Air France-KLM : Benjamin Smith va bel et bien prendre les commandes

Rédigé le 17 août 2018 par | Europe, Mid et Small Caps Imprimer

Avion d'Air France

C’était très exactement ce que ne souhaitaient pas les syndicats. Vacant depuis trois mois et la démission retentissante de Jean-Marc Janaillac, qui a rendu son tablier après que ses propositions salariales ont été rejetées par une majorité de votants dans un scrutin pathétique, le poste de PDG d’Air France-KLM (FR0000031122-AF) sera désormais occupé par Benjamin Smith, ci-devant numéro deux d’Air Canada.

Évoquée dans ces colonnes en début de semaine, cette issue satisfait pleinement l’État, détenteur d’une participation de 13% dans le transporteur franco-néerlandais et pour qui ce dirigeant de 52 ans coche toutes les cases. Pas du tout de cet avis, Philippe Evain, patron du redoutable – et redouté – Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL), estimait pour sa part il y a quelques jours qu’Air France avait besoin d’un responsable « connaissant les spécificités du dialogue social français, qui maîtrise les détails du marché aérien européen et les forces en présence […] ». Et de poursuivre, dans une dénonciation à peine voilée du management à l’anglo-saxonne : « avec cette nomination, nous sommes en train de faire plaisir aux Américains (Delta Airlines détient une participation de 8,8% au capital d’Air France-KLM) et aux Chinois (ndlr : China Eastern détient également 8,8% du capital du transporteur franco-néerlandais). Et je ne suis pas sûr que ça soit dans l’intérêt d’Air France et des passagers français. »

On laissera cependant à « Ti Ben », son surnom officiel, un parcours très respectable, entamé voici 28 ans au service clientèle d’Air Ontario et qui, pour l’essentiel, a consisté en des responsabilités croissantes au sein d’Air Canada, la principale compagnie du pays. D’aucuns ont aussi fait valoir que Ben Smith a fait signer à deux syndicats représentant les personnels navigants des accords sur l’organisation de la compagnie et de sa filiale low cost Air Canada Rouge (qu’il a créée) valables sur une durée de dix ans, une « performance » qu’il convient tout de même de relativiser dans la mesure où les pilotes canadiens ne peuvent plus faire grève depuis six ans.

Les syndicats fulminent déjà

A la différence de Philippe Capron, le directeur financier de Veolia, un temps pressenti pour prendre les commandes, Ben Smith, qui prendra ses nouvelles fonctions au plus tard le 30 septembre prochain, n’en demeure pas moins un fin connaisseur du secteur aérien et c’est manifestement une excellente nouvelle pour les ministres concernés. Pleins d’espoir et sans doute soulagés que cet interminable processus touche à sa fin, Bruno Le Maire (Économie) et Elisabeth Borne (Transports) n’ont en effet pas dissimulé leur enthousiasme, se fendant d’un communiqué commun dans lequel ils ont estimé que « (c’était) une chance pour Air France-KLM d’attirer un dirigeant de cette dimension, qui dispose d’une importante expérience acquise au cours des dix-neuf dernières années passées chez Air Canada, d’un sens du dialogue et d’une grande capacité de transformation ».

Alors que la nomination de Benjamin Smith n’était plus qu’une question d’heures, l’intersyndicale d’Air France s’est quant à elle montrée virulente hier et a jugé « inconcevable que la compagnie Air France, française depuis 1933, tombe dans les mains d’un dirigeant étranger, dont la candidature serait poussée par un groupe industriel concurrent », en l’occurrence Delta Airlines.

Elle a également déploré les modalités de l’arrivée de « Ti Ben », « (scellée) en catimini lors d’un conseil d’administration (CA) extraordinaire ‘par téléphone’, le lendemain du 15 août « . « Air France mérite que l’on agisse avec plus de transparence pour qu’elle reprenne son envol dans les meilleures conditions possibles après ces huit mois d’errance sans dialogue puis sans gouvernance », a-t-elle poursuivi.

Le ton semble donné et c’est peu dire que Benjamin Smith n’est pas attendu comme le messie par des syndicats qui, trois mois après avoir eu la peau de Jean-Marc Janaillac, n’ont pas cédé un pouce de terrain sur l’épineuse question des salaires et restent déterminés à en découdre.

Le nouveau big boss va-t-il siffler la fin de la récréation ? Il va quoi qu’il en soit tout de suite entrer dans le vif du sujet, étant entendu que la menace proférée dimanche par Philippe Evain d’une grève de quinze jours si la future direction devait refuser de reprendre les négociations sur les rémunérations n’a pas disparu.

A propos de rémunération, le salaire de Ben Smith atteindra, si l’Assemblée générale des actionnaires accède au vœu du CA, le triple de celui de Jean-Marc Janaillac, soit environ 3 M€. Une somme qui fait grincer bien des dents en interne et que la corporation des pilotes adeptes de la gréviculture ne devrait pas manquer de dénoncer très rapidement.

Entre un adepte des méthodes libérales et des pilotes atteints d’un incurable complexe de supériorité et de « dogmatite aiguë », le choc des cultures me paraît inévitable. Entre ces deux cultures, c’est rien de moins que le destin d’un fleuron national qui va se jouer…

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Guillaume Duhamel
Guillaume Duhamel

Guillaume Duhamel suit l’actualité boursière au quotidien depuis plus de 5 ans. Historien diplômé de l’Université de Paris IV-Sorbonne et journaliste de formation, passé également par le sport et le développement durable, il voue un intérêt particulier aux small et midcaps, ainsi qu’aux secteurs de l’énergie et de l’aéronautique

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