Alerte révolutionnaire : la Chine doit réduire les risques sur les marchés !

Rédigé le 9 mai 2016 par | Analyses indices, Autres indices, Indices, sociétés et marchés, Toutes les analyses Imprimer

S’il ne s’agit pas d’un virage à 180°, cela commence à y ressembler furieusement : la « voix off de Pékin » (vous savez, cette « source autorisée » mais anonyme qui vient confier les états d’âme des plus hautes sphères du Parti au journal officiel le Quotidien du Peuple) vient de lancer une mise en garde contre une croissance excessive du crédit.

La « voix off » affirme que « la Chine s’exposerait au risque d’une crise financière, voire d’une récession, si le gouvernement poursuivait une stratégie de relance économique financée par la dette ».

Et d’ajouter « les arbres ne montent pas au ciel : un endettement élevé est synonyme de risques élevés pouvant déboucher sur une crise financière systémique, une croissance économique négative et la destruction de l’épargne ».

C’est exactement le diagnostic maintes fois réitéré par toute la rédaction des Publications Agora, ce qui nous incite à penser que nos ordinateurs de méchants capitalistes sceptiques et prompts à railler les bêtises des puissants de ce monde ont été mis sous surveillance.

L’imminence d’un désastre (à la japonaise, millésime 1990) aurait donc conduit Pékin à mettre à contribution la « voix off » pour avertir que « le bol d’alcool de riz » va être retiré de la table sous huitaine.

Décidément très en verve et comme pénétrée d’une orthodoxie germanique, la « voix off » du gouvernement chinois affirme être d’avis que « le gouvernement doit réduire la voilure en matière d’injection de liquidités afin de réduire les risques sur les marchés » (ce qui inclut la bourse, l’immobilier, l’obligataire, le marché des changes) y compris – et ça c’est révolutionnaire — les risques pesant sur le secteur bancaire.

Mais alors… il y aurait bien un risque de bulles (au pluriel naturellement) et de prolifération des créances douteuses ?

Faute de poursuite de la politique d’injections massives menée depuis le début de l’année, la « voix off » se lance dans un cours d’alphabétisation économique : oubliez la reprise en V (elle ne s’est d’ailleurs produite qu’une fois en 2009/2010), oubliez également la reprise en U (c’est une reprise en V qui a du retard à l’allumage), place à la reprise en L (c’est-à-dire… pas de reprise, ou alors si désespérément lente qu’il est quasiment impossible de la percevoir). Et la « voix off » achève de démoraliser le lecteur du Quotidien du Peuple en confirmant le handicap d’une faible demande (intérieure et extérieure) et de surcapacités de production.

Depuis un an, nous avons beaucoup mis l’accent sur les tsunamis de crédit déversés par Pékin dans le système financier chinois – c’est-à-dire depuis l’éclatement de la bulle boursière de la mi-juin 2015 – fin d’essayer de maintenir le système financier du crédit à flot.

SSE

Cette stratégie s’est avérée gourmande en réserves de change car les Chinois n’ont pas besoin qu’on leur explique combien il est aventureux de créer 5 yuan pour obtenir 1 yuan de PIB supplémentaire…. ni à quel point il apparaît certain que le résultat final sera la désintégration de la devise.

C’est pourquoi les Chinois se sont mis à convertir massivement les Yuan qu’ils détenaient en autre chose (yen, livre sterling, dollar singapourien, mais surtout or, argent, diamants, saphirs, etc.). Pour tenter d’enrayer l’hémorragie, Pékin s’est lancé depuis le début de l’année 2016 dans une campagne de stimuli fiscaux sensée bénéficier à ceux qui laissent leur argent dans le pays.

Je ne partage également pas le ravissement des experts ès Chine qui se réjouissent de l’emballement du secteur immobilier entre mars et avril, lequel témoignerait selon eux d’une forte demande de crédit préfigurant un puissant redémarrage de l’activité dans le pays.

immo Chine

Alors certes, le crédit est abondant (s’il ne l’était pas, le shadow-banking viendrait pallier ce manque) et la demande s’est avérée vigoureuse. Mais le véritable ressort psychologique sous-jacent est universel : se hâter de profiter d’une aubaine avant sa disparition fin avril. La Chine est en effet en train de faire évoluer son système basé sur le prélèvement d’une part des produits de l’activité à l’échelle provinciale vers un système de TVA unique prélevée par l’Etat. Et depuis le 1er mai (une date hautement symbolique), le secteur immobilier vient justement de basculer du système dans ce système, rendant quasi impossibles les petits arrangements entre promoteurs, spéculateurs et autorités locales.

Les derniers chiffres provenant de Chine publiés ce week-end démontrent que l’économie chinoise n’a guère bénéficié d’un sursaut de la demande intérieure et encore moins en provenance de l’étranger. Les exportations chinoises ont reculé de 1,8% en avril (après un sursaut purement technique de +11,5% en mars) tandis que les importations ont dévissé pratiquement -11% (d’après les données recueillies par l’Administration générale des douanes).

L’excédent commercial de l’économie chinoise continue de s’accroître (à 45,5 Mds$ contre 34 Mds$ en avril 2015) mais cela provient d’une contraction inattendue de la demande intérieure.

Donc, le chiffre d’avril est pourri mais Paris va néanmoins entamer la semaine sur une hausse : le marché se fiche de la Chine comme du pétrole ou de l’emploi aux Etats-Unis (Wall Street nous a rejoué « mauvaise nouvelle = bonne nouvelle » vendredi) : la seule chose qui importe c’est qu’un consensus baissier a fini par se former au bout de 6 séances de repli, ce qui a fait émerger un nouveau contingent de pigeons à plumer ! Jusqu’à la prochaine rechute… et la cassure des 4 300 points sur le CAC 40 (voir l’analyse de Gilles Leclerc du jour) !

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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