Alerte au risque dans le secteur bancaire : le Spread Libor-OIS explose

Rédigé le 23 mars 2018 par | Toutes les analyses Imprimer

Si je vous dis « Libor », vous pensez à quoi, en ce moment ? A l’affaire de manipulation du Libor par la Société Générale (entre autres banques), j’imagine.

C’est vrai qu’il y a de quoi méditer. Alors que la Société Générale est en discussion avec les autorités américaines concernant les épineux dossiers de manipulation du Libor et à ses activités avec un fonds libyen LIA, le départ surprise du directeur général délégué, Didier Valet, la semaine dernière, a fait couler beaucoup d’encre. Pas à l’aise dans ce dossier, la SocGen a prévenu qu’elle avait provisionné 1 milliard d’euros dans ses comptes pour solder ces dossiers « à l’amiable ».

Si je mentionne cette histoire de Libor, c’est parce que mon analyse du jour tourne autour du spread avec l’OIS (Overnight Index Swap). Ouh là… je sens que j’ai déjà perdu certains d’entre vous…

Reprenons.

Libor et OIS : indicateurs de la santé d’une banque

Le Libor (London Interbank Offered Rate) est l’un des principaux repères pour les banques dans leurs échanges au jour le jour. Pour faire simple, quand votre banque vous prête de l’argent pour financer vos projets (achat de voiture…) elle n’a pas forcément l’argent directement dans ses caisses. Elle l’emprunte donc à ses concurrents. Et cet emprunt se fait au taux Libor, calculé quotidiennement. Ce taux interbancaire est au coeur de tout le système financier mondial? En effet, il sert de référence à des milliards de dollars de produits (dérivés et autres). Jusque-là, tout va bien.

Etape suivante : qui dit « échanges entre banques » pose la question de potentielle manipulation en fonction des intérêts de chacun. Une banque (comme la Société Générale avant 2011) qui emprunte à des taux relativement bas est en théorie synonyme de bonne santé. Dit autrement, qui dit taux bas et financement bon marché, dit normalement « beaux fondamentaux » (car moins de risque). Or, il s’avère que plusieurs banques s’entendent sur un taux artificiellement bas (type Barclays qui a d’ailleurs été condamnée). Eh oui car cela permet de faire croire à une meilleure santé financière de la banque ! Afin de pouvoir se financer, auprès d’autres, à bon compte.

Revenons à notre spread avec l’OIS (Overnight Index Swap). Pourquoi cet « écart » Libor/OIS est-il si suivi ?

Lorsque le Libor/OIS a explosé, en 2008, la crise des subprime s’est déclenchée

Eh bien parce que sur le marché du crédit, ce genre de couac est synonyme de moindre liquidité. Un graphique vaut mieux qu’un long discours. Voilà ce qu’il s’est produit lors de la crise des subprime.

Libor/Spread

Comme on le constate, le spread LIBOR-OIS (visible sur 3 échéances : 1 mois, 3 mois et 6 mois) a commencé à exploser le 8 mars 2007. Il s’agissait alors des prémices de la crise des subprimes qui a suivi.

Plus largement, ce spread est un peu considéré comme un baromètre de risque au niveau bancaire. Pour mieux comprendre l’idée, prenons comme exemple la dette corporate. C’est un peu comme comparer le taux d’un Etat (Bund allemand, OAT française…), en théorie « sans risque », avec le risque de crédit d’une entreprise qui émet des obligations pour se financer. Plus cet écart est grand, et plus le risque/les probabilités de défaut de crédit de l’entreprise émettrice est élevé. Cet écart est très fort par exemple dans le high yield. A l’inverse, plus il est faible, plus la santé financière de l’entreprise est jugée bonne par les investisseurs. Par conséquent, ils demandent une prime de risque moindre.

Eh bien le spread LIBOR-OIS mesure justement ce type de risque dans le secteur bancaire en particulier.

Un remake des subprime ?

Or cette semaine, ce fameux spread LIBOR-OIS vient de marquer un plus-haut depuis plus de huit ans.

Dollar Funding Pressure

Ce qui va de pair avec un aplatissement de la courbe des taux. Et ici, comme le notait l’Agefi dernièrement, le spread sur les swaps de taux de 2 à 10 ans est tombé au plus bas depuis un certain mois de juin 2007.

Alors certes, la remontée des taux courts est une conséquence logique de la normalisation de la politique monétaire de la Fed depuis près de 18 mois. D’autant que les grandes dépenses et autres réformes fiscales de Donald Trump (donc la dégradation du déficit public) ont commencé à peser sur la partie courte de la courbe obligataire US. Logique.

Alors… je ne peux m’empêcher de faire le parallèle avec 2007.

A l’aube d’une nouvelle perte de confiance ?

Avec, en toile de fond cette question : sommes-nous à l’aube d’une nouvelle perte de confiance ?

Le sell-off de début février ne serait-il est que le premier round d’un décrochage plus prononcé ?

Difficile d’être affirmatif. Mais ce qui est sûr, c’est qu’historiquement cette situation sur l’obligataire indique que quelque chose ne tourne pas rond. Dès le début de semaine, j’ai décidé de prendre les devants et d’anticiper ce risque en prenant des positions baissières sur les indices. Hier, nous avons pris un turbo put sur le Dow Jones. Et nous avons vendu ce matin la moitié sur un gain de 30%. Si la purge continue, ce sont des gains à 3 chiffres qui sont à portée de main, comme nous l’avons déjà fait dans cette vidéo.

Mots clé : - - - -

Mathieu Lebrun
Mathieu Lebrun
Rédacteur en Chef d'Agora Trading

Mathieu Lebrun est analyste financier. Il commence sa carrière chez Fortis Banque pour intégrer la table de négociations sur devises au sein de la salle des marchés du groupe Natexis Banques Populaires. En 2004, il intègre un cabinet de conseil sur produits dérivés en tant qu’analyste technique et obtient son diplôme d’Analyste Technique délivré par la STA (Society of Technical Analysis).

Depuis près de 10 ans, il s’est forgé une solide expérience sur les marchés financiers. En juin 2013, il décide de créer un service de trading simple et efficace : Agora Trading. Pour ses abonnés, il combine à merveille sa lecture des différentes classes d’actifs et leur corrélation pour en tirer le meilleur. Vous pouvez ainsi vous positionner en toute simplicité, en exploitant des outils de trading ultra-efficaces, les certificats Turbos.

En savoir plus sur Agora Trading.

Laissez un commentaire