postulat (pas d’alternative aux actions), c’est peut-être une bonne nouvelle pour son employeur : puisque les produits de taux, les matières premières n’ont aucune pertinence, voilà déjà deux desks sur lesquels réaliser de belles économies de personnel.

Et comme les actions « ça monte tout le temps » et qu’il suffit « d’acheter tous les creux », pas besoin non plus d’un gérant possédant de vastes connaissances économiques et géopolitiques : un « suiveur de tendance  » discipliné fera très bien l’affaire.

Et comme il est pratiquement impossible de battre le « benchmark », autant recourir à un bon logiciel qui « colle au marché » et qui sélectionne la plateforme où exécuter les ordres dans les meilleures conditions.

Autrement dit, un bon « robot » fera aussi bien le boulot !

Et puis un robot, ça ne se pose pas de questions existentielles, et encore moins celles qui fâchent.

Et je débattais justement de la question de l’existence d’une bulle avec un gérant mercredi. Il convenait que les multiples de valorisation étaient effectivement assez comparables avec ceux observés lors d’épisodes d’exubérance paroxystique des marchés (mars et septembre 2000, juillet et décembre 2007, les précédents pics, il ne les a pas connus), mais il ne voit nulle part de ruée de petits porteurs affolés à l’idée de rater la « nouvelle économie » ou le « miracle immobilier » qui servit de terreau à la crise des subprimes.

Non, c’est plutôt très calme côté petits porteurs, et l’été semble jouer les prolongations pour les investisseurs possédant des portefeuilles plus considérables. Aucune secteur de la cote ne semble d’ailleurs susciter le moindre engouement (comme les « dot.com » en 2000, les banques et les réassureurs de crédit en 2007) et les volumes de tradings sont quasi-inexistants.

Non vraiment, un tel calme, un tel manque de thèmes mobilisateurs, une telle absence d’implication des gérants au quotidien depuis des semaines et des mois, c’est l’exact opposé de ce qui caractérise une « bulle ».

Une bulle, c’est de l’effervescence, de la démesure, un déferlement d’irrationalité… et des millions de petits porteurs appâtés par des gains apparemment faciles (pourtant, « ça gagne à tous les coups » nous expliquent tous les gérants) comme des papillons de nuit par la lumière.

Pas plus en 2016 qu’en 2015, nous ne voyons les épargnants se précipiter pour ouvrir des comptes… et pour ceux qui en possèdent déjà un, c’est à se demander s’ils n’ont pas absorbé un puissant somnifère cet été.

Donc, puisque nous n’observons aucune des caractéristiques d’une bulle, c’est que ce n’en est pas une… à part au niveau des valorisations.

Mais cela me semble un peu court pour écarter tout risque de correction majeure et pour une raison qui ne vous aura pas échappé. Une bulle, c’est aussi et surtout quand tout le monde est haussier et que tout le monde pense la même chose.

Et là, c’est une communion de pensée comme nous n’en avons jamais observé : tous les gérants, tous les stratèges reconnaissent – et se réjouissent – que les banques centrales constituent des alliés totalement dévoués à la cause des marchés, faisant preuve d’un activisme limite caricatural.

Et pour interdire toute forme de placement alternatif, elles pratiquent une féroce « répression financière ».

En fait, il n’y a plus qu’elles à la table de poker financier, tout le monde mise sur elles et se laisse porter par la vague.

Autre point commun avec une bulle : une absence totale de sens critique induite par le syndrome des « innocents aux mains pleines ».

Enfin, une « bulle », c’est un ensemble de mauvaises décisions d’investissement, prises par des opérateurs qui adoptent une nouvelle forme de rationalité.

Qu’il s’agissent de millions d’opérateurs ayant perdu tout bon sens, ou d’un seul qui « fait tout le marché » à lui tout seul, sans aucune opposition… quelle est la situation la plus folle ?

Une foule (imbécile) finit toujours par avoir tort et ses châteaux en Espagne finissent toujours par s’écrouler : les excès se corrigent d’eux-mêmes.

Mais quand c’est une élite… et plus encore lorsqu’elle se réduit à une poignée d’éminents personnages omnipotents, qui disposent à leur guise de la planche à billet et qui n’ont de compte à rendre à personne, qui les fera changer de cap s’ils ont tort ?

Ils ne dévieront pas leur route, même si leur Titanic fonce droit sur un Iceberg.

De toutes façons, au point où nous en sommes, ce sont des milliers d’icebergs (déflation, récession, guerre des devises, thrombose de dettes, etc.) qui barrent l’horizon de ce fameux « territoire » maritime inconnu (baptisé « l’océan des liquidités »).

Mais les banques centrales sont résolues à nous le faire explorer à toute vapeur. Le capitaine Yellen ne sait pas où elle va, alors autant y aller en mode Full Speed Ahead… ce qui ne manque pas de panache !

Mais distinguons-nous un panache ou un entonnoir sur la tête de nos banquiers centraux ?

Pour conclure, contourner le premier iceberg ne nous permettra pas d’éviter tous les suivants.

La coque de notre Titanic de dettes et de survalorisation des actifs risque de se déchirer si le CAC 40 heurte trop violemment les 4 380 à la baisse (à 4 370 points mercredi soir, il n’y avait rien de fait, juste de la tôle qui grince un peu), si le Dow Jones prend de plein fouet les 18 000 points, ou si le S&P 500 défonce les 2 120 points.

Alors soyez vigilant, même si le capitaine a promis à sa garde rapprochée (également baptisée les « sherpas », ou les « super-systémiques ») qu’aucun iceberg ne sera heurté avant ce vendredi des « 4 sorcières ».

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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