Prenez un vrai risque : résistez au discours de ceux qui prétendent qu’ils n’en courent aucun

Rédigé le 15 janvier 2013 par | Apprendre la Bourse, VIX Imprimer

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« Après une consolidation à plat, une hausse terrible se prépare : le VIX est au plus bas absolu et l’appétit pour le risque est au zénith. N’oublions pas que les produits obligataires ne rapportent rien en regard du potentiel offert par les actions et que les liquidités restent surabondantes. Enfin, seule compte la tendance et rien que la tendance : le marché a toujours raison, même quand il a tort ».

Ce discours doit vous rappeler quelque chose de familier.

Mais si, bien sûr : il s’agit de l’évangile selon Barron’s (la Bible des financiers), et des trois versets cardinaux appris par coeur par les gérants ces dernières semaines. C’est vrai qu’ils ont le temps pour cela, vu que la majorité d’entre eux se déclare bull mais n’achète pas un bout de papier…

Oui, tout ce qui précède vous est familier et semble tout frais mais cette citation est tirée d’une note stratégique d’une grande banque tricolore datant de… septembre 2007.

A cette époque bénie, les agents immobiliers étaient la catégorie professionnelle la plus nombreuse en Californie et en Floride et les obligations classiques étaient complètement délaissées au détriment des subprime. Après tout, qui aurait été assez stupide pour acheter des T-Bonds qui rapportaient 3% quand les prêts non grade ou « Alt-A » rapportaient 6% à 7% ? Et qui aurait pu conserver le moindre placement monétaire en portefeuille quand les actions engrangeaient du +15% en rythme annuel (10 fois le « monétaire » après fiscalité) depuis 30 mois ?

Oui, ce discours consistant à démontrer qu’il n’y a pas d’autre choix que les actions — surtout quand l’appétit pour le risque est maximal — est un grand classique.

Mais s’il nous était systématiquement proposé quand Wall Street était au zénith et se cherchait des prétexte pour aller plus haut, nous avons délibérément omis dans notre introduction de mentionner un élément absolument crucial et qui permettait de remporter l’adhésion des investisseurs : « le cycle de croissance est particulièrement vigoureux et il devrait encore s’accélérer ».

Si nous avions fait figurer cette dernière phrase en guise d’introduction, vous auriez aussitôt compris qu’il s’agissait d’une note datant de plusieurs années.

Mais même avec 3% de croissance en Europe en 2007 et 5% de croissance mondiale, ni l’appétit pour le risque , ni le rendement « ridicule » des marchés obligataires, ni un VIX traduisant une confiance à toute épreuve des marchés n’ont suffi à éviter une rechute historique des indices.

2013 n’est pas 2007
Et cette année pas plus qu’en 2012 les marchés n’ont l’excuse de la croissance pour justifier 15% de hausse ou l’établissement de nouveaux records historiques comme nous venons d’en constater sur le Russell 2000 ou le S&P 400 Midcaps (il recense les 400 plus grandes entreprises américaines… après les 500 multinationales de l’indice phare).

A la place de la croissance absente (aux Etats-Unis, 70% de la hausse du PIB dépend directement des dépenses de l’Etat, au Japon, c’est 200%), nous avons l’argent des banques centrales qui subvertit à l’évidence les mécanismes de fixation de la valeur des actifs, notamment obligataires. Des Etats endettés à 100% — et dont le PIB stagne ou se contracte — bénéficient paradoxalement des conditions de taux les plus favorables des 60 dernières années.

+335% ! CA N’ARRETE PLUS !
Après des plus-values de +306%, +165% ou encore +300% engrangées au dernier trimestre 2012, Mathieu Lebrun commence l’année 2013 en fanfare, avec un gain de plus de 330% en deux jours sur le Dow Jones.

Qu’attendez-vous pour profiter de sa prochaine recommandation ? Tout est expliqué ici…

 

La surévaluation des dettes d’Etat (notamment des T-Bonds US, des OAT françaises et des Gilts britanniques) s’accompagne d’une surévaluation symétrique des actions et d’une sous-estimation du risque absolument sans précédent.

Car les 12,8 à 13,5 affichés par le VIX en 2013 n’ont rien de commun avec les 13 de l’automne 2007 : il suffit de se souvenir que les milliers de milliards de créances « douteuses » (irrécouvrables) provenant du krach de 2008 n’ont pas disparu mais qu’elles ont simplement été transférées du bilan des banques commerciales au bilan des banques centrales ; elles demeurent toujours aussi pourries !

Que vont en faire les banques centrales ? Personne n’en sait rien !

Comment gèrent-elles le problème ? Par la fuite en avant vers toujours plus de planche à billets (Japon, Etats-Unis, Royaume-Uni…).

Cette fuite en avant — tellement plaisante, tellement confortable — n’inquiète personne, d’où le niveau surréaliste affiché par le VIX depuis environ un mois. Mais il ne saurait être question d’envisager un excès de confiance : dites plutôt « normalisation ».

