A quoi sert une banque ?

Rédigé le 29 septembre 2011 par | Apprendre la Bourse Imprimer

J’ai commencé, la semaine dernière, à vous expliquer quels risquent pesaient réellement sur nos banques. La solidité d’une banque – et donc l’évaluation de sa probabilité de « faillite » – suppose une situation confortable en termes de liquidité et de solvabilité.

Nous allons à présent approfondir notre connaissance des banques et de leur fonctionnement. Je vais revenir, dans plusieurs articles sur les points suivants :

1/ Quelles sont les principales activités d’une banque et quels sont les risques de chacune de ces activités ?

2/ Quels sont les principaux risques générés par l’activité bancaire ; comment peuvent-ils compromettre la situation de liquidité et de solvabilité de l’établissement ; comment couvrir ce risques ?

3/ Pourquoi dit-on que l’activité bancaire est systémique ? En d’autres termes, pourquoi et comment une banque peut couler un pays en faisant faillite ? – ce qui justifie que le secteur bénéficie de « l’aléa moral ».

4/ Comment une banque trouve-t-elle son argent pour financer ses activités ? Pourquoi les banques ont besoin de VOTRE argent ?

5/ Faut-il remettre en cause le concept de banque universelle – comme le réclament de nombreux politiques ?

Commençons par le début : ce qu’est l’activité d’une banque et quels sont les principaux risques qu’elle a à gérer et les différents moyens qu’elle a de les couvrir.

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Alors ne remettez pas votre lecture à plus tard : vous le savez, les replis ne durent pas. L’analyse de Simone est disponible ici.

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1/ Quelles sont les principales activités d’une banque ?

Nous pouvons considérer que l’activité traditionnelle d’une banque est organisée autour de trois métiers principaux :

  • Ce que l’on va appeler « l’intermédiation-transformation » : il s’agit de transformer une ressource à court terme en « crédits à long terme emploi long ». Par exemple, l’argent de 100 livrets A (dépôts de court terme) va être prêté sur 10 ans à un industriel qui a besoin d’investir (long terme emploi long). L’affaire se complique car le taux du livret est variable et le taux consenti à l’industriel sera fixe. Cette activité générera des risques de taux, de liquidité et de crédit sur lesquels nous reviendrons dans un instant.
  • Gérer des actifs financiers pour son propre compte (risques de marché) ou pour celui de clients (risques opérationnels et de réputation).
  •  Mettre en place des financements structurés et spécialisés pour de grands corporate à base d’ingénierie financière et fiscale (risque de crédit ou de contrepartie).

Vous l’avez compris : à chaque activité correspond un risque.

2/ Quels sont les principaux risques d’une banque ?

Les risques de marché

Au sens du règlement 97-02 du Comité de la réglementation bancaire et financière (CRBf 97-02), il s’agit des “risques de perte dus aux changements de prix et de taux de marché, de corrélations entre actifs et de niveaux de volatilité.”

Ces risques portent aussi bien sur les portefeuilles du trading book que sur ceux du banking book et aussi bien sur des positions cash que sur des positions sur produits dérivés.

En gros, ce risque est celui que vous subissez aussi en tant qu’investisseur : le risque que vos investissements perdent de la valeur.

Les risques de contrepartie

Le risque de contrepartie, c’est le risque de ne jamais revoir l’argent que vous avez prêté. Dit en termes plus professionnels, c’est « le risque de perte sur une créance ou un titre ». Il va dépendre de la probabilité de défaut (par exemple la Grèce a-t-elle plus de chance de faire défaut que les Etats-Unis ?) et du montant non recouvré en cas de défaut (les banques vont-elles perdre 50%… 70%… 100% de leur mise si la Grèce fait défaut ?). Donc quand une banque a des positions sur un pays souverain de la zone euro, elle supporte à la fois un risque de marché (hausse des taux, donc baisse des cours) et naturellement un risque de contrepartie.

Les risques opérationnels et d’activité

Les risques opérationnels (RO) sont les risques de perte résultant :

  • De l’inadaptation ou de la défaillance de procédures, personnes, systèmes internes (affaire Kerviel par exemple).
  •  D’événements externes (catastrophes naturelles, terrorisme, incendie, agressions, changement législatifs et réglementaires, etc.).

Les risques de gestion de bilan – ou risques ALM

Je viens de vous le rappeler, une des principales activités d’une banque est celle d’intermédiation-transformation. Elle doit utiliser l’argent disponible à court terme pour le prêter à long terme à ceux qui ont besoin de financement. Ce sont les seuls agents qui peuvent transformer des ressources court terme (dépôts à vue et comptes courants des clients) en crédits à moyen et long terme à l’économie. Comme je vous le disais :

« (…) l’horizon des agents qui ont des besoins de financement est de plusieurs années (financements à long terme de projets industriels), tandis que l’épargne des ménages doit être liquide et de court terme. Cette différence dans l’horizon de temps ne rend pas l’échange toujours possible. C’est là que le financement intermédié apparaît et que les banques interviennent. Les banques établissent le pont nécessaire entre les ménages et les entreprises et accumulent des positions dites de transformation. »

De part sa position particulière d’intermédiaire financier et de transformateur de ressources courtes en emplois longs, la banque voit son bilan exposé aux risques liés à un déséquilibre entre ses ressources et ses emplois (déséquilibres en termes de nature de taux et en termes d’échéances).

