Alerte aux krachs en cette fin décembre !

Rédigé le 11 décembre 2014 par | Autres indices, Cac 40, VIX Imprimer

hausse VIX

Ou quand la promesse de rallye de fin d’année se transforme en outrageous prediction…

C’est la semaine des stratèges (sous-entendu : passez d’excellentes fêtes braves gens, ne vendez rien, pensez à nos bonus) ! Toutes les grandes banques, tous les grands assets managers comme Blackrock, Amundi et surtout Saxo Bank (qui se paye une superbe pub dans Les Echos ce jour) dévoilent leurs prévisions pour 2015. C’est à peine s’il est encore question d’économie… ou s’il s’agit d’évaluer dans quelle mesure la toile de fond conjoncturelle va influer les décisions de la BCE, de la FED, de la banque centrale chinoise. En ce qui concerne la Bank of Japan, la seule question c’est de savoir si elle aura assez d’encre et de papier pour alimenter ses imprimantes d’ici 2020.

Bien que la plupart des économistes prédisent une accélération de la croissance mondiale en 2015 (comme tous les ans à pareille époque d’ailleurs), plus personne ne semble vraiment y croire… A vrai dire, tout le monde s’en fiche. Que la croissance accélère où que les pressions déflationnistes s’étendent partout sur la planète, le débat ne porte plus que sur un seul sujet : la FED trouvera-t-elle un nouvelle excuse pour repousser à 2016 une hausse de taux ?

En ce qui concerne l’Europe, les opérateurs ont déjà joué et surjoué le QE de la BCE… jusqu’à ce qu’ils se mettent à douter de sa mise en oeuvre avant le 5 mars prochain (seconde réunion annuelle) alors que l’Allemagne fait toujours partie des réfractaires au QE. Mario Draghi tente de nous faire croire qu’une confortable majorité de votants en faveur du QE suffirait à son bonheur… Mais qui peut imaginer qu’il passerait outre un veto de la Bundesbank et de l’Allemagne qui tient le carnet de chèque ?

Autant imaginer l’OPEP faisant fi de l’opinion de l’Arabie Saoudite au moment de fixer de nouveaux quotas de production pétrolière !

Tenez, d’ailleurs, la chute du baril de WTI sous les 61 $ à New York en dit plus long qu’un rapport de l’OCDE sur les perspectives réelles de croissance mondiale en 2015.

chute WTI

Alors, le marché se tourne vers la FED et à ses subtilités de vocabulaire, de tournures sémantiques et de ponctuation : une infime modification a été faite dans le communiqué final qui sera publié mercredi prochain avec la disparition (tragique) de l’adverbe « très » qui donne tout son relief à la locution « période de temps (très) étendue ».

Cela ne signifierait-il pas que la FED a peut-être déjà l’intention de normaliser sa politique monétaire dès la mi-2015… ? Auquel cas, la BCE aura eu le temps d’adopter une stratégie « très » non-conventionnelle dans l’optique d’obtenir des résultats « très » incertains en matière de stabilité des prix et de redressement « très » hypothétique de l’activité économique.

C’est tout de même assez fantastique de voir les marchés se préoccuper autant des intentions des banques centrales alors que tout démontre l’inefficacité complète de la planche à billets pour juguler la montée des pressions déflationnistes… Et ne parlons même pas des 2% de croissance promis par Shinzo Abe pour 2014 qui se sont transformés en -1,9% au troisième trimestre ! Un résultat tellement désastreux que son gouvernement en est réduit à précipiter les échéances électorales pour s’offrir la possibilité de gérer la désintégration de l’épargne et du pouvoir d’achat des Japonais avant que la faillite du pays soit aussi inéluctable que celle de l’Argentine en 2001 ou de la Russie en 1998. 

En ce qui concerne la sortie de crise de la Grèce, elle semblait tellement imminente et les prévisions de croissance à 2% en 2015 si crédibles que la seule perspective de législatives anticipées fait plonger Athènes de -15% en 48H…

Mais oubliez tout ce qui précède, les turpitudes du Japon et de la Grèce, l’Allemagne qui frôle la récession et qui vieillit, la France qui s’enfonce dans le chômage de masse : Wall Street ne lâchera rien, affrontera les prochaines tempêtes toutes voiles dehors sans casser une drisse et sans embarquer un paquet de mer.

Alors pendant que les sherpas s’évertuaient à soutenir les cours à Wall Street depuis 48H, l’indice VIX de l’aversion au risque faisait un bond de +24% (+20 +4,5%) avant de doubler la mise mercredi soir avec +26% supplémentaires (vers 18,8), soit une envolée tout bonnement historique de plus de 50% en 72H.

Vous m’objecterez que +50% en 3 séances, c’est une score qui n’a rien d’historique (et on a vu pire tout récemment, entre le 14 et le 16 octobre dernier)… Certes.

Mais je ne fais pas référence au score algébrique. Ce qui constitue ce que je n’hésite pas à qualifier de « black swann » ou « d’outrageous scenario » (pour reprendre une formulation de Saxo Bank qui fait la une des médias), c’est cette divergence historique, d’une ampleur sans précédent, entre l’évolution du S&P500 et celle du VIX.

Un cas de figure aussi sensationnel qu’inédit et qui va causer des ravages dans les rangs des institutionnels qui sont shorts (vendeurs) de volatilité depuis fin octobre. Des milliards de dollars ont été volatilisés en quelques heures ce mercredi. Je hisse donc à mon tour le drapeau rouge d’alerte au krach !

Aucun krach n’a jamais eu lieu au mois de décembre ?

Raison de plus pour le redouter ! Si le CAC40 enfonce les 4150 points, je n’ose même pas faire le pari qu’il enrayera son repli vers 3.800Pts. Si le S&P500 enfonce les 2.010 puis les 1.990 points, les algorithmes ne répondront plus de rien : plus aucun support technique n’existe avant les 1.850Pts !

 

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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