Allons au bout de cette logique…
Où se situe le niveau « normal » pour le VIX ? Si nous faisons une moyenne historique entre les extrêmes des quatre dernières années (nous excluons délibérément les 80% atteints le 20 novembre 2008), nous n’allons pas faire apparaître une valeur très pertinente car il y a eu une poussée de fièvre à 48 le 8 août et 36 en novembre 2011… et même 27,7 les 4/5 juin 2012.

Ces pics sont à mettre en balance avec des planchers de 15 ou 16 en 2010/2011. Or la conjoncture ces deux années-là était bien différente : plus de croissance et moins d’endettement des Etats.

L’argument qui nous est asséné depuis fin juillet dernier, c’est que le risque de dislocation de la Zone euro a disparu. Et tout le monde acquiesce sans discussion : Super Mario a parlé ! Mais regardons lucidement ce qui se passe sur le terrain — et pas sur les terrains de golf où se retrouvent les stratèges des grandes banques qui font l’opinion : pouvons-nous affirmer que le modèle social européen, le marché du travail, la croissance, la capacité de remboursement des Etats, ne sont pas en train de se… disloquer ?

Pour en revenir au VIX, son niveau moyen des quatre dernières années se situe vers 20 — et un peu en dessous des 19 ces deux dernières années. A mesure que le stress implicite se contracte, les positions ouvertes augmentent : ce sont manifestement les vendeurs de volatilité qui font la tendance.

Ces ventes sont tellement massives qu’elles ne sauraient refléter la moindre anticipation économique (le VIX reflète une certitude absolue qu’aucun « pépin » ne risque de survenir en 2013, 2014 ou 2015).

Ce sont donc des ventes purement techniques, la certitude mathématique de la veille renforçant celle de demain… car en ce domaine, tout n’est qu’affaire de probabilités et de recours aux derniers travaux théoriques sur la physique quantique. En tout cas, ces ventes ne semblent guère différer des achats — de type « choix forcé » — de créances subprime en 2006/2007.

Plus le prix des subprime augmentait, plus ce placement était mathématiquement sûr… et plus le VIX recule, plus l’avenir est mathématiquement exempt du moindre risque.

Il suffit d’une once de bon sens pour comprendre que nous nageons dans un océan d’équations parfaitement logiques… mais tout aussi parfaitement décorrélées de la réalité. Alors nous éteignons le programme « calcul du risque vu par les futurs prix Nobel de physique », et nous tentons d’apprécier la situation avec nos tripes.

Ceci nous amène à cette conclusion : achetez de la volatilité. Faites-le par exemple via le support LYXOR SP 500 VIX (FR0011026897 – LVOL) autour de 52 euros, ce qui constitue tout simplement son plancher historique. Vous viserez 67 euros dans un premier temps, puis le comblement du gap des 70,3 euros du 06/09/12, et plus stratégiquement son précédent plancher historique des 83/84 euros.

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Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

3 commentaires pour “Prenez un vrai risque : résistez au discours de ceux qui prétendent qu’ils n’en courent aucun”

  1. Je guette aussi le tracker LVOL depuis quelque jours, et pense qu’un investissement dans la volatilité sera très payant en 2013. Même si je ne suis pas sûr que LVOL ait atteint son point bas (il vient de casser un petit support), le RSI et le MACD font des divergences haussières considérables depuis le 17 septembre.

    je suis d’accord avec l’objectif des 80€ (ROB du tracker) ou du moins les 75€ (support cassé fin août).

    Cependant je constate, que la performance de LVOL ou de VXX est en fait très similaire à celle du BX4 — bx4 comme lvol ont fait 100% en juillet-septembre 2011 et 30% en mars-mai 2012— mais que le BX4 est peut-être plus facile à manier, car le rapport à son sous-jacent moins opaque que le rapport du VXX/LVOL au VIX et au SP500, puisque y entrent en jeu la courbe des futures etc.

  2. Je souscris à votre analyse Philippe, mais il serait intéressant d’aborder la courbe de formation des prix des futures sur le VIX, sans quoi il manque un volet essentiel pour prendre position.
    La plupart des ETF/ETN répliquant le VIX n’ont fait qu’atteindre des plus bas historiques sans jamais remonter, à cause d’un effet contango meurtrier.

    Il serait étonnant que LVOL déroge à cette coutume bien ancrée chez ce genre de produits bancaires.

    May the Contrarian Mind be with you…!

  3. Je suis en phase à 100% avec cette explication contrariante.

    Mais juste une correction pour ne pas induire le lecteur en erreur ; la phrase « le VIX reflète une certitude absolue qu’aucun « pépin » ne risque de survenir en 2013, 2014 ou 2015″ peut être interprétée comme étant une caractéristique technique. Or le Vix ne caractérise la volatilité que du prochain mois. Les opérateurs / investisseurs pourraient très bien avoir des anticipations de marché calme pour les prochains 20 jours de bourse, mais se méfier des performances à 3/6 mois par une courbe de volatilité à terme très croissante.
    C’est d’ailleurs la situation actuelle.

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