+1 100% en 10 ans : jusqu’où ira le pétrole ?

Rédigé le 20 mai 2008 par | Matières Premières Imprimer

Alors que l’indice des matières premières (le CRB) n’inscrit plus de nouveaux records depuis le début du mois de mars, le pétrole n’en finit pas de grimper. Le seuil fatidique des 100$ a été allègrement dépassé ces dernières semaines, mais le mouvement haussier se poursuit sans complexe. Depuis le début de l’année, la hausse de l’or noir a été de 25%, et de 150% depuis janvier 2007 !

En 2004 : les cours sortent d’un canal vieux de 15 ans D’un point de vue graphique, comme le montre la courbe du pétrole Crude Light sur les 18 dernières années, les cours de l’énergie fossile ont pendant longtemps évolué à l’intérieur d’un vaste intervalle (zone en vert sur le graphique) délimité par les plus hauts atteints lors de la première guerre du Golfe (en 1990) et de celle en Irak (en 2003) à 40$… et le plus bas consécutif à la crise asiatique puis russe (en 1997 et 1998) à 10,5$.

La sortie par le haut de cette zone a permis d’initier un mouvement haussier majeur sur le pétrole, inscrit à l’intérieur d’un canal haussier de long terme. Depuis que ce signal a été donné, en juillet 2004, les cours ont ainsi augmenté de 215% en moins de quatre ans.

Comment expliquer — brièvement c’est promis ! — cette progression de plus de 1 000% ces dix dernières années ? Pourquoi un tel déséquilibre entre l’offre et la demande… et qui ne semble pas se démentir ?

Il y a l’Inde, la Chine… et les spéculateurs Nul doute que le développement économique des pays émergents (Brésil, Russie, Inde et Chine en tête) a tiré les prix à la hausse. Sans compter que plusieurs années de sous-investissement en capacités de production expliquent pour une grande part cette hausse.

Mais la spéculation a aussi et surtout été un facteur de hausse : les volumes sur les futures ont ainsi littéralement explosé depuis le franchissement des 40$ à la mi-2004, passant de 300 000 à 1 000 000 de contrats échangés par mois, contre moins de 50 000 entre 1990 et 2004 ! Le pétrole est devenu l’objet de spéculation de nombreux fonds, et la crise des subprimes — qui touche à la fois l’immobilier et le marché des actions — n’arrange pas les choses.

Prochaine résistance à 146$… ou 200$ ? L’analyse graphique ne permet pas d’anticiper avec certitude la fin d’un mouvement haussier aussi puissant, d’autant que les cours évoluent en territoire inconnu, inscrivant record sur record.

Elle peut toutefois nous renseigner sur la prochaine zone d’obstacle (technique et psychologique) qui se situe entre 146$ et 200$, soit au niveau de la borne supérieure du canal ascendant. Bien entendu, plusieurs niveaux psychologiques devront également être franchis, à 150 et à 200$.

La situation actuelle, du point de vue d’un investisseur, requiert la plus grande prudence car il est trop difficile de se positionner avec un couple rendement/risque acceptable dans un mouvement aussi tendu. Mais la dynamique haussière est tellement puissante qu’il ne faut en aucun cas anticiper son retournement avant l’apparition de signes techniques suffisamment forts pour inverser le rapport de force.

Seulement 788% de hausse pour nous : merci l’euro fort ! Heureusement pour nous, habitants du Vieux Continent, la hausse de l’or noir a été moins douloureuse. Le dollar s’étant fortement déprécié face à l’euro et les matières premières étant libellées dans la devise de l’oncle Sam, la répercussion s’est avérée moins forte. Le graphique ci-dessous, qui représente le cours virtuel du pétrole en euros, donne ainsi une représentation visuelle de l’avantage que nous a donné notre devise : de 9€ début 1999, le baril est passé à « seulement » 80€ sur les dix dernières années (+788%), contre un passage de 10,5$ à 126$ pour nos voisins d’outre-Atlantique (1100%) !

Résumons : le pétrole peut encore grimper, et ce pour de multiples raisons structurelles et géopolitiques. Nul n’est capable aujourd’hui de prédire quand la hausse s’arrêtera. Cependant, il est très risqué de se positionner à la hausse, sauf avec des méthodes de protection du capital très efficaces et plutôt conservatrices : la rentabilité potentielle n’est pas suffisamment intéressante par rapport au risque pris !

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