Pour 2018, les haussiers y croient encore

Rédigé le 4 janvier 2018 par | Toutes les analyses Imprimer

Année 2017, année céleste… voilà une rime riche. Ou plutôt, enrichissante. Enfin surtout pour qui croit aux miracles. En effet, Wall Street vient d’aligner son 14e mois de hausse consécutive (du jamais vu). Il affiche un taux de retracement mensuel (addition des consolidations journalières sur 1 mois écoulé) de -2,3% contre une moyenne historique de -7,5% (moins du tiers).

Ainsi, le cumul de toutes les séances de repli observées au cours de l’année 2017 s’élève à seulement -27,4%. Le seul précédent connu au cours des 102 dernières années fut 1965 où le retracement atteignit -31%. C’était un score déjà exceptionnel puisque la troisième année la plus indéfectiblement haussière se solda par -38% (1993). Or, la moyenne sur 240 séances annuelles se situe à -90%.

2018 : encore l’année des haussiers ?

haussiersMais il faut bien trouver une explication plaisante à cette obnubilation haussière historique et à une volatilité inférieure de 60% à la moyenne des 25 dernières années. La thèse favorite est que les banques centrales ont excellemment bien communiqué. Malgré trois hausses de taux aux Etats-Unis en 2017 et une ébauche de « tapering » par la BCE, le marché obligataire n’a pas bronché. En outre, la stratégie d’injection des banques centrales a été couronnée par une croissance synchrone et soutenue sur l’ensemble de la planète, sans inflation mais également sans déflation. Bref, la quintessence du scénario Goldilocks.

Pourtant, Goldman Sachs ne semble cependant pas de cet avis. Son économiste en chef, Jan Hatzius, évoque des « déséquilibres financiers ». Ferait-il allusion au fait que les banques centrales créent depuis 9 ans 3$ de dette pour créer 1$ de richesse ? Il évoque aussi des « fragilités sur les marchés du crédit ». Pense-t-il aux bulles immobilières et aux encours stellaires de positions « à terme » en actions ? Et il mentionne également les crypto-monnaies dont le comportement traduit un paroxysme de comportements spéculatifs.

Le royaume des haussiers ne pourra perdurer

Malgré tout, la hausse de Wall Street peut encore perdurer, selon Jan Hatzius. D’après lui « l’économie américaine sera encore robuste en 2018, avec une croissance de l’ordre de +2,6%, une inflation se renforçant au-delà de +1,5% et avec un taux de chômage tombant à 3,5%… ce qui conduirait la Fed à procéder à 4 hausses de taux en 2018 et non 3 comme un large consensus l’anticipe actuellement ».

Si la Fed relève ses taux pour la bonne cause, tout devrait donc bien se passer. La chute du dollar sous 1,20 face à l’euro le 29 décembre dernier démontre sans l’ombre d’un doute que le scénario de Goldman Sachs ne convainc pas les cambistes.

A Wall Street, la dernière enquête auprès des gérants en fin d’année 2017 révèle que pas moins de 52% d’entre eux étaient convaincus que le bull market a encore de beaux jours devant lui avant de se retourner. D’ailleurs, ils accroissent leur exposition sur les actions. Environ 27% pensent qu’il ne faut pas réduire les positions. Et ils ne sont qu’un peu plus de 20% à estimer que des conditions de marché inconnues depuis 1928/1929 invitent à prendre des bénéfices avant que survienne une correction dont personne ne sait prédire l’intensité ni la longueur.

Bulle des cryptos vs. bulle des dot.com

Cette question se pose avec encore plus d’acuité concernant les cryptos-devises (abus de langage car ce ne sont pas des « devises »). Il apparaît clairement désormais qu’il s’agit d’un jeu de bonneteau où il s’agit de faire passer ses billes d’un gobelet à l’autre avant tout le monde… tout en laissant suffisamment d’indices techniques pour que tous les suiveurs (90 ou 95% des intervenants) transfèrent leur mise dans le sillage des meneurs.

Ceux qui font courir les gogos ont été baptisé les « baleines ». Ils jouent avec des dizaines de millions d’équivalent dollar qui ne leur ont rien coûté, étant les « mineurs alpha ».

Ils savent tout, bien avant tous les profanes, ils agissent de façon coordonnée (ils se connaissent tous dans le cercle restreint des hackers et des libertariens de la cyber-économie) et manipulent les cryptos avec un cynisme qui relègue celui des escrocs vendeurs de « nouveau paradigme » de la bulle des « dot.com » au rang de spéculateurs de bac à sable. Tout va beaucoup plus vite et beaucoup plus fort puisqu’il n’y a aucun sous-jacent réel.

Avec la bulle des « dot.com », il y avait au minimum un business plan, même totalement bidon. Il y avait un visa de la SEC (lors des IPO), un responsable légal, un directeur financier. Il y avait aussi un patron du marketing (même si c’était un champion de l’enfumage des boursicoteurs naïfs). Et comment oublier le chargé de relations publiques (l’organisateur de « teufs qui déchiraient tout » dans la Silicon Valley).

Avec les cryptos, aucun nom. En effet, ce ne sont que des pseudos, c’est le principe de base). Aucun responsable, aucun agrément, aucun recours légal. C’est la bulle des « dot.com »… mais sans le risque de passer par la case prison pour fausse déclaration à la SEC, manipulation de cours et escroquerie à l’épargne publique.

Philippe Béchade
Philippe Béchade
Rédacteur en Chef de la Bourse au quotidien

 

Philippe Béchade rédige depuis 15 ans des chroniques macro-économiques et boursières ainsi que de nombreux essais financiers.

Intervenant régulier sur BFM Business depuis mai 1995, il est arbitragiste de formation, analyse technique et fut en France l’un des tout premiers traders et formateur sur les marchés à terme. Rédacteur et analyste contrarien pour la Bourse au Quotidien, vous trouverez son fil de news en temps réel sur cette page ou sur Twitter

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