Les 6 commandements de l’investisseur dans les biotechnologies (partie 3)

Rédigé le 17 juin 2015 par | Apprendre la Bourse, Biotechs et Medtechs, Indices, sociétés et marchés Imprimer

Par Sébastien Maurice

J’ai commencé à vous expliquer (ici et ici) les règles que je vous conseille de suivre quand vous vous apprêtez à investir dans les biotechs. J’ai souligné l’importance de trouver une société qui avait une réelle avancée technologique, et un capital détenu principalement par quelques forts investisseurs (les fondateurs, associés, et quelques fonds éventuellement) et j’insistais aussi sur le fait que la biotech ne devait pas TOUT miser sur un seul traitement, une seule application de la molécule sur laquelle elle travaille.

Poursuivons donc aujourd’hui avec 2 autres conseils pour devenir un bio-techno-investisseur à succès…

4. Cash is king

Il est évidemment impossible d’évaluer une société de biotechnologie sur la base de son bilan ou de son compte de résultat. Il y a néanmoins une donnée que vous devez vérifier. Pour ceux qui gardent de mauvais souvenirs de leurs cours de comptabilité analytique, vous allez voir, il n’y a rien de compliqué.

Une société de biotechnologie doit souvent financer des programmes de recherche durant des années avant de pouvoir propulser son produit sur le marché (lorsqu’elle y arrive). Pendant cette période, il est très probable qu’elle dégagera un free cash flow négatif. Autrement dit, les flux de trésorerie dégagés par son activité seront insuffisants pour couvrir ces dépenses d’investissement.

Comme nous l’avons vu dans le premier article, il est préférable de sélectionner une société disposant déjà d’une activité rentable ou susceptible de développer des partenariats externes. Mais vous trouverez rarement une biotech capable de couvrir 100% de ses besoins de financement. Par conséquent, durant cette période de « traversée du désert », la société devra puiser dans sa trésorerie.

Le risque est qu’avant d’arriver à la phase de commercialisation, la société soit forcée de se renflouer en procédant à des augmentations de capitale très dilutives pour les actionnaires… Inutile de préciser que l’annonce de ces opérations entraîne souvent de véritables paniques sur les cours boursiers.

Vous devez donc comparer le résultat net annuel sur les trois dernières années (il ne s’agit que d’une approximation, en tant que petit actionnaire vous aurez difficilement accès à des informations plus détaillées telles que le plan de trésorerie de la société…) à la trésorerie nette (trésorerie et équivalents – dettes financières courantes). Vous devez aussi déterminer la tendance de l’évolution du résultat net.

L’objectif est de savoir si la société devra procéder à une recapitalisation à court ou moyen terme. Vous éviterez ainsi de rentrer peu de temps avant l’annonce d’une augmentation de capital importante. Même si la société porte un projet prometteur, il faut parfois être patient et attendre son tour… vous bénéficierez d’un point d’entrée beaucoup plus intéressant après l’augmentation de capital.

Si une société effectue une augmentation de capital alors qu’elle dispose d’une trésorerie suffisante pour financer ses opérations (en l’absence de l’annonce de nouveaux projets d’investissement), il s’agit également d’un signal intéressant, car cela indique que l’action est surévaluée aux yeux des dirigeants.

Enfin, vérifiez s’il existe un montant de dettes convertibles en actions par rapport à la capitalisation boursière. Ce type de titres présente en effet un risque supplémentaire de dilution.

5. N’écoutez pas le bruit de la foule

150617_fouleJe vous ai montré qu’il était préférable de se tenir à l’écart des sociétés dont la structure actionnariale est caractérisée par un flottant important. La raison pour cela est que vous devez éviter les sociétés « à la mode ».

La capitalisation boursière d’une société est l’expression des anticipations du marché concernant la capacité future de la société à générer des bénéfices. Si les anticipations sont déjà très optimistes, vous avez peu de chances de trouver une opportunité de société sous-évaluée.

C’est la raison pour laquelle vous trouverez souvent de véritables pépites dans l’univers des micro-capitalisations (entre 50 et 150 millions d’euros) et des nano-capitalisations (inférieures à 50 millions d’euros) auxquelles peu de gérant et d’analystes s’intéressent. Certaines de ces sociétés n’ont pas encore été repérées par le marché et sont ignorées par les gros opérateurs à cause d’une volatilité trop forte et d’une liquidité insuffisante pour leur permettre de prendre position.

Bien évidemment, cela signifie que les sociétés très médiatisées et surachetées devraient vous rendre méfiants. Nous en avons vu une parfaite illustration l’année dernière avec la société Carmat (FR0010907956) dont nous avions à l’époque beaucoup parlé dans ces lignes.

Le projet est magnifique : créer le tout premier véritable coeur artificiel en biomatériaux permettant d’éviter les traitements anti-rejets et capable d’ajuster naturellement le rythme cardiaque à l’intention du patient (courir par exemple).

A l’annonce de la première greffe, la société a donc commencé à occuper la scène médiatique (en réalité, dès l’autorisation à implanter son coeur artificiel, le titre avait commencé à exploser).

La plupart des gérants se faisaient le devoir quasi-patriotique de mettre un peu de Carmat en portefeuille. De 18,75 euros lors de son introduction, le cours atteint presque 200 euros au plus haut de la frénésie médiatique et boursière : à ce moment, la capitalisation frôle alors le milliard d’euros…

Elle n’est plus que de 260 millions d’euros aujourd’hui… la frénésie médiatique est passée et Carmat est dans l’ère des essais d’implantation (des demi-succès ou semi-échecs, selon comment vous voyez les choses).

150617_carmat Peter Lynch, le légendaire investisseur et gérant du fond Magellan, recommande d’ailleurs de regarder le nombre d’analystes qui suivent une valeur. Vous pouvez trouver très simplement cette information sur les sites boursiers. La règle est simple : moins il y en a, mieux c’est. Cela signifie en effet qu’elle est passée sous le radar des analystes.

Ne pas écouter le bruit de la foule, cela signifie aussi être capable d’ignorer les soubresauts du marché et tirer profits des réactions excessives pour se positionner.

Vous devez vous concentrer exclusivement sur l’évolution des fondamentaux de la société et de son environnement concurrentiel global (par exemple dans le cas de Carmat, les avancées dans le domaine de la régénération des tissus cardiaques par le greffe de cellules souches pourrait rendre la solution du coeur artificiel obsolète dans les années à venir).

A présent, comment évaluer la valeur intrinsèque d’une biotech ? C’est ce que nous verrons dans la dernière partie de cette série…

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