39$ : le point bas du pétrole ?

Rédigé le 11 décembre 2008 par | Matières Premières Imprimer

Le pétrole a touché les 39$ en séance il y a quelques jours, et a ensuite violemment rebondi de près de 20%. Mais surtout, il est passé de 147$ à 39$ en six mois. A-t-il finalement touché son point bas à moyen terme ? C’est  la question que me posait un très bon ami, trader dans l’énergie, et je lui répondais que cela mérite d’y réfléchir sérieusement… c’est ce que nous allons voir dans ces quelques lignes.

Tout d’abord, quel est le contexte macro-économique qui justifie une telle chute ?

Nous le savons tous, cette chute vertigineuse de près de 70% en six mois s’explique par la récession mondiale que nous vivons depuis un peu plus d’un an, et donc par la baisse de la demande de brut.

La plupart des experts mondiaux prévoient en effet une contraction de la demande de 30% à 50%, selon l’ampleur de la crise mondiale, dans les prochains mois. Et rien ne semble pouvoir enrayer la chute des cours de l’or noir ces derniers mois.

A la veille de la réunion des pays de l’OPEP, qui se tiendra le 17 décembre à Oran, rappelons que la décision prise par l’organisation de réduire sa production de pétrole de 1,5 million de barils par jour n’a pas aussi réussi à freiner la chute, au contraire. Si en temps normal, les interventions de l’OPEP connaissent un certain succès, on observe que c’est beaucoup moins le cas en temps de crise, dans un contexte de ralentissement de la croissance mondiale comme ce fut le cas en 2000/2001.

En outre, la forte accélération haussière des cours depuis 2006 s’est faite dans un contexte de croissance forte des pays émergents qui tirait les prix à la hausse. Or, si ces pays résistent mieux que l’Europe ou les Etats-Unis à la crise, leur économie n’en est pas moins très interdépendante de ces des pays « développés », et leur demande en énergie pourrait donc chuter de manière encore plus importante que prévue.

Pourtant, malgré tous ces arguments macro-économiques baissiers, cela justifie-t-il pour autant une baisse de plus de 70% des cours en l’espace de quelques mois ?

La réponse est aussi à chercher dans les graphiques Je n’en suis pas sûr. Penchons-nous sur l’analyse graphique pour chercher d’autres réponses. Ci-dessous, le graphe du Light Crude Oil coté sur le Nymex :

Light Crude Oil

La première chose qui me vient à l’esprit en voyant ce graphique, c’est la similitude de la baisse avec celles des indices mondiaux.

Toutefois, on notera que le pétrole n’a commencé sa correction qu’en juillet 2008 — alors que les indices de la planète avaient commencé un an plus tôt –, l’or noir accélérant pendant ce temps-là sa hausse stratosphérique, passant de 70 à 147$, entre juillet 2007 et juillet 2008.

A l’époque, on entendait d’ailleurs la plupart des analystes nous dire que cette montée du baril pesait fortement sur la croissance, ce qui expliquait la correction des indices (plus que les subprimes !), et on constatait bien entendu que chaque flambée de l’or noir donnait lieu à une nouvelle correction des actions dans le monde entier.

Un an plus tard, la forte baisse du pétrole ne semble pas soutenir la croissance, bien au contraire. On observe une très forte corrélation entre l’évolution des indices boursiers et le cours du pétrole. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je pense qu’un point bas a été touché sur le pétrole, simultanément à celui qui a été touché sur les indices boursiers mondiaux.

Bien sûr, cette idée est une idée de tendance, les points bas étant éloignés de quelques jours voire quelques semaines. Mais cela signifie que la reprise de l’or noir sera sûrement suivie de celle des bourses mondiales, contrairement à ce que l’on entend dans tous les médias depuis quelques mois…

Les mêmes médias, ou autres prévisionnistes bien inspirés, qui nous parlaient d’un pétrole à 200$ il y a quelques mois évoquent maintenant le même pétrole à 20$. Ils sont sûrement dans l’erreur dans les deux cas, et l’analyse contrarienne n’est pas la moins mauvaise face à cette « foule en délire ».

Où va le LCO ?

Depuis un point bas en décembre 1998 à 10$, le pétrole a connu une progression vertigineuse, avec une forte accélération depuis janvier 2007, où il était encore à 50$. Puis, il a connu ces six derniers mois ce que l’on peut légitimement qualifier de krach, pour revenir tester les 39$.

On le voit clairement sur le graphique, le niveau des 39$ est loin d’être anodin. C’est un support horizontal à moyen terme correspondant aux anciens points hauts de septembre 2000 (à 37,8$ pour être précis) et de février 2003, et au point bas de décembre 2004.

Quand on regarde les indicateurs mathématiques pourtant, tel le RSI 14 semaines sur le graphique, rien de réjouissant. Il faudrait en effet que celui-ci repasse la zone des 30. Cette zone jouait le rôle de support lors des points bas de 2001 et 2007 avec une précision remarquable, et fait maintenant office de résistance.

Graphiquement, ce niveau de résistance sur le RSI pourrait coïncider avec la zone des 50$ sur le LCO, ancien support de janvier 2007, dans les jours qui viennent. En cas d’échec à franchir les 50$, probable dans un premier temps, une rechute sur les 39$ est possible… avant un rebond beaucoup plus important.

Le pétrole reste en effet dans une tendance à moyen terme baissière pour le moment, ne le nions pas. Mais un rebond majeur pourrait voir le jour à partir des 39$ dans les semaines, voire les mois qui viennent.

Quels seraient alors les objectifs ?

En dépassement des 50$, le premier niveau de résistance sera celui des 23,6% de toute la baisse depuis les 147$ de juillet dernier, situé à 64$. Puis, en dépassement de cette résistance, il faudra viser les 93$, qui correspondent à un retracement classique de 50% de la phase entre 147$ et 39$.

On note d’ailleurs que ce niveau se situe juste en dessous de la zone des 100$, résistance graphique que l’on voit nettement, mais également résistance psychologique.

Enfin, j’ajouterai qu’étant donné la violence de la correction ces six derniers mois, le rebond à moyen terme — dont les niveaux que je viens de vous donner vous semblent peut-être élevés — pourrait être tout aussi rapide.

Mais nous n’en sommes pas encore là, et nous aurons certainement le temps d’en reparler.

Je profite également de ce billet pour vous souhaiter de joyeuses fêtes de Noël !

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Sebastien Duhamel
Sebastien Duhamel

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