L’augmentation de Poncin Yachts passée au crible

Rédigé le 8 juin 2012 par | Big caps Imprimer

Il faut avoir beaucoup de courage pour lancer une augmentation de capital dans les conditions de marché actuelles !

Cela n’effraye pas Olivier Poncin, président de Poncin Yachts, connu pour ses marques Catana (catamarans) ou encore White Shark (bateaux à moteur). L’homme a toujours été bercé par le nautisme – malgré un diplôme de Supaéro. Il a oeuvré au sein des chantiers Dufour de 1988 à 2001 qu’il a revendu avant de reprendre Catana en 2003.

Pourquoi cette levée de fonds ?

Aujourd’hui, à la tête de son entreprise, il veut donner une autre dimension à Poncin Yachts, raison pour laquelle il cherche des capitaux : « Nous voulons lever 10 millions d’euros essentiellement pour nous développer dans les pays émergents. Le problème dans ces pays, c’est qu’une photo sur catalogue ne suffit pas. Il faut quasiment un prototype » m’explique-t-il. L’homme est coutumier des levées de fonds : « La dernière levée de fonds de 6,9 millions d’euros de décembre 2010 était destinée à étoffer notre gamme de bateaux avec notamment le développement des Catana 55 et 59 ». Le Catana 55, qui vaut autour de 1,3 million d’euros, a été commercialisé il y a un mois tandis que le Catana 59 le sera en juillet prochain. Cette fois, la dimension est toute autre, et la société veut aller trouver de nouveaux marchés, pour un nouveau relai de croissance.

Mais vous savez que je n’aime pas trop les entreprises qui font trop d’augmentations de capital ; cela dilue l’actionnaire, et je crains toujours une mauvaise appréciation des besoins au final. Je « reproche » donc à l’homme, jovial au demeurant, de multiplier les appels aux marchés. « Comme je le disais, pour se développer dans les pays émergents et avoir toutes ses chances de s’imposer, Poncin Yachts se doit de financer les bateaux à présenter dans des pays comme la Russie, la Chine, les Pays du Golfe ou encore l’Australie.Nous exportons 85% de notre production et nous voulons continuer dans cette voie » ajoute-t-il.

L’augmentation de capital actuelle servira également à assainir le bilan du groupe après l’accord de réaménagement de la dette négocié le mois dernier. Je vous avais alors parlé notamment des abandons de créances, de sorte que la dette bancaire ne ressort plus qu’à 1,5 million d’euros.

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Une augmentation de capital encore dilutive…

Passons maintenant aux conditions de cette augmentation de capital que je trouve tout de même très dilutive pour les actionnaires.

Je ne m’en suis pas caché en l’indiquant à Olivier Poncin lors de notre entretien. Lors de l’annonce de la levée de fonds de 10 millions d’euros, la capitalisation boursière du groupe était de 17 millions d’euros. Les conditions sont les suivantes : trois actions nouvelles pour quatre actions anciennes au prix de 1 euro avec une période de souscription allant du 31 mai au 14 juin.

A l’heure où je rédige ces lignes, l’action vaut 1,05 euro… C’est-à-dire que la décote a été réduite à 5%. Mais le droit de souscription vaut autour de 0,04 euro puisqu’il a été détaché…

L’exercice 2011-2012 sera assez difficile pour le business, comme me l’a confié Olivier Poncin sans donner de chiffres précis.

Le premier semestre, qui ne représente que 40% du chiffre d’affaires, s’est soldé par une perte opérationnelle de 2 millions d’euros et par une perte nette de 2,2 millions d’euros. Rien ne dit que l’exercice actuel restera dans le vert même si l’exercice précédent était dans le vert, à hauteur de 0,2 million d’euros. Olivier Poncin ne se hasarde pas à des prévisions, trouvant le climat difficile, mais il prépare l’avenir via cette augmentation de capital, garantie d’ailleurs à hauteur de 75% par la Financière Poncin, société d’Olivier Poncin et actionnaire de référence du groupe. Autant dire qu’il n’y aura donc pas d’échec dans cette levée de fonds puisque le président remet encore de l’argent (il faut quand même le souligner).

Alors que faut-il faire ?

Vous avez trois solutions :

  • primo, ne rien faire, c’est-à-dire ne pas vendre vos DPS et ne pas souscrire. Cela n’a aucun sens car vous perdez sur les deux tableaux ;
  • secundo, vendre vos droits de souscription. Supposons que vous ayez 1 000 titres Poncin Yachts. Vous vendez donc 1 000 droits et vous récupérez, au cours actuel de 0,04 euro, la bagatelle de 40 euros. Autant dire par grand-chose avec les frais ;
  • tertio, vous souscrivez à hauteur de vos droits, c’est-à-dire que pour 1 000 actions détenues, vous pouvez souscrire à 750 actions à 1 euro.

Je préconise de loin cette dernière solution, car au moins vous n’êtes pas dilué et vous pouvez participer au développement du groupe. Mais, il vous faudra sans doute être patient sur Poncin Yachts… et vous dire qu’une bonne nouvelle sur des commandes dans les pays émergents pourra booster le chiffre d’affaires (en progression de 9% au premier semestre à 14,6 millions d’euros et en hausse de 21% sur 2010-2011 à 35,7 millions d’euros).

Mais cette action est extrêmement liquide et spéculative… Soyez donc très flexible dans votre gestion et n’hésitez à vendre dès que vous engrangez 15 à 20% de plus-values, quitte à revenir ensuite dessus.

Première parution dans Small Caps Confidentiel le 05/06/2012.

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Eric Lewin
Eric Lewin
Rédacteur en Chef de La lettre PEA et Mes valeurs de Croissance

Journaliste pour BFM Business et dans d’autres médias… conseiller pour un fonds Small Caps chez CFD Asset Management… responsable de la salle de marché chez EuroLand Finance… consultant pour dirigeants d’entreprise…

Le parcours professionnel d’Eric Lewin est tout simplement remarquable – et représente un atout considérable pour vos investissements : un carnet d’adresses rempli, l’expérience de la réalité des publications de résultats, de la manière dont les « insiders » et les institutionnels fonctionnent…

Cette expérience multi-facettes lui permet de lire entre les lignes des marchés – et de révéler aux lecteurs de La lettre PEA des conseils de tout premier ordre pour se constituer un PEA alliant solidité… et économies d’impôts !

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