Grèce : Et si on essayait autre chose ?

Rédigé le 1 juillet 2015 par | Matières Premières, Toutes les analyses Imprimer

J’ai hésité pour le titre : « Le drame Grec », « La dette antique », « L’acropole de la dette »… On m’a même soufflé « Tsipras et Varoufakis bientôt à l’Acropole emploi » — par égard pour cette personne, je ne donnerai pas son nom.

Du coup, l’autocensure m’a poussé à limiter les jeux de mots douteux sur la Grèce dont la littérature financière nous abreuve depuis plus de 4 ans ! Je ferai donc sobre.

Le syndrome BNS

J’évoquais la semaine dernière le syndrome « BNS » (Banque Nationale Suisse) sur mon compte Twitter (@EoleTrading).

A l’heure où la plupart des analystes et commentateurs baignaient dans une douce euphorie, en voyant les indices en hausse de plus de 5% comme sur le CAC40, car pariant sur un accord in-extremis (comme d’habitude), je m’interrogeais sur cette capacité qu’a la foule à privilégier un scénario qu’elle connait déjà.

La leçon de la semaine passée est que seule une minorité a réussi à imaginer un scénario alternatif : celui dans lequel les Grecs et leurs créanciers pousseraient encore un peu plus loin le mélodrame et où le gouffre s’ouvrirait encore plus largement sous les pieds de la zone euro.

Mais comme je l’ai déjà dit dans ces lignes, quand la bourse et la politique se mêlent, il ne faut jamais sous-estimer l’impossible.

Souvenez-vous le cataclysme provoqué par Thomas Jordan lorsqu’il a annoncé la fin du plancher entre l’euro et le franc suisse. Cette décision était classée proche de l’impossible. Et pourtant, le marché vit très bien avec depuis plusieurs mois.

Vous avez dit « impossible » ?

Un défaut Grec ? Impossible ?

Une sortie de la Grèce ? Impossible ? Je préfèrerai « peu probable »… et encore.

Pourtant, l’économie mondiale est remplie d’exemple de cas « impossibles » qui se sont réalisés et auxquels nous avons parfaitement survécu. Le véritable problème des marchés ne serait-il pas plutôt… la mémoire ?

Techniquement la Grèce n’est pas encore en défaut. Dans la vraie vie, elle l’est depuis pas mal de temps – depuis que l’on sait qu’elle ne remboursera jamais ses dettes.

Et ça, beaucoup le savent depuis très longtemps.

Un défaut choquant ? Non.

Quand des créanciers prêtent de l’argent à un pays déjà insolvable, je ne vois pas ce qu’il peut y avoir de choquant qu’ils y laissent des plumes.

Le bémol survient quand ces créanciers ont fait n’importe quoi avec l’argent des contribuables ou demandent des efforts insensés à un pays qui n’en a jamais faits, quitte à détruire le peu de croissance possible.

Les Grecs ont été incapables de construire une économie viable. La zone euro dans son ensemble est-elle vraiment mieux ?

L’impact d’un « précédent » !

En fait, le problème n’est pas la Grèce. L’EuroGroupe aurait sans doute pu trouver une meilleure solution. Même DSK, ancien président du FMI a reconnu les erreurs commises par son institution dans la crise grecque. On peut lui reprocher pas mal de choses (il offre un panel de possibilités assez rare !) mais on ne peut lui enlever ses talents d’économiste (et un peu son art de la communication…)

Il reconnait que le FMI aurait dû être « plus humble sur les résultats à attendre… »

Il expose également sa solution. Je vous la résume : laisser les Grecs se débrouiller seul.

Attention, cela ne veut pas dire les abandonner, mais au contraire les libérer de la pression et des créances européennes en contrepartie d’un retour de la souveraineté du peuple, et donc du gouvernement, obligé de prendre des mesures nécessaires pour équilibrer son budget.

Ce que nous dit à demi-mot DSK est clair : Un peuple souverain au pied du mur s’en sortira toujours  mieux qu’assisté par des technocrates et asservi par des créances dénuées de sens (elles ne servent qu’à rembourser d’autres créances). Ce n’est plus de liquidités dont a besoin la Grèce mais d’une économie viable et assaini.

La zone euro frémit à l’idée de créer un précédent en sortant la Grèce de la zone euro.

Et si au contraire, ce précédent était salutaire pour illustrer que les peuples sont capables de réagir et de régler par eux-mêmes les problèmes ? DSK le reconnait lui-même : « Il n’est pas sûr que cela marche… mais cela vaut la peine d’essayer parce que toutes les autres alternatives sont pires. »

Allez chiche, si on essayait de penser autrement ?

Pendant ce temps, la monnaie « unique » hésite et ne sait plus trop quelle direction prendre !

EURUSD : Zone Neutre

L’euro est dans l’attente d’un dénouement.

Si le biais baissier moyen  et long termes reste intact, une zone de support semble s’être activée entre 1.1050 et 1.0830 et pourrait constituer un palier d’accumulation à court-terme.

Il faut attendre une rupture de cette zone pour laisser la baisse reprendre vers la parité.

En revanche un dépassement des 1.1470 ouvrira la voie à un retour vers 1.2150.

Je vous recommande donc d’être patient pour le moment et d’accumuler quelques positions acheteuses à l’approche des 1.1050 tant que 1.0850 tiendra.

Bonne semaine !

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Jérôme Reviller
Jérôme Reviller

Passionné de finance et autodidacte, Jérôme Revillier dirige aujourd’hui une société de gestion spécialisée sur le marché des changes. Il collabore avec des investisseurs particuliers avertis, des institutionnels ou encore des hedge funds cherchant de la performance absolue.

Vous pouvez croiser Jérôme sur des salons comme Actionaria, le salon du Trading ou le salon de l’Analyse Technique – il parcourt aussi la France, la Suisse et la Belgique pour rencontrer les investisseurs et leur faire partager son approche bien particulière des marchés.

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