  • Il s’agit donc de gérer le risque de liquidité qui contraint la banque à trouver des ressources supplémentaires pour poursuivre le refinancement de ses emplois/crédits à long terme et pour honorer le remboursement des emprunts échus
  • Il s’agit également gérer le risque de taux de l’ensemble du bilan commercial et financier et de se couvrir contre des évolutions défavorables. Nous allons faire un zoom sur ce risque de taux.

On sait que les deux risques majeurs de taux d’intérêt à gérer dans un établissement bancaire sont les suivants :

  • Risque de hausse des taux courts avec un renchérissement des conditions de refinancement des emplois long terme à taux fixe.
  • Risque de baisse des taux longs avec une rentabilité plus faible de la banque commerciale sur la production future de crédits à taux fixe. Ce risque est le risque majeur d’un établissement financier. (Pour s’en convaincre il faudrait s’amuser à interviewer les dirigeants de banques japonaises depuis 20 ans ; ils pourraient alors nous expliquer comment le système bancaire japonais a été détruit par le maintien de taux longs durablement bas). Il existe heureusement des instruments dérivés de couverture du risque de taux long (on pourra en reparler pédagogiquement un autre jour, c’est quelque chose que j’ai personnellement beaucoup pratiqué) qui permettent de générer quasi systématiquement des gains de marge nette d’intérêt dans un environnement de taux longs bas et de compenser le manque à gagner sur la production de crédits à taux fixe.

Malheureusement les banquiers ont plus tendance à couvrir leur risque à la hausse des taux courts que leur risque à la baisse des taux longs : il faut dire que les consensus de marché et scénarios budgétaires prévisionnels ont depuis toujours un biais systématique haussier sur la croissance et l’inflation, donc haussier taux courts et taux longs. Le malheur c’est que le politiquement correct est souvent mis en défaut…

Et puis très souvent, les positions de couverture du risque de taux long sont difficiles à justifier d’un point de vue comptable. Les normes IFRS sont souvent conçues par des régulateurs qui ne sont pas des spécialistes de la gestion d’un bilan bancaire. Face à la pression de commissaires aux comptes qui pourraient requalifier de « spéculation » ces opérations de couverture et de préservation du résultat futur, les banquiers peuvent – malheureusement à juste titre – s’abstenir de se couvrir. Dommage car la justification de la macro-couverture est évidente d’un point de vue économique et financier.

  • Enfin, troisième risque à gérer : le risque de change porté au bilan. Ce risque est matérialisé par la détention de ressources et d’emplois dans des devises différentes, ce qui pourra occasionner des pertes significatives en cas d’évolution défavorable de cours de change.

Voilà, ces bases étant posée, la prochaine fois je vous expliquerai pourquoi le monde entier stresse à l’idée des faillites bancaires : en gros, nous verrons pourquoi, si une banque fait faillite, elle peur mettre à mal l’économie entière d’un pays. Je suis sûr que vous avez hâte de comprendre… donc à la prochaine fois.

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Mory Doré
Mory Doré
Economiste

Mory Doré est un professionnel des marchés financiers depuis plus de 20 ans ayant exercé différentes fonctions dans plusieurs grands groupes bancaires : économiste de marché ; trader et arbitragiste sur produits dérivés de taux d’intérêt ; trésorier et responsable de l’allocation des excédents de fonds propres ; responsable gestion financière.

Aujourd’hui, il est responsable du département des risques financiers dans un grand groupe bancaire mutualiste.

Durant ces 10 dernières années, il est un interlocuteur privilégié de la gestion financière et des risques financiers de son établissement auprès de différentes instances et institutions : commissaires aux comptes, Commission bancaire, Comité d’audit et Comité d’entreprise.
Il possède un diplôme de statisticien économiste de l’école nationale de la Statistique et de L’Administration économique ainsi qu’une maîtrise d’Econométrie de l’Université de Bourgogne (Dijon).

7 commentaires pour “A quoi sert une banque ?”

  1. […] 1/ quelles étaient les principales activités d’une banque ; […]

  2. […] parution dans le Billet du Trader le 29/09/2011. AKPC_IDS += […]

  3. J’apprécie hautement le billet du trader. La grande qualité pédagogique des contributions aide sans beaucoup à comprendre bien des variables d’un univers dont parle ta